Transports scolaires à Strasbourg en crise : la fin des taxis spécialisés pour enfants handicapés
À Strasbourg et en Alsace, la suppression des taxis et transports spécialisés pour les enfants handicapés soulève une polémique majeure depuis la rentrée de septembre 2025. La Collectivité d’Alsace (CeA) a remplacé ces services par un remboursement kilométrique de 55 centimes par kilomètre, obligeant les parents à assurer eux-mêmes les trajets domicile-école. Cette décision, votée le 14 mars 2025, fragilise des familles et l’économie locale.
Ce virage vise une organisation « plus équitable et mieux ciblée », selon les responsables. Mais pour beaucoup de parents strasbourgeois, habitués à une prise en charge totale, cette mesure ressemble à une suppression pure et simple du service public. Pour plus de détails sur les changements à venir, consultez notre article sur Strasbourg améliore ses transports.
Contexte de la réforme : un changement radical depuis mars 2025
La délibération du 14 mars 2025 a chamboulé l’organisation des transports adaptés pour les élèves en situation de handicap. Jusque-là, des taxis et entreprises spécialisées assuraient des trajets collectifs ou individuels depuis des communes comme Niederentzen jusqu’à des classes Ulis à Rouffach ou Strasbourg. Désormais, la CeA privilégie l’autonomisation des enfants et l’harmonisation entre Bas-Rhin et Haut-Rhin.
Patrick Bouleau, père de Maëlis, 13 ans, scolarisée en Ulis à Rouffach depuis Niederentzen, dénonce un reste à charge exorbitant. « J’ai fait les calculs : avec 55 centimes par kilomètre, il nous reste quelque 6 000 euros à payer par an ! Personne ne peut assumer ça », confie-t-il, soulignant l’impossibilité logistique pour des parents aux contraintes professionnelles lourdes.
À Strasbourg, des dizaines de familles expriment leur colère sur les réseaux sociaux contre un « courrier fourbe » de la MDPH et de la CeA. Des situations de déscolarisation émergent déjà, avec des enfants privés d’accès à l’école faute de solution viable.
Réaction de la CeA : pas de suppression, mais une adaptation
Karine Pagliarulo, vice-présidente de la CeA en charge du handicap, assume le changement tout en nuançant. « Parler de suppression travestit la réalité. Le transport adapté continue quand le handicap rend impossible un autre moyen », affirme-t-elle, précisant que chaque famille peut demander un examen individualisé.
La collectivité met en avant un budget record de 310,3 millions d’euros en 2025 pour l’accompagnement du handicap, deuxième poste de dépense après la protection de l’enfance. « Le règlement a changé depuis mars pour favoriser l’autonomisation, et nous allons proposer des solutions aux familles qui ont recours », ajoute-t-elle.
Impact économique local : des emplois en péril à Strasbourg et en Alsace
La fin des contrats avec les taxis spécialisés frappe durement l’économie alsacienne. Des entreprises locales, qui employaient des dizaines de chauffeurs formés à accompagner des enfants handicapés, se retrouvent sans activité du jour au lendemain. À Strasbourg, ce secteur fragilisé touche des familles modestes dépendant de ces emplois stables.
Pour connaître les nouvelles initiatives pour des transports plus durables, lisez notre article sur nouvelles initiatives. Les conséquences s’étendent aux PME de transport adaptées, pilier du tissu économique local. Sans intervention rapide, des licenciements en cascade menacent, aggravant les tensions sociales dans une région déjà marquée par le chômage.
Opposition politique : appel à un service public restauré
Les élus écologistes et communistes à la CeA exigent un retour à un vrai service public de transport scolaire. Ils proposent deux pistes : une régie directe avec flotte de véhicules adaptés, ou une délégation à des entreprises locales via un service public délégué. « La CeA doit assumer son rôle de chef de file social et réconcilier paroles et actes », lancent-ils.
L’opposition soutient la mobilisation des parents et réclame une clarification urgente de l’exécutif. Plusieurs centaines d’enfants, auparavant transportés, ne le sont plus depuis le 1er septembre 2025, selon ces élus, contredisant les arguments de la majorité.
Polémique enkystée : plusieurs centaines d’enfants impactés
Malgré les promesses d’examens individualisés, la bronca persiste. « Les faits sont têtus : en cette rentrée, des enfants strasbourgeois et alsaciens sont déscolarisés », martèlent les opposants. La CeA insiste sur des transports financés en cas de nécessité absolue, mais les recours affluent.
Implications pour les résidents strasbourgeois : au-delà des trajets quotidiens
Pour les habitants de Strasbourg et sa métropole, cette crise révèle les failles d’un accompagnement du handicap en zone urbaine dense. Les trajets vers des établissements spécialisés comme ceux du Kochersberg ou de l’Eurométropole deviennent un casse-tête, amplifié par les embouteillages et les horaires scolaires rigides.
Les familles, souvent monoparentales ou à double emploi, peinent à concilier vie pro et scolarité. Cette mesure touche particulièrement les quartiers périphériques, où les transports en commun ne suffisent pas pour des enfants à mobilité réduite.
Vers une mobilisation accrue ? Les familles se structurent
Des collectifs de parents émergent à Strasbourg, organisant des pétitions et réunions publiques. Ils visent à alerter les conseillers départementaux et le président de la CeA, Alexandre Lanosse. « On ne lâchera pas : nos enfants ont droit à l’école comme tous », résume une mère de famille du Neudorf.
Les entreprises de transport locales rejoignent le mouvement, plaidant pour des contrats stables. La polémique, loin d’être close fin 2025, pourrait influencer les débats budgétaires de 2026.
Perspectives pour 2026 : un litige persistant
Avec des centaines d’enfants toujours sans solution fiable, la pression monte sur la CeA. Les élus d’opposition annoncent des questions au prochain conseil, exigeant un moratoire sur la réforme. Strasbourg, ville inclusive autoproclamée, voit son image mise à l’épreuve par cette crise quotidienne.
Les parents espèrent un compromis rapide, mêlant remboursements et transports adaptés. Mais sans geste fort, la déscolarisation risque de s’amplifier, marquant un tournant sombre pour l’éducation inclusive en Alsace.
