Strasbourg renforce ses mesures pour lutter contre la pollution industrielle et protéger la santé publique

Strasbourg renforce ses mesures contre la pollution industrielle

Strasbourg intensifie son combat contre la pollution industrielle en adoptant une série de mesures comprenant des contrôles renforcés et de nouvelles obligations pour les sites les plus polluants. Ces initiatives visent à intégrer plus strictement la santé publique dans les politiques locales. Les industries du Port du Rhin, reconnues comme des points critiques pour la qualité de l’air, sont au centre de ce dispositif, soutenu par une gouvernance locale structurée autour du Plan Climat 2030 et PCAET. Pour plus d’informations, consultez le site du Plan Climat 2030 et Strasbourg renforce la collecte des déchets.

Les autorités locales doivent également s’adapter à un contexte européen qui accélère le durcissement des réglementations. La diminution des seuils légaux pour le dioxyde d’azote (NO₂) et les particules fines d’ici 2030 contraint les collectivités à anticiper des actions plus ambitieuses pour les secteurs industriels et énergétiques.

Pression accrue sur les sites industriels du Port du Rhin

Une zone sous surveillance renforcée

Situé au sud-est de Strasbourg, le Port du Rhin abrite une part significative des activités industrielles lourdes de l’agglomération, comprenant des papeteries, un incinérateur, des unités de production d’énergie et divers entrepôts. Depuis plusieurs années, ce secteur est surveillé de près en raison de plusieurs dépassements de seuils pour divers polluants atmosphériques. Cette attention soutenue vise à minimiser l’impact de ces installations sur la qualité de l’air.

Une commission de suivi dédiée au « site du Port du Rhin Sud » a été instaurée par arrêté préfectoral, portant une attention particulière à quatre sites jugés sensibles : Blue Paper, ESKA, l’incinérateur Sénerval et l’unité ÉS Biomasse. Cette commission regroupe des représentants de l’État, des industriels, des collectivités, des associations et des riverains pour évaluer les émissions, examiner les incidents et proposer des mesures correctives. Un dialogue constant est nécessaire pour assurer que les préoccupations des communautés soient prises en compte dans le processus de décision.

Transparence et dialogue avec les riverains

Une des évolutions notables, saluée par les associations de quartier, oblige les usines à améliorer l’information destinée aux habitants et à répondre plus systématiquement à leurs préoccupations. Les réunions de la commission visent à fournir aux riverains des données récentes sur les rejets, les contrôles et les mises en conformité, renforçant ainsi la confiance au sein de la communauté.

« Les habitants du Port du Rhin vivent avec les cheminées sous leurs fenêtres, ils ont le droit de savoir ce qu’ils respirent », affirme une militante d’un collectif local, qui réclame la publication régulière des niveaux de dioxines, de métaux lourds et de particules fines dans un format accessible. La réduction de la défiance envers les industriels, longtemps accusés de minimiser l’étendue de leurs émissions, est un enjeu majeur. Ce nouveau cadre de dialogue constitue un pas en avant vers une meilleure cohésion entre les citoyens et les acteurs industriels.

Un cadre européen et national nettement plus strict

Des normes de qualité de l’air en forte baisse d’ici 2030

Les nouvelles mesures à Strasbourg interviennent alors que l’Union européenne a adopté un durcissement des normes de qualité de l’air pour plusieurs polluants majeurs. D’ici 2030, la valeur limite annuelle du NO₂ sera réduite de moitié, passant de 40 à 20 µg/m³. De même, la limite pour les particules PM10 sera abaissée à 20 µg/m³, alors qu’elle est actuellement à 40 µg/m³, et pour les PM2,5, la valeur limite future sera de 10 µg/m³, contre 25 µg/m³ aujourd’hui.

À partir de 2026, dans les zones ne respectant pas encore ces normes, les États et les collectivités devront établir des feuilles de route obligatoires pour garantir l’atteinte de ces objectifs d’ici le 1ᵉʳ janvier 2030. Étant donné que Strasbourg dépasse encore les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour plusieurs polluants, elle se retrouve parmi les territoires les plus concernés par ces nouvelles régulations. Ces changements législatifs obligent les acteurs locaux à agir rapidement pour réduire la pollution et rencontrer les nouvelles exigences.

Objectif « zéro pollution » à l’horizon 2050

Au-delà de 2030, la trajectoire européenne ambitionne de s’aligner progressivement sur les valeurs guides les plus strictes de l’OMS, dans le cadre de l’objectif « zéro pollution » d’ici 2050. Pour des collectivités comme Strasbourg, cela entraîne une pression renforcée sur les secteurs les plus émetteurs, comprenant le transport, le résidentiel, l’agriculture et l’industrie, reconnus comme l’un des principaux contributeurs aux émissions de polluants dans l’Eurométropole.

Un élu de l’Eurométropole, responsable de la qualité de l’air, résume ainsi la situation : « À partir de maintenant, chaque autorisation industrielle, chaque projet de réseau de chaleur, chaque incinérateur doit être pensé à l’aune de ces nouvelles normes et de l’impact sanitaire. Nous n’avons plus de marge de manœuvre confortable. » Cela soulève des questions sur la viabilité des pratiques industrielles futures face à la nécessité de protéger la santé publique.

Le Plan Climat 2030 et le PCAET en toile de fond

Une stratégie structurée autour de la qualité de l’air

En décembre 2019, l’Eurométropole de Strasbourg a adopté un Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET), suivi en 2021 par la Ville de Strasbourg, avec des objectifs de réduction des gaz à effet de serre alignés à ceux de l’Union européenne : –55 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de référence. Ce plan intègre explicitement la qualité de l’air comme un axe prioritaire, avec des actions ciblées sur le résidentiel, l’agriculture et l’industrie.

Le Plan Climat 2030 décline cette stratégie en quatre axes et treize objectifs, dont plusieurs visent directement à encadrer les émissions industrielles et renforcer la gouvernance de l’air. L’un des objectifs consiste à réduire de 18 % la consommation énergétique industrielle d’ici 2030 (année de référence 2017), ce qui devrait mécaniquement entraîner une diminution des émissions de certains polluants. Ces efforts doivent s’accompagner d’un suivi régulier et d’indicateurs de performance pour évaluer leur efficacité.

Gouvernance renforcée et implication des citoyens

La collectivité souhaite également « renforcer les relations avec les différents acteurs, notamment avec la population, à travers la participation des associations locales » dans les politiques relatives à la qualité de l’air. Des dispositifs de concertation, de suivi participatif et d’information seront instaurés, en collaboration avec les associations de santé environnementale et les collectifs de riverains. Ce partenariat vise à créer un environnement où les préoccupations des citoyens sont écoutées et intégrées dans la planification locale.

Cet ancrage local est essentiel pour éviter que les décisions ne soient prises uniquement dans les bureaux techniques. « Les habitants doivent pouvoir peser sur les décisions qui impactent directement leur santé, que ce soit pour l’extension d’une usine, l’implantation d’une nouvelle chaudière biomasse ou la gestion des pics de pollution », souligne un représentant associatif. Ce processus participatif est une clé pour instaurer un climat de confiance et d’engagement communautaire.

Incinérateur, réseau de chaleur et vigilance sanitaire

Un fournisseur de chaleur sous surveillance

L’incinérateur de Strasbourg, principal fournisseur de chaleur pour divers réseaux urbains, est au cœur des préoccupations. Des médecins et des associations rappellent que cette installation a souvent été critiquée pour des émissions excessives de dioxines et de mercure. La sécurité sanitaire dans cette affaire ne peut être négligée alors que les effets sur la santé publique sont toujours au centre du débat.

Alors que la ville se concentre sur la valorisation énergétique des déchets et le développement des réseaux de chaleur pour décarboner le chauffage urbain, certains professionnels de santé s’inquiètent d’un potentiel « compromis invisible » entre performance énergétique et vigilance sanitaire. « Nous appelons à une plus grande vigilance pour que les accords sur la fourniture de chaleur par certaines industries lourdes du Port du Rhin ne se paient pas en contrepartie par une moindre rigueur sur les émissions de polluants », affirment des médecins mobilisés pour la qualité de l’air. Il est crucial que la santé publique reste prioritaire dans les considérations économiques.

Santé publique en première ligne

Selon les médecins, le **NO₂ est émis à plus de 96 % par les véhicules diesel**, mais les particules, les métaux lourds et certains composés organiques volatils sont directement liés aux activités industrielles et à l’incinération. Les améliorations récentes observées dans la qualité de l’air à Strasbourg peuvent être attribuées à des conditions météorologiques favorables, plutôt qu’à une baisse substantielle des émissions. Cette situation souligne l’urgence d’adopter des mesures significatives et durables.

Pour les habitants des quartiers adjacents au Port du Rhin, à Neudorf ou à la Meinau, ces problématiques sont bien réelles. De nombreux témoignages évoquent des odeurs persistantes, de la poussière sur les fenêtres et des inquiétudes concernant l’augmentation des troubles respiratoires chez les enfants. La vigilance de la population et des spécialistes est indispensable pour veiller à ce que les décisions prises répondent aux besoins de santé publique.

Mesures locales : entre industrie, transports et aménagement

La Zone à Faibles Émissions comme levier complémentaire

Bien que l’industrie soit dans le viseur, la stratégie strasbourgeoise s’appuie également sur des mesures plus larges, telles que la Zone à Faibles Émissions mobilité (ZFE-m), mise en œuvre à partir du 1ᵉʳ janvier 2022 dans l’Eurométropole. Cette ZFE limite progressivement l’accès aux véhicules les plus polluants, suivant les vignettes Crit’Air, avec un calendrier d’interdiction s’étalant jusqu’en 2026 pour certaines catégories de véhicules. L’objectif est de diminuer le trafic automobile polluant tout en protégeant la qualité de l’air.

Ce dispositif, conçu initialement pour lutter contre la pollution liée au trafic, impacte aussi le secteur industriel, incitant les entreprises à renouveler leurs flottes de camions et utilitaires. Il s’accompagne d’un développement d’une logistique urbaine plus écologique et d’investissements dans les transports en commun, le ferroviaire et le fluvial pour le transport de marchandises. De telles initiatives devraient contribuer à réduire les nuisances environnementales à moyen et long terme.

Réduction de la consommation énergétique industrielle

La collectivité aide également les industriels à diminuer leur consommation énergétique, avec un objectif de réduction de –18 % d’ici 2030. Cela implique modernisation des procédés, amélioration de l’efficacité énergétique, recours à des énergies moins polluantes, et parfois reconversions partielles des sites. Une telle approche permettrait non seulement de respecter les normes, mais également de favoriser l’innovation dans les procédés industriels.

Pour les entreprises, ces exigences représentent un coût, mais aussi une chance de rester compétitives dans un contexte où les marchés et les réglementations imposent de plus en plus de transparence et de performance environnementale. De nombreux industriels du Port du Rhin mettent en avant leur investissement dans de nouveaux filtres, des systèmes de dépollution des fumées ou des procédés de combustion optimisés pour réduire les émissions de particules et d’oxydes d’azote. Ces initiatives représentent un pas vers une industrie plus durable et respectueuse de l’environnement.

Un enjeu quotidien pour les habitants de l’Eurométropole

Des quartiers en première ligne

Les quartiers voisins de la zone industrielle – Port du Rhin, Neuhof, Neudorf, ainsi que certaines communes de l’Eurométropole sous les vents dominants – sont particulièrement exposés à la pollution industrielle. Pour ces habitants, souvent issus de milieux populaires, l’enjeu est double : bénéficier des emplois créés par l’industrie tout en étant mieux protégés contre ses impacts sur la santé. Le développement économique ne doit pas se faire au détriment de la santé des résidents.

Lors des réunions publiques, des parents d’élèves interrogent les autorités sur l’exposition des écoles et crèches proches des zones d’activité, sur les niveaux de particules ultrafines et sur les risques à long terme liés aux métaux lourds. « Ce ne sont pas que des chiffres, ce sont nos enfants, nos voisins, notre quotidien », témoigne une mère de famille lors d’un atelier participatif sur la qualité de l’air. Cette implication citoyenne est primordiale pour une gouvernance éclairée et réactive aux préoccupations locales.

Une transformation écologique sous surveillance citoyenne

Pour l’Eurométropole, la crédibilité de sa « transformation écologique » – suivie par un baromètre mesurant des indicateurs clés – dépendra largement de sa capacité à réduire significativement la pollution de l’air, en particulier celle liée à l’industrie, tout en maintenant l’emploi et l’attractivité économique. Les décisions doivent être prises en concertation avec les parties prenantes pour en assurer l’acceptabilité.

Les années à venir seront cruciales : la mise en œuvre des engagements du Plan Climat 2030, le renforcement des contrôles sur les sites industriels, l’application de la ZFE, et l’adaptation des politiques locales aux normes européennes seront surveillés de près par les associations, les médecins et les riverains. Strasbourg, souhaitant devenir une « ville et métropole respirables », devra prouver que la protection de la santé publique est maintenant une priorité sur les compromis avec la pollution industrielle. Cette évaluation continue est essentielle pour garantir des résultats tangibles et significatifs.