Jeanne Barseghian renforce l’engagement écologiste à Strasbourg

Jeanne Barseghian renforce l’engagement écologiste à Strasbourg

Une campagne de continuité face aux défis de la réélection

À deux mois des élections municipales de 2026, Jeanne Barseghian, maire écologiste de Strasbourg depuis 2020, intensifie sa campagne de réélection en dévoilant progressivement son programme. Le 7 janvier, la candidate de 45 ans a présenté douze premières mesures issues d’un travail participatif impliquant 250 contributeurs et les partis de sa majorité sortante. Ces propositions dessinent une ligne claire : régulation, services publics et justice sociale, confirmant la continuité de l’orientation écologiste et citoyenne qui caractérise son premier mandat.

Cette stratégie de campagne intervient dans un contexte politique complexe pour les Écologistes. Après la « vague verte » de 2020, qui avait surpris les observateurs en plaçant la liste écologiste largement en tête au second tour, plusieurs villes gérées par Les Écologistes font face à une contestation croissante de leurs bilans. À Strasbourg, les oppositions s’accordent pour critiquer la gestion municipale, offrant à Jeanne Barseghian une liste bien fournie de lignes d’attaque potentielles.

Un programme axé sur la mobilité et les services publics

Les propositions de Jeanne Barseghian reflètent une ambition de transformer Strasbourg en une « ville juste et vivante », concept qui englobe l’accessibilité financière, le respect des enjeux climatiques et de la biodiversité, tout en maintenant une dynamique urbaine ouverte sur le monde. Sur le volet des mobilités, la maire sortante propose des innovations concrètes destinées à améliorer la qualité de vie des Strasbourgeois.

Le projet de bus 24 heures sur 24 constitue l’une des mesures phares, pensée spécifiquement pour les salariés en horaires décalés avec un système d’arrêt à la demande. Estimé à un million d’euros par an, ce service représente un engagement envers les travailleurs précaires et les professions aux horaires atypiques. Parallèlement, la politique de stationnement résident sera révisée, avec un tarif plancher abaissé de 15 à 5 euros, modulé selon les revenus, sans modification du plafond actuel.

La continuité des investissements dans les transports urbains reste au cœur du programme. La gratuité des transports publics pour les mineurs de l’Eurométropole et un développement massif du réseau cyclable, des trams et des bus demeurent des priorités affichées. Ces mesures s’inscrivent dans la politique menée depuis 2020, période durant laquelle Strasbourg a connu d’importants travaux d’aménagement urbain. L’engagement envers une mobilité durable se perçoit également à travers des initiatives écologistes locales visant à promouvoir les transports alternatifs et l’utilisation des infrastructures en faveur des déplacements doux.

Végétalisation et équipements culturels

Au-delà de la mobilité, le programme de Jeanne Barseghian intègre des projets de végétalisation et d’aménagement urbain destinés à améliorer le cadre de vie. La création d’une « plaine festive » à la Meinau figure parmi les annonces majeures, destinée à accueillir de grands événements culturels ou sportifs. Ce projet, déjà en cours de mise en œuvre depuis plusieurs mois sur le site des ateliers de la collectivité plaine des Bouchers, doit notamment accueillir en 2027 la Foire Saint-Jean, devenue itinérante suite à l’urbanisation du quartier Archipel.

La création d’une nouvelle médiathèque franco-allemande au Port-du-Rhin représente un projet plus consensuel, reflétant l’importance de la dimension transfrontalière dans l’identité strasbourgeoise. Ces initiatives s’accompagnent de mesures de végétalisation et de parkings vélos, confirmant l’orientation écologiste du mandat. Dans l’ensemble, l’objectif est de renforcer non seulement la qualité de vie des citoyens, mais aussi d’enrichir l’identité culturelle de Strasbourg à travers divers événements qui rassemblent et animent la population.

Les enjeux financiers et la gestion de la dette

La question financière demeure centrale dans le débat municipal. Selon Syamak Agha Babaei, premier adjoint aux finances et ancien du Parti socialiste, l’endettement de la Ville s’était particulièrement alourdi lors du premier mandat, notamment en raison des investissements massifs dans les travaux d’aménagement urbain. Cette situation financière constitue un élément clé du bilan que Jeanne Barseghian devra défendre face à ses adversaires.

La maire sortante reconnaît avoir entendu le « ras-le-bol » causé par une ville largement en chantier, bien qu’elle précise que les travaux sont quasiment achevés. Cette prise en compte des frustrations des habitants démontre une certaine conscience des défis perceptuels liés à la gestion urbaine, même si elle décorrèle cette situation de toute prédiction électorale négative. Les défis financiers posent également la question de la priorisation des investissements futurs, où il sera crucial d’équilibrer ambitions écologiques et réalité budgétaire.

Un contexte politique fragmenté

Le paysage politique strasbourgeois pour 2026 s’avère fragmenté et compétitif. Jean-Philippe Vetter, candidat de droite pour Les Républicains, mène une campagne très axée sur la critique de Jeanne Barseghian. Parallèlement, Catherine Trautmann, ancienne maire socialiste, émerge comme une alternative de gauche, bénéficiant du soutien de figures comme Paul Meyer et Nawel Rafik Elmrini, fondateurs du mouvement Réconcilier Strasbourg, qui la présentent comme « la seule chance pour l’alternance ».

Cette fragmentation de l’opposition offre à Jeanne Barseghian une opportunité de se positionner comme incarnation de « l’union à gauche », une gauche « qui sait gouverner et qui peut gagner ». Cependant, elle doit également gérer les tensions internes au sein de sa majorité, notamment concernant la composition de sa liste pour 2026. L’art de la politique dans ce contexte est de créer des coalitions solides tout en maintenant un message cohérent et attrayant pour l’électorat.

La question du renouvellement politique

L’un des éléments distinctifs de la liste écologiste et citoyenne de 2020 résidait dans l’ouverture aux candidats issus de la société civile. Selon une étude sociologique menée par les chercheurs de l’Université de Strasbourg Sébastien Michon et Marie Acabo, 43 % des colistiers de Jeanne Barseghian en 2020 étaient novices en politique. Cette approche participative avait marqué les esprits et différencié la liste écologiste des autres candidatures.

Pour 2026, cette question du renouvellement du personnel politique reste d’actualité. Syamak Agha Babaei affirme que « la majeure partie des postes à responsabilité est occupée par des citoyens non encartés » et que « les partis ont très peu d’influence ». Cependant, il reconnaît que les partis revendiquent une place plus importante sur la liste pour 2026, révélant des tensions internes quant à l’équilibre entre représentation citoyenne et représentation partisane. Le défi consistera aussi à conserver l’engagement des nouveaux venus tout en répondant aux attentes des structures politiques établies.

Une stratégie de sortante assumée

Jeanne Barseghian assume pleinement sa position de sortante, cherchant à transformer son bilan en promesse de continuité. Cette stratégie comporte des risques : elle offre à ses adversaires une liste bien fournie de critiques potentielles, notamment concernant les chantiers urbains, la gestion financière et les résultats concrets des politiques écologistes.

Néanmoins, la maire sortante s’appuie sur des réalisations tangibles, notamment les rues scolaires, présentées comme l’une des grandes réussites de son premier mandat. Elle insiste sur le fait que « ce qui nous distingue des autres listes, c’est que nous annonçons ce que l’on va faire et nous faisons ce que l’on annonce », tentant de construire une image de fiabilité et de cohérence politique. Cette ligne directrice pourrait devenir un atout majeur si elle parvient à la communiquer efficacement auprès de ses électeurs.

Perspectives pour les mois à venir

Les élections municipales de 2026 à Strasbourg s’annoncent comme un test majeur pour le projet écologiste en milieu urbain. Jeanne Barseghian devra convaincre les électeurs que la continuité de son orientation politique constitue la meilleure réponse aux défis urbains contemporains, tout en gérant les critiques concernant les impacts des transformations urbaines et les questions financières. La composition finale de sa liste et l’évolution du contexte politique national pourraient influencer significativement l’issue du scrutin dans la capitale alsacienne. Dans ce cadre, l’aptitude à établir un dialogue constructif avec les citoyens sera déterminante pour son succès futur.