Chantiers de réseaux de chaleur à Strasbourg avancent pour raccorder 15 000 logements avant 2030

Les réseaux de chaleur de Strasbourg accélèrent pour raccorder 15 000 logements d’ici 2030

Les chantiers de réseaux de chaleur se multiplient à Strasbourg et dans l’Eurométropole, avec pour objectif de raccorder près de 15 000 logements avant 2030. Ce projet s’inscrit dans un vaste plan de décarbonation du chauffage urbain. Pour en savoir plus sur les initiatives en matière de chauffage urbain, vous pouvez consulter [l’Ademe](https://www.ademe.fr).

À l’horizon 2030, l’Eurométropole ambitionne de raccorder un total de 80 000 équivalents logements à un réseau de chaleur public, contre environ 50 000 actuellement, tout en augmentant le taux d’énergies renouvelables et de récupération. Ce projet de parc photovoltaïque dans l’Eurométropole s’inscrit également dans cette dynamique.

Un maillage déjà dense, en pleine mutation

Strasbourg bénéficie déjà de trois principaux réseaux de chaleur publics : Strasbourg Centre, Ouest Strasbourg et Wacken, auxquels s’ajoute le futur réseau des Communes Nord. Ensemble, ces réseaux alimentent l’équivalent de 50 000 logements pour environ 500 GWh de chaleur par an, grâce à quelque 130 km de canalisations.

Le réseau Strasbourg Centre est le résultat de la fusion des anciens réseaux de l’Elsau et de l’Esplanade en 2022. Exploité par Strasbourg Centre Energies (filiale de R-CUA), ce réseau fournit déjà 256 GWh de chaleur par an, avec 61 % d’origine renouvelable. La trajectoire cible est de 360 GWh et 36 000 équivalents logements d’ici 2030, avec 85 % de renouvelable.

Cette stratégie en matière de chauffage urbain fait partie intégrante de l’engagement de Strasbourg envers la transition énergétique, assurant non seulement une diminution des émissions de carbone, mais aussi une meilleure qualité de l’air pour les habitants.

Extensions vers la Neustadt, les Halles et la gare

Sur le terrain, les travaux les plus visibles concernent l’extension du réseau Strasbourg Centre vers le cœur de la ville. Une nouvelle artère traverse actuellement la Neustadt par la place de la République et doit rejoindre le quartier des Halles, avant de se prolonger jusqu’au secteur de la gare.

Cette nouvelle branche, principalement alimentée par de la chaleur de récupération provenant des industries du Port autonome de Strasbourg, permettra de chauffer l’équivalent de 25 000 logements d’ici 2030, notamment dans les immeubles de bureaux et de logements du centre et de la première couronne. « Ce réseau contribue directement à la décarbonation du centre-ville en valorisant une chaleur qui était jusqu’ici perdue », souligne un ingénieur en charge du projet au sein de l’Eurométropole.

Les riverains de la Neustadt et des abords des Halles constatent depuis plusieurs mois la succession de tranchées, poses de tuyaux pré-isolés et réfections de voirie. La collectivité insiste sur la planification des chantiers, souvent coordonnés avec d’autres travaux urbains, afin de limiter au maximum les désagréments liés aux fermetures de voies, nuisances sonores et déviations de circulation. Cela montre également l’effort de l’Eurométropole pour respecter le cadre environnemental tout en modernisant l’infrastructure urbaine.

Ouest Strasbourg et Hohberg, Koenigshoffen, Cronenbourg en ligne de mire

Au sud-ouest et à l’ouest de la ville, le réseau Ouest Strasbourg poursuit également son développement. Cette infrastructure doit progressivement desservir les quartiers du Hohberg, de Koenigshoffen et de Cronenbourg, avec comme objectif 240 GWh de chaleur distribuée à terme.

Dans ces quartiers, souvent populaires ou en cours de rénovation urbaine, les réseaux de chaleur sont perçus comme un levier pour se défaire progressivement du gaz individuel ou des vieilles chaufferies fioul, sources de coûts et d’émissions de CO₂. « Pour les copropriétés, le réseau de chaleur offre une solution clé en main, plus stable en prix sur la durée que les énergies fossiles », remarque un bailleur social implanté à Cronenbourg.

Ces extensions à l’ouest permettront de raccorder plusieurs milliers de logements supplémentaires d’ici 2030, contribuant ainsi à l’objectif global de 15 000 nouveaux logements raccordés au sein de l’agglomération. Les travaux s’organisent par tronçons, s’échelonnant sur plusieurs années avec des mises en service progressives, quartier par quartier. L’ensemble de ce processus inclut une approche rigoureuse de la gestion de projet, garantissant ainsi des délais respectés.

Wacken, laboratoire bas carbone au nord de la ville

Au nord de Strasbourg, le réseau Eco2Wacken fait office de vitrine technologique. Mis en service en 2016, il alimente aujourd’hui environ 5 000 équivalents logements avec près de 40 à 45 GWh de chaleur par an, au cœur du quartier des institutions européennes et du quartier d’affaires.

Plus de 90 % de la chaleur produite à Wacken provient d’énergies renouvelables et de récupération : environ 62 % de chaleur fatale récupérée auprès d’industries du Port autonome, 28 % provenant de la chaufferie biomasse de la rue Fritz Kieffer, le reste étant assuré par du gaz d’appoint en période de pointe. Ce réseau est surveillé par une centaine de capteurs numériques, permettant d’optimiser en temps réel la température, la pression et les besoins des bâtiments raccordés.

Une extension progressive de ce réseau est programmée pour mieux irriguer le nord de la ville, avec pour objectif de maximiser le recours à la biomasse locale et aux rejets de chaleur industrielle. Les habitants et usagers du quartier y perçoivent un élément cohérent dans la stratégie globale de neutralité carbone à l’horizon 2050. Cela témoigne également de l’engagement de Strasbourg à adopter des pratiques énergétiques durables.

Les communes du nord bientôt raccordées

Au-delà de Strasbourg intra-muros, un projet significatif concerne désormais les communes du nord de l’Eurométropole. Schiltigheim, Bischheim, Hoenheim, Mundolsheim et Souffelweyersheim doivent être raccordées à un ou plusieurs réseaux de chaleur d’ici 2035, avec un objectif initial de 44 km de conduites et 110 GWh de chaleur distribuée, équivalent à environ 11 000 logements.

Le projet prévoit un réseau principal desservant Schiltigheim, Bischheim et Hoenheim, complété par deux réseaux indépendants pour Mundolsheim et Souffelweyersheim. « La prochaine étape, c’est les communes du nord, puis du sud, pour mailler l’ensemble de l’agglomération », précise Marc Hoffsess, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de la transformation écologique du territoire.

La chaleur sera générée à partir d’un mix énergétique local combinant plusieurs sources, dont au moins trois renouvelables, dans le but d’atteindre environ 90 % d’énergies renouvelables et de récupération à l’horizon 2031. Les canalisations seront également reliées aux installations du Port autonome et à des unités de valorisation énergétique, permettant à ces communes de bénéficier directement de la chaleur industrielle inexploitée jusqu’ici.

Objectifs 2030 : plus de logements raccordés, plus de renouvelable

Tous ces chantiers s’inscrivent dans le Plan Climat 2030 de l’Eurométropole. La collectivité vise à doubler la quantité d’énergie distribuée par les réseaux de chaleur publics et à atteindre un taux d’énergies renouvelables et de récupération de 75 % d’ici 2030.

Aujourd’hui, les réseaux publics strasbourgeois alimentent près de 50 000 équivalents logements. Les divers projets en cours (Strasbourg Centre étendu, Ouest Strasbourg, Wacken, Communes Nord) devraient porter ce chiffre à environ 73 000 à 80 000 équivalents logements d’ici 2030. Les responsables locaux soulignent la cible intermédiaire d’environ 15 000 logements supplémentaires raccordés dans les années à venir, entraînant un impact significatif sur les émissions de CO₂ du parc résidentiel.

Pour les habitants, cet enjeu ne se limite pas à des considérations environnementales, mais est également économique. Les réseaux de chaleur, opérationnels comme services publics, proposent des tarifs plus stables que ceux des énergies fossiles, étant indexés principalement sur le coût de la biomasse ou de la chaleur de récupération, moins sujets aux fluctuations des marchés internationaux. Ainsi, les usagers peuvent bénéficier d’une tarification plus équitable et prévisible, essentielle pour assurer l’acceptabilité de ces infrastructures à long terme.

Un investissement lourd, mais présenté comme stratégique

Le développement des réseaux de chaleur requiert des investissements importants, tant pour les infrastructures que pour les sources de production. Pour le seul projet de raccordement des cinq communes du nord, le coût est évalué à environ 89 millions d’euros, dont une partie significative financée par des subventions de l’Ademe et d’autres dispositifs publics, le reste étant à la charge du délégataire.

Les élus de l’Eurométropole défendent ces dépenses comme un choix stratégique à long terme. « Chaque mètre de canalisation posé aujourd’hui, c’est une dépendance moindre au gaz demain », conclut un cadre de la direction de la transition énergétique.

Cependant, certains riverains expriment leur inquiétude quant à la durée des travaux, au bruit et aux perturbations qu’ils engendrent. La Ville s’engage à renforcer la communication de proximité, via des réunions publiques, des lettres d’information et des cartes interactives permettant de suivre l’avancement des chantiers quartier par quartier.

Au fur et à mesure que les tranchées se referment et que les sous-stations sont installées dans les bâtiments, Strasbourg et son Eurométropole espèrent faire du réseau de chaleur un outil central de la transition énergétique locale, capable de fournir une chaleur plus propre et plus prévisible à des dizaines de milliers de foyers supplémentaires d’ici 2030. Cet engagement reflète la volonté de Strasbourg d’adopter des pratiques durables et innovantes pour un avenir énergétique responsable.