Strasbourg crée un réseau de lieux refuges pour les victimes de violences sexistes et sexuelles
La Ville de Strasbourg met en place un projet ambitieux visant à transformer l’espace public en zones de protection pour les personnes victimes de violences sexistes et sexuelles. Ce réseau de « lieux refuges » représente une approche novatrice pour accompagner les victimes au cœur même de la ville, où ces violences se manifestent souvent.
« L’objectif à terme est d’avoir un agent formé à accompagner les victimes de violences sexistes et sexuelles dans chaque lieu public de Strasbourg », déclare Nadia Zourgui, élue municipale chargée de la tranquillité publique. Cette vision souligne une prise de conscience que les violences ne se limitent pas aux espaces privés, mais s’exercent également en plein jour, au milieu des usagers de la ville.
Une réponse à un enjeu public majeur
Les violences sexistes et sexuelles constituent un problème de sécurité publique qui dépasse largement les frontières de la sphère privée. Comme l’indique l’élue, « ces violences ne se manifestent pas qu’en pleine nuit à l’abri des regards mais aussi dans l’espace public au milieu des usagers ». Cette réalité justifie la nécessité d’une intervention municipale structurée et visible.
Le projet strasbourgeois s’inscrit dans une logique de prévention et d’accompagnement immédiat. En identifiant des lieux refuges accessibles et reconnaissables, la Ville envisage de créer des points d’ancrage où les victimes peuvent trouver du soutien instantanément, sans avoir à se déplacer vers des structures éloignées ou difficiles à localiser. En s’appuyant sur des partenaires locaux, la municipalité compte également impliquer la communauté dans la sensibilisation autour des violences sexistes et sexuelles.
Une formation systématique des agents municipaux
Pour concrétiser cette ambition, la Ville a engagé un processus de formation des agents au contact du public. Dix-huit agents volontaires issus de dix directions différentes de la municipalité ont déjà bénéficié d’une formation spécialisée dispensée par le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles du Bas-Rhin (CIDFF 67).
Anne Matteoli, directrice du CIDFF 67, précise que « l’ensemble des agents de la Police municipale sont formés depuis 2024 ». Cette formation préalable des forces de l’ordre témoigne de l’engagement de la municipalité à préparer le terrain avant le lancement officiel du réseau.
Les agents formés acquièrent des compétences cruciales pour accueillir et orienter les victimes. Céline, l’une des agents formées, déclare : « Nous réagissons désormais mieux face aux victimes et nous pouvons aussi faire dans la prévention, notamment dans les manifestations étudiantes ». Cette amélioration des pratiques constitue un bénéfice immédiat, même avant la mise en place complète du réseau. La formation continue sera essentielle pour maintenir l’efficacité du soutien apporté aux victimes dans le temps.
Des lieux publics stratégiquement identifiés
Le réseau de lieux refuges s’appuiera sur des espaces publics déjà fréquentés par les Strasbourgeois. Les futurs lieux identifiés incluent les mairies de quartier, les médiathèques, les musées, l’accueil du centre administratif et plusieurs toilettes publiques. Cette sélection garantit une couverture géographique et une accessibilité maximale.
Le choix des toilettes publiques comme lieux refuges revêt une importance particulière. Ces espaces, souvent isolés et peu surveillés, sont des zones où les victimes peuvent se réfugier rapidement en cas de besoin immédiat. Leur intégration au réseau symbolise une volonté de protéger les victimes dans les espaces les plus vulnérables de la ville. En plus de sécuriser ces lieux, la Ville prévoit d’effectuer une sensibilisation autour de l’importance de leur signalisation et d’accessibilité.
Un calendrier ambitieux pour la mise en œuvre
La Ville vise le lancement de son premier réseau de lieux refuges d’ici la fin 2025. Dès la rentrée 2025, Strasbourg ouvrira ces lieux refuges pour accompagner les victimes de violences sexistes et sexuelles. Ce calendrier serré reflète la priorité accordée à ce projet par la municipalité. Dans cette optique, la gestion du stationnement à Strasbourg sera également adaptée pour faciliter l’accès aux refuges.
Les lieux refuges seront marqués par des logos et des visuels spécifiques, actuellement en cours de conception. Cette signalétique visuelle joue un rôle crucial : elle permet aux victimes de localiser rapidement un point d’aide sans avoir besoin de demander des informations, ce qui peut être difficile ou embarrassant dans une situation de crise. La municipalité prévoit également des campagnes d’information pour que le public soit bien informé de l’emplacement et de la fonction de ces refuges.
Un projet pilote pour l’Eurométropole
L’initiative strasbourgeoise s’inscrit dans une démarche plus large de transformation de l’espace public. Des lieux publics seront transformés en refuges pour les personnes victimes de violences dans l’Eurométropole de Strasbourg. Cette ambition va au-delà des frontières administratives de la seule ville, suggérant une volonté de coordination intercommunale.
Cette approche territoriale pourrait servir de modèle à d’autres collectivités confrontées aux mêmes enjeux. En fédérant les efforts au niveau de l’Eurométropole, Strasbourg renforce l’efficacité du dispositif et crée une cohérence dans l’offre de services aux victimes. Les éventuelles collaborations avec d’autres municipalités renforceraient aussi l’impact de cette initiative, favorisant un réseau plus vaste et inclusif.
Des enjeux de formation et de sensibilisation
Au-delà de la simple création de lieux refuges, le projet repose sur une transformation des pratiques professionnelles. La formation dispensée par le CIDFF 67 ne se limite pas à l’accueil des victimes, mais inclut aussi des volets de prévention. Les agents formés peuvent intervenir dans les manifestations étudiantes, par exemple, pour sensibiliser les jeunes aux enjeux de violences sexistes et sexuelles.
Cette dimension préventive complète l’approche curative du projet. En formant les agents à la prévention, la Ville espère réduire l’occurrence des violences elles-mêmes, en plus d’améliorer la prise en charge de leurs victimes. Des ateliers de sensibilisation et des formations régulières seront également proposés aux agents afin de maintenir leur niveau de compétence face à ces enjeux sociaux complexes.
Une réponse aux attentes des citoyens
Le projet des lieux refuges répond à une demande sociale croissante de sécurité et de protection dans l’espace public. Les femmes et les personnes LGBTQ+ expriment souvent des inquiétudes concernant leur sécurité en ville, surtout la nuit ou dans les transports en commun. En créant des points d’ancrage visibles et accessibles, Strasbourg reconnaît ces préoccupations et propose une solution concrète.
Cette initiative municipale envoie également un signal politique fort : la Ville considère la lutte contre les violences sexistes et sexuelles comme une priorité de gouvernance locale. Elle ne délègue pas cette responsabilité aux seules forces de l’ordre ou aux associations, mais s’en empare directement en mobilisant ses ressources et ses espaces publics. En impliquant des acteurs divers, le projet vise à renforcer le tissu social et à promouvoir une culture de sécurité collective.
Perspectives et enjeux futurs
Le succès du projet dépendra de plusieurs facteurs : la qualité de la formation continue des agents, la visibilité et la reconnaissance des lieux refuges par le public, ainsi que la capacité du dispositif à répondre efficacement aux demandes des victimes. La municipalité devra également évaluer régulièrement l’impact du projet et l’adapter en fonction des retours d’expérience. En veillant à impliquer les victimes dans l’élaboration et l’évaluation des services proposés, Strasbourg pourra affiner son mobilier d’aide.
À moyen terme, l’ambition affichée par Nadia Zourgui d’avoir un agent formé dans chaque lieu public strasbourgeois représente un objectif considérable. Cela nécessitera une mobilisation continue de ressources humaines et financières, ainsi qu’une volonté politique durable au-delà des mandats électoraux. Le projet strasbourgeois des lieux refuges illustre une évolution des politiques publiques locales : passer d’une approche purement répressive ou curative à une démarche intégrée combinant prévention, protection et accompagnement. En transformant l’espace public en zones de protection, Strasbourg propose une vision novatrice de la sécurité urbaine, centrée sur les besoins des victimes et sur la responsabilité collective de la communauté.
En parallèle, de nouveaux dispositifs de mobilité douce seront également mis en place pour améliorer les trajets quotidiens des Strasbourgeois nouveaux dispositifs de mobilité douce.
