Strasbourg se prépare à une nouvelle Semaine de la Mémoire
Du 29 septembre au 5 octobre 2025, Strasbourg sera le théâtre de la 6ᵉ édition de la Semaine de la Mémoire, un événement national dédié à la vulgarisation scientifique et culturelle axé sur la mémoire sous toutes ses formes. Organisée par l’Observatoire B2V des Mémoires, cette manifestation comprendra une cinquantaine de rencontres, conférences, ateliers et spectacles, accessibles gratuitement au grand public dans plusieurs lieux emblématiques de la ville.
Avec plus de 30 conférenciers et plus de 2 500 visiteurs attendus, Strasbourg ambitionne de devenir un laboratoire vivant sur les enjeux de la mémoire, incluant des sujets variés allant de la santé au numérique, en passant par l’histoire et les arts. En parallèle, la ville prépare également l’événement Numérique en Commun, prévu pour octobre 2025.
Un événement national ancré au cœur de Strasbourg
Des lieux culturels et scientifiques mobilisés
La Semaine de la Mémoire investira plusieurs sites de Strasbourg, incluant des lieux culturels et universitaires tels que des amphithéâtres de l’Université de Strasbourg, dont l’amphi du Collège doctoral européen situé au 46 boulevard de la Victoire. Des bibliothèques, salles de spectacle et autres espaces partenaires participeront également, illustrant la volonté d’ancrer cet événement dans le tissu local.
Le choix de Strasbourg comme hôte n’est pas anodin. Ville universitaire avec un hôpital de référence et des instituts de recherche en neurosciences, elle est aussi marquée par une forte histoire frontalière et européenne. À ce titre, la capitale alsacienne offre un terrain propice pour explorer le lien entre mémoire individuelle et mémoire collective. « Strasbourg est un lieu idéal pour faire dialoguer la science, la culture et l’histoire autour de la mémoire », a souligné l’Observatoire B2V dans sa présentation de l’édition 2025.
Un rendez-vous gratuit et accessible à tous
L’événement sera entièrement gratuit, avec inscription requise pour certaines séances, afin de rester ouvert aux familles, aux étudiants et aux seniors. L’objectif est de donner à un large public l’opportunité de s’approprier des connaissances scientifiques et de mieux comprendre les mécanismes de la mémoire, notamment dans un contexte où les troubles cognitifs et la surcharge informationnelle affectent de plus en plus de personnes.
Les organisateurs misent sur une programmation à la fois exigeante et ludique. Selon l’Observatoire B2V, la Semaine de la Mémoire est conçue comme un « moment d’échanges, de découvertes et de réflexion sur la prévention, la science et la société », mobilisant des experts issus des domaines des neurosciences, de la médecine, de l’intelligence artificielle, de l’art et de la philosophie.
Une programmation entre science, culture et société
Neurosciences, psychologie et mémoire du quotidien
Au centre de cette semaine, de nombreuses conférences scientifiques aborderont les « secrets de nos souvenirs et de la mémoire », explorant les mécanismes neuronaux, le rôle de l’épigénétique, la mémoire immunitaire, les amnésies, les faux souvenirs et la mémoire olfactive. Des spécialistes des troubles neurodégénératifs, tels que la maladie d’Alzheimer et la maladie à corps de Lewy, fourniront des éclairages sur le diagnostic précoce, la prise en charge et la prévention.
Les sujets pratiques de mémoire et apprentissage ainsi que de mémoire au travail seront également traités pour aider le public à mieux retenir, mieux se concentrer et mieux gérer l’information dans un quotidien chargé. « Comprendre comment fonctionne sa mémoire, c’est déjà apprendre à la protéger et à l’entraîner », a résumé un membre du conseil scientifique. Ces conférences seront une opportunité pour le public d’interagir directement avec des experts et de poser des questions sur des thèmes qui touchent directement leur vie quotidienne.
Art vivant, cinéma et mémoire sensible
L’événement ne se limitera pas à des formats académiques. Des spectacles vivants, mélangeant théâtre et témoignages, seront au programme pour explorer la mémoire du comédien, le rapport au texte et à l’improvisation. Plusieurs soirées théâtrales, thématisées autour de la mémoire, seront organisées, notamment des improvisations qui uniront artistes et chercheurs dans différents lieux culturels de la ville.
Une séance de « ciné-psy » sera également présentée autour du film *Eternal Sunshine of the Spotless Mind*, suivie d’un décryptage scientifique animé par le Pr Francis Eustache, spécialiste de la mémoire. Ici, l’idée est de partir d’une œuvre de fiction populaire pour questionner, avec le public, les frontières entre souvenirs réels, modifiés et oubli volontaire. Ce genre d’initiative vise à créer un dialogue entre l’art et la science, enrichissant la compréhension de la mémoire à travers des perspectives variées et engageantes.
Une ville entière sensibilisée aux enjeux de la mémoire
Un impact concret pour les habitants et les familles
Pour les habitants de Strasbourg et de l’Eurométropole, la Semaine de la Mémoire est une occasion rare de dialoguer directement avec des chercheurs, médecins et praticiens du terrain. Les ateliers sensoriels et les temps d’échange seront spécifiquement conçus pour les aidants familiaux, les proches de personnes atteintes de troubles de la mémoire, ainsi que pour les enseignants cherchant des outils pédagogiques.
Les enjeux de santé publique sont centraux : mieux comprendre les premiers signes d’un trouble cognitif, connaître les ressources d’accompagnement disponibles localement, ou simplement apprendre des gestes quotidiens pour entretenir sa mémoire. « Nous voulons donner des clés pratiques aux citoyens, pour qu’ils se sentent acteurs de leur santé cognitive », assurent les organisateurs. En créant un espace de partage et de discussion, l’événement vise à renforcer le soutien et l’empathie au sein de la communauté, favorisant un environnement où chacun peut participer activement à la préservation de la mémoire.
Un rendez-vous pour les jeunes, les étudiants et les pros
La dimension éducative est particulièrement forte. Les étudiants de l’Université de Strasbourg, surtout en psychologie, médecine, sciences de la vie ou sciences humaines, trouveront dans cette semaine un complément de formation ainsi qu’un espace de discussion avec des intervenants nationaux. Des enseignants du secondaire et des professionnels de la formation continue sont également ciblés, avec un contenu spécifique portant sur la mémorisation des savoirs et sur les enjeux de concentration dans un environnement numérique.
Pour les professionnels de santé, d’aide à domicile ou du secteur médico-social, la programmation proposera des actualisations sur les recherches en cours, les approches non médicamenteuses et la connexion entre mémoire, bien-être et environnement. Différentes tables rondes aborderont la place de la mémoire dans les parcours de soin et le rôle des institutions locales dans l’accompagnement des personnes âgées. Cela créera un pont entre les étudiants, les professionnels et la communauté, assurant que les connaissances se transmettent et que les meilleures pratiques soient partagées.
Mémoire collective, histoire et territoire
De la Libération aux attentats récents
Au-delà des enjeux individuels, la Semaine de la Mémoire mettra une large lumière sur la mémoire collective. Certaines rencontres se pencheront sur des épisodes marquants de l’histoire récente, tels que la Libération ou les attentats du 13 novembre, afin de questionner la construction des récits, la transmission entre générations et le rôle des commémorations.
À Strasbourg, au carrefour des mémoires française, allemande et européenne, ces discussions prennent une dimension particulière. Elles interrogent la manière dont une ville frontalière intègre les traces d’un passé complexe dans son espace public et ses institutions, marqué par les conflits et les déplacements de population. En analysant ces récits partagés, les participants pourront mieux comprendre comment la mémoire collective façonne l’identité locale et influence les interactions entre différentes communautés.
Quand le territoire devient support de mémoire
L’événement a également pour but de mettre en valeur les acteurs locaux de la mémoire : associations d’anciens, musées, archives, structures culturelles et éducatives. À travers des parcours, des expositions ou des rencontres, lien sera fait entre la mémoire intime des habitants et la mémoire urbaine, que ce soit autour de quartiers transformés, de lieux de culte ou de sites industriels reconvertis.
« Parler de mémoire à Strasbourg, c’est forcément parler du territoire, des langues, des frontières et de l’Europe », souligne un historien associé au programme. En alliant démarches scientifiques, témoignages et initiatives associatives, cette semaine vise à nourrir une réflexion citoyenne sur ce que la ville choisit de se rappeler, de transmettre ou d’oublier. Cela incite chacun à réfléchir à son propre rapport à la mémoire et à s’engager dans la préservation d’un patrimoine culturel vivant.
Mémoire et nouvelles technologies : un enjeu pour demain
Intelligences artificielles, données et traces numériques
Parmi les thématiques mises en avant en 2025 figurent les liens entre mémoire et nouvelles technologies. Des interventions aborderont comment nos smartphones, réseaux sociaux et objets connectés externalisent une partie de notre mémoire, gardant nos photos, conversations et déplacements. Les chercheurs examineront l’impact de cette « mémoire déléguée » sur nos capacités cognitives et notre rapport au souvenir.
Des spécialistes de l’intelligence artificielle compareront la mémoire humaine à celle des machines, éclairant les limites souvent imaginées de cette analogie. Cela fournira une plateforme pour débattre, avec les Strasbourgeois, de thématiques concrètes comme le droit à l’oubli numérique, la protection des données personnelles ou l’utilisation des algorithmes dans le suivi médical et la recherche en neurologie. En explorant ces enjeux, l’événement posera la question de l’identité dans une ère où la mémoire est de plus en plus façonnée par des dispositifs technologiques.
Une semaine pour « s’approprier sa mémoire »
À travers ces cinq jours, l’ambition de l’Observatoire B2V des Mémoires est d’offrir aux habitants une « occasion unique de s’approprier leur mémoire et d’en décrypter les mystères ». Derrière la science se cache un message rassurant : chacun, quel que soit son âge, peut apprendre à mieux connaître et utiliser sa mémoire, alliant savoirs, hygiène de vie, curiosité culturelle et vigilance numérique.
Enfin, pour Strasbourg, ce rendez-vous s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion des sciences en ville, fusionnant recherche, culture et participation citoyenne. Cela rappelle que la mémoire n’est pas uniquement l’affaire des experts, mais bien un enjeu partagé par toute la communauté locale, des écoles aux EHPAD, des laboratoires aux salles de spectacle. En s’impliquant dans cette initiative, les citoyens pourront contribuer à une meilleure compréhension collective des enjeux de la mémoire, et se mobiliser pour en faire un véritable patrimoine commun.
