Mobilité durable à Strasbourg : l’essor des pistes cyclables face à l’échec du tram nord
Strasbourg poursuit sa transition vers une mobilité plus verte malgré les revers des grands projets de tramway. L’extension des pistes cyclables, avec des aménagements récents comme “La Romaine”, compense l’annulation de l’extension nord du tram prévue initialement pour 2025. Ces initiatives locales redessinent le quotidien des habitants, privilégiant le vélo au cœur de l’Eurométropole.
Pour en savoir plus sur les aménagements prévus, consultez l’article sur nouvelles pistes cyclables.
L’échec du tram nord : un report qui change la donne
L’extension du tram vers le nord, censée relier Schiltigheim et Bischheim dès 2025, a été définitivement abandonnée en raison de coûts exorbitants et de retards accumulés. Ce projet emblématique devait transformer des axes comme la place de Haguenau en parc de 16 hectares ou l’avenue des Vosges en espace piéton. Pour les riverains de Bischheim, c’est une déception : “On attendait une liaison fluide avec le centre-ville, mais on se tourne maintenant vers le vélo”, confie un habitant local.
Impacts sur les communes périphériques
Sans tram nord, Schiltigheim et Bischheim misent sur des alternatives douces. L’avenue du Général de Gaulle deviendra un axe structurant pour cyclistes et piétons, tandis que la route de Bischwiller sera partiellement piétonnisée. Ces ajustements visent à absorber les 20 000 voyageurs quotidiens prévus, sans les trains supplémentaires espérés. Les élus locaux et les usagers expriment des préoccupations concernant l’aspect sécuritaire de ces nouvelles infrastructures, mais ils reconnaissent également la nécessité d’une telle transition.
“La Romaine” : cinq kilomètres neufs pour les deux-roues
À l’ouest de Strasbourg, la piste cyclable “La Romaine” inaugure cinq kilomètres bidirectionnels le long de l’extension de la ligne F du tram, vers Wolfisheim. Bien que liée aux travaux tram lancés en septembre 2023, elle est déjà prisée par les cyclistes, malgré son enrobé encore frais au 31 octobre 2025. Cet aménagement sécurise les trajets depuis Eckbolsheim, reliant l’arrêt Comtes aux zones résidentielles. Ce projet a été conçu pour minimiser l’impact sur la circulation et promouvoir une utilisation accrue des vélos.
Un engouement immédiat des usagers
Les deux-roues l’ont adoptée spontanément, signe d’un besoin criant de voies protégées. “C’est fluide et sûr, enfin une vraie alternative à la voiture,” témoigne un cycliste régulier du quartier. Cette piste s’inscrit dans une dynamique plus large, prolongeant la ligne D via une correspondance aux Poteries. Les témoignages des cyclistes mettent également en lumière l’importance croissante d’une culture cycliste au sein de la ville, soutenue par des campagnes de sensibilisation et des événements dédiés au vélo.
Un plan vélo ambitieux au cœur de l’Eurométropole
L’Eurométropole investit 65 millions d’euros entre 2020 et 2026 pour 100 kilomètres de pistes cyclables supplémentaires. Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole, soulignait en août : “Les pistes cyclables se multiplient et le nombre de cyclistes aussi. Nous consacrons 100 millions sur le mandat pour sécuriser ce mode de transport.” Ce budget, multiplié par quatre, inclut aides à l’achat de VAE et renouvellement de la flotte Vélhop. L’objectif est de renforcer l’infrastructure existante tout en répondant aux attentes des citoyens et des usagers.
Des avancées concrètes sur le terrain
Près de quatre kilomètres de piste bidirectionnelle émergent entre le pont de la Porte de l’Hôpital et le Baggersee, sécurisant un axe majeur. Au Port du Rhin, le réseau cyclable sera achevé d’ici 2026-2027, offrant une continuité dans la zone portuaire. À l’est, “La Colmarienne” complète ces efforts, reliant vers Colmar. Ces projets ne sont pas seulement la réponse à un besoin utilitaire, mais contribuent également à améliorer la qualité de vie des habitants en offrant des parcours agréables et sécurisés pour les loisirs.
Défis et critiques : Strasbourg perd du terrain cyclable
Malgré ces progrès, Strasbourg chute à la 13e place du classement Copenhagenize 2025 des villes cyclables européennes, contre 5e en 2002. Les experts danois pointent un manque d’innovation : “Strasbourg doit retrouver sa nature innovante avec des zones apaisées et rues scolaires.” L’association Strasbourg à Vélo alerte sur un budget plan vélo qui pourrait ne pas atteindre les 100 millions promis. Ceci souligne le besoin d’un engagement constant et renouvelé pour améliorer l’infrastructure cyclable et répondre aux préoccupations des usagers.
Perspectives des riverains et élus
Pour les habitants du centre, comme autour de la place de la Gare réaménagée en hub doux, ces pistes fluidifient les déplacements. Mais l’opposition municipale critique les travaux : “Les aménagements actuels créent plus de chaos que de confort,” argue un élu. Les zones à 30 km/h et le Ring vélo sur la Grande Île, quasi achevé, promettent toutefois un rebond. Après des années d’efforts, la collaboration entre la municipalité et les différentes parties prenantes est essentielle pour construire un réseau cohérent et accepté par tous.
Vers une agglomération à deux-roues ?
L’extension de la ligne F, prévue pour l’automne 2025 avec huit nouveaux arrêts, intègre des pistes connexes, ajoutant quatre kilomètres utiles. À l’ouest, Wolfisheim bénéficie d’une connexion directe, tandis que l’est voit des projets comme la piste du Port se concrétiser. Ces 100 km supplémentaires visent à doubler les cyclistes, allégeant la circulation automobile. Dans cette dynamique, il est crucial d’impliquer les citoyens dans les processus de planification afin de garantir leur satisfaction face aux évolutions de la mobilité urbaine.
Bénéfices pour le quotidien strasbourgeois
Les familles des quartiers périphériques gagnent en autonomie : trajets sécurisés vers les écoles, parcs et commerces. Avec 650 trains tram hebdomadaires en plus sur d’autres lignes, la mobilité douce compense l’absence du nord. “C’est une chance pour nos enfants de grandir sans voiture,” note une mère de famille de Wolfisheim. Ce changement représente non seulement une amélioration de la circulation, mais également un pas vers une éducation à la mobilité durable pour les jeunes générations.
Le tram ouest comme catalyseur vert
Les travaux de la ligne F, démarrés en 2023, intègrent systématiquement des voies cyclables, reliant Eckbolsheim au centre. Quatre kilomètres supplémentaires fluidifient les flux vers les Poteries. Pour les usagers, c’est un gain net : moins de bouchons, plus d’air pur dans une ville déjà pionnière en Zone à Faibles Émissions. Le lien entre le transport public et le vélo devient de plus en plus indispensable pour une concertation réussie en matière de mobilité.
Une résilience locale face aux reports
Bien que le tram nord patine jusqu’à 2026-2027 au mieux, les pistes comme “La Romaine” ou celles du Baggersee incarnent la résilience strasbourgeoise. L’agglomération mise sur 120 km cumulés d’ici 2026, selon les plans initiaux. Les cyclistes, eux, pédalent déjà vers un avenir plus durable. Des actions concrètes à court et moyen terme sont en cours pour s’assurer que l’infrastructure vélo reste une priorité.
Enjeux futurs pour les Strasbourgeois
Strasbourg transforme ses points noirs cyclables, comme promis pour 2026. Les investissements dans Vélhop et les VAE incitent 20 000 habitants supplémentaires à lâcher le volant. Reste à concrétiser les budgets et à répondre aux classements mondiaux pour redevenir la capitale française du vélo. Les riverains attendent des axes verts qui unissent, pas qui divisent. L’issue de ces efforts pourra déterminer si Strasbourg parvient à conserver sa place parmi les villes les plus respectueuses de l’environnement en Europe.
