Des personnalités strasbourgeoises s’unissent pour un nouveau projet culturel dans les quartiers populaires
Un collectif de personnalités locales de Strasbourg s’apprête à lancer, début 2025, un nouveau projet culturel d’envergure destiné aux quartiers populaires de la ville. Pensé comme un programme itinérant mêlant arts urbains, mémoire des lieux et participation citoyenne, il doit se déployer dans plusieurs secteurs classés quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), dans le sillage du Contrat de ville « Quartiers 2030 » de l’Eurométropole.
Porté par des artistes, des responsables associatifs et quelques figures médiatiques locales, le projet vise à « faire des quartiers populaires de véritables scènes culturelles à ciel ouvert », selon ses initiateurs. Les premières actions pilotes sont annoncées pour le printemps 2025, avec une montée en puissance sur toute l’année.
Ce projet s’inscrit dans un moment charnière pour la politique de la ville à Strasbourg, où depuis 2024, l’Eurométropole met en œuvre le Contrat de ville “Quartiers 2030”. Ce dernier concerne 21 quartiers prioritaires, dont des secteurs comme Hautepierre, Neuhof, Cronenbourg ou l’Elsau. Pour soutenir les initiatives locales, cliquez ici pour lire sur le soutien aux artistes émergents [[soutien aux artistes émergents|https://journaldestrasbourg.com/portraits-initiatives-locales/personnalites-locales-de-strasbourg-lancent-un-projet-pour-soutenir-les-artistes-emergents/].
Ce contrat, élaboré après une année de concertation avec les habitants, les associations et 43 partenaires, prévoit notamment un soutien renforcé aux initiatives culturelles de proximité. L’appel à projets 2025, déjà annoncé par la collectivité, doit financer des actions qui favorisent l’égalité urbaine, la cohésion sociale et la participation des habitants.
Un collectif inédit de figures locales
Le nouveau projet est porté par un noyau d’une douzaine de personnalités ancrées dans la vie culturelle et associative strasbourgeoise. Parmi elles, on retrouve des artistes de cultures urbaines, des directeurs de structures culturelles de quartier, des éducateurs spécialisés et des militants associatifs impliqués dans les QPV depuis des années.
Certains d’entre eux collaborent déjà avec des événements comme le festival O.Q.P – Opération Quartiers Populaires, devenu depuis 2016 une scène importante pour les talents des quartiers à Strasbourg et dans d’autres villes. Le nouveau programme entend cependant se distinguer en travaillant sur l’année entière, avec une présence régulière dans les quartiers plutôt qu’un rendez-vous concentré sur quelques jours. Dans un même esprit de dynamisme culturel, un nouveau festival d’art urbain a été lancé, destiné à enrichir les espaces publics [[festival d’art urbain|https://journaldestrasbourg.com/portraits-initiatives-locales/personnalites-locales-de-strasbourg-lancent-un-nouveau-festival-dart-urbain-pour-dynamiser-les-quartiers-populaires/].
« On veut passer d’une logique d’événement ponctuel à une présence continue, presque quotidienne, dans les quartiers », explique l’un des coordinateurs. Selon lui, l’idée est de co-construire les actions avec les habitants, plutôt que de “débarquer” avec un programme déjà ficelé.
Ateliers, parcours artistiques et résidences de quartier
Concrètement, le projet 2025 s’articule autour de trois grands axes : des ateliers participatifs, des parcours artistiques dans l’espace public et des résidences d’artistes au cœur des quartiers. Ces formats font écho à l’essor, à Strasbourg, de projets artistiques communautaires qui mobilisent les habitants autour du patrimoine local dans des secteurs comme le Neudorf ou la Krutenau.
Les ateliers devraient couvrir plusieurs disciplines : écriture, rap, danse hip-hop, théâtre de rue, fresques murales, photo et vidéo. L’objectif est de mêler pratique artistique, récit de vie et réflexion sur l’histoire et l’image des quartiers. Cette approche rejoint les orientations régionales qui insistent sur la pratique artistique et l’éducation culturelle comme piliers des projets menés dans les QPV.
Les parcours artistiques, eux, prendront la forme de balades urbaines scénarisées, mêlant interventions d’habitants, installations visuelles et performances in situ. Ils visent à faire (re)découvrir des lieux souvent réduits à leur réputation de « quartiers sensibles », en valorisant leur histoire, leurs sociabilités et leurs espaces verts ou architecturaux méconnus.
Une priorité : donner la parole aux habitants
Au-delà de la programmation artistique, les initiateurs insistent sur une ambition centrale : renforcer la parole et le pouvoir d’agir des habitants. « On veut que ce projet soit un outil pour que les jeunes, les familles, les anciens puissent dire ce qu’ils vivent, ce qu’ils veulent, ce qu’ils refusent pour leur quartier », résume une responsable associative impliquée dans le dispositif.
Dans plusieurs quartiers strasbourgeois, des expériences récentes ont montré comment des projets participatifs pouvaient renforcer le lien social et la fierté de lieu. Les organisateurs du nouveau programme entendent s’appuyer sur ces réussites, en associant très tôt les conseils citoyens, les maisons de quartier, les écoles et les structures jeunesse.
Des temps de cafés-débats et de rencontres publiques sont prévus en amont dans chaque secteur ciblé pour définir les thématiques prioritaires : mémoire des migrations, discriminations, accès aux droits, écologie urbaine ou encore place des femmes dans l’espace public. Ces thématiques nourriront ensuite les créations artistiques, dans une logique de « culture comme levier de transformation sociale », selon les mots d’un éducateur de rue partenaire du projet.
Financement croisé et partenariat avec les institutions
Sur le plan financier, les porteurs du projet visent un montage hybride associant fonds publics et contributions privées. Une partie du budget devrait provenir de l’appel à projets 2025 du Contrat de ville, qui soutient chaque année des initiatives en faveur des habitants des QPV de l’Eurométropole.
D’autres demandes sont en cours auprès de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), dans le cadre des dispositifs « Culture et contrat de ville » qui encouragent les projets articulant pratique artistique, médiation et participation des habitants dans les territoires fragilisés. Les organisateurs espèrent également mobiliser des mécènes locaux, notamment des entreprises implantées à proximité des quartiers concernés.
Les discussions avec la Ville et l’Eurométropole portent aussi sur la mise à disposition de lieux : salles municipales, équipements socioculturels, mais aussi espaces publics à transformer ponctuellement en scènes ou ateliers à ciel ouvert. Ces mises à disposition sont jugées cruciales pour limiter les barrières d’accès, en amenant la culture au plus près des immeubles et des places de quartier.
Un calendrier progressif et une première année « test »
Le lancement officiel est prévu pour mars 2025, avec une phase de préfiguration dans trois quartiers pilotes, parmi les 21 QPV de Strasbourg. L’idée est de tester différents formats d’intervention avant d’envisager une extension à d’autres secteurs à partir de l’automne 2025.
Cette première année sera pensée comme un laboratoire, avec une évaluation régulière associant habitants, associations et institutions. Les organisateurs souhaitent mesurer non seulement la fréquentation et la diversité des publics, mais aussi des effets moins visibles : sentiment d’appartenance, confiance dans les institutions, ou encore évolution des pratiques culturelles au quotidien.
« On sait que la culture ne résout pas tout, mais elle peut créer des espaces de dialogue qui n’existent pas ailleurs, surtout dans des périodes de tensions sociales », estime un metteur en scène impliqué depuis longtemps dans des projets de théâtre en pied d’immeuble. À terme, l’ambition est d’inscrire ce programme dans la durée, au-delà de 2025, en l’adossant pleinement à la dynamique “Quartiers 2030”.
Attentes fortes dans les quartiers populaires strasbourgeois
Dans les quartiers concernés, les attentes sont élevées, tant la demande de reconnaissance et de moyens culturels reste forte. Des festivals comme O.Q.P ont déjà montré à quel point les cultures urbaines pouvaient servir de caisse de résonance aux mémoires et aux revendications des habitants des quartiers populaires, notamment à Strasbourg.
Le nouveau projet entend prolonger cette dynamique, mais avec une implantation plus fine, au contact direct des habitants, des écoles, des associations sportives et culturelles de terrain. Pour de nombreux parents, l’accès à des ateliers de qualité, gratuits ou à très faible coût, dans leur quartier même, représente un enjeu décisif.
Un père de famille du Neuhof résume ainsi l’enjeu : « Quand on doit traverser toute la ville pour aller à un atelier ou à un spectacle, on renonce souvent. Si ça se passe en bas de chez nous, dans notre salle ou sur notre place, ce n’est plus la même histoire. » C’est précisément ce pari de proximité que le collectif strasbourgeois espère réussir en 2025, en faisant des quartiers populaires de véritables cœurs battants de la création locale.
