Manifestation à Strasbourg avec plus de 15 000 participants et déploiement important de forces de l’ordre le 18 septembre 2025

Manifestation géante à Strasbourg : plus de 15 000 personnes dans la rue le 18 septembre

Strasbourg a vibré au rythme d’une mobilisation exceptionnelle le jeudi 18 septembre 2025. Plus de 15 000 participants, selon les organisateurs, ont défilé contre les mesures d’économies budgétaires du gouvernement, sous un important déploiement policier.

Le cortège, parti de la place de la République, a serpenté dans les artères du centre-ville. Étudiants, lycéens, enseignants et salariés ont scandé des slogans comme « On est là ! » ou « La lutte jusqu’à la victoire ! ».

Un succès revendiqué par l’intersyndicale

Huit syndicats – CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU – avaient appelé à la grève. « Il y a un monde fou. C’est un succès. Les salariés et les jeunes sont au rendez-vous », s’est enthousiasmé Laurent Feitsthauer, secrétaire général de l’Union départementale CGT.

Les organisateurs tablaient sur 15 000 à 20 000 personnes à Strasbourg. La police, plus prudente, a d’abord compté 5 000 manifestants, avant un recomptage en cours par la Préfecture du Bas-Rhin.

Cette affluence dépasse celle de la mobilisation Manifestation « Bloquons tout » du 10 septembre, estimée entre 5 000 et 10 000 personnes. Un signe de la colère montante dans la région. Les syndicats voient cette grande mobilisation comme un signal fort pour le gouvernement, qu’il est impératif d’entendre les revendications des manifestants.

Le parcours dans le cœur de Strasbourg

Départ place de la République et ambiance festive

Dès 14 heures, plusieurs milliers de personnes se sont élancées place de la République. Le cortège, haut en couleurs, arborait des pancartes percutantes : « Du fric pour les facs et les lycées, pas pour les patrons ni l’armée ».

Étudiants et lycéens formaient un bloc important, reprenant les chants des Gilets Jaunes. Chantha, salariée d’une crèche du Fossé des Treize, expliquait : « On ne peut plus en supporter plus, avec les économies budgétaires qui touchent tout le monde ». La détermination des participants était palpable, reflétant une large solidarité autour de leurs revendications.

Présence des élus et diversité des profils

Jeanne Barseghian, maire écologiste de Strasbourg, et Catherine Trautmann, ancienne maire et députée européenne, ont rejoint le cortège. Leur présence soulignait l’ampleur locale du mouvement et le soutien politique à ces revendications populaires.

Des professeurs des écoles (un sur trois en grève), 45 % des personnels du second degré, et de nombreux salariés du privé et public ont répondu présents. La FSU 67 parlait d’une « mobilisation massive » derrière le slogan « Les sacrifices pour le monde du travail, ça suffit ». Cette diversité démontra l’alignement de multiples secteurs de la société autour de ces questions cruciales.

Déploiement policier massif et tensions

La Préfecture du Bas-Rhin avait mobilisé un effectif important pour encadrer la manifestation. Des policiers étaient déployés devant les lycées pour prévenir des blocages, comme place de Haguenau.

Vers 16 heures, la police a ordonné la dispersion place de la République et chargé. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser les derniers groupes rue de la Première Armée et quai Fustel de Coulanges. La stratégie policière visait généralement à éviter les débordements, mais a soulevé des préoccupations sur l’usage de la force.

Cette journée faisait écho aux incidents du Mobilisation sociale à Strasbourg 10 septembre, où 150 manifestants avaient bloqué l’autoroute A35 et essuyé des gaz lacrymogènes. Le 18, les autorités ont anticipé pour éviter les débordements, mais la réaction des forces de l’ordre a également alimenté les critiques des manifestants.

Impact sur la vie quotidienne des Strasbourgeois

Perturbations de la circulation et fermetures

Le défilé a paralysé le centre-ville pendant des heures. La circulation a été coupée place Kléber et autour de la place de la République, forçant les habitants à contourner les axes principaux. Les transports en commun ont également été affectés, créant des désagréments pour de nombreux usagers.

Des commerçants du quartier ont noté une affluence en baisse, mais certains ont salué l’engagement citoyen. « C’est notre ville, et ces gens défendent nos emplois », confiait un restaurateur de la rue des Grandes Arcades. Ce paradoxe entre la défense des intérêts économiques locaux et le soutien aux manifestations illustre la complexité de cette situation.

Conséquences pour les familles et les écoles

Avec un tiers des professeurs des écoles en grève, de nombreuses familles strasbourgeoises ont dû improviser une garde d’enfants. Lycéens et collégiens, très visibles, ont exprimé leur ras-le-bol face aux coupes budgétaires dans l’Éducation. Les parents s’inquiètent des répercussions sur l’apprentissage et l’éducation de leurs enfants.

Sur le campus central de l’Université de Strasbourg, une trentaine d’étudiants ont fabriqué des pancartes devant l’institut Le Bel. Ils protestaient aussi contre les pressions sur les militants antifascistes, soulignant le lien entre la lutte pour l’éducation et des enjeux plus larges liés aux droits civiques.

Témoignages : la voix des Alsaciens

Mathilde Cybulski, sur place, décrivait un cortège « plein de pancartes chiadées et percutantes ». Thibault Vetter, journaliste, estimait le nombre à environ 11 800 participants, un chiffre intermédiaire entre police et syndicats. Ce mélange de témoignages soulignait la variété des perspectives au sein du mouvement.

Une manifestante bloquée place de Haguenau regrettait : « On voulait juste agir pacifiquement, mais la police nous a repoussés ». Ces voix illustrent la diversité des motivations, du pouvoir d’achat à la défense des services publics. Une ambiance qui montre aussi la frustration croissante face aux inégalités croissantes.

Laurent Feitsthauer insistait sur l’unité : « Les chiffres montrent que la colère est forte. On attend une réponse du gouvernement ». Ce sentiment d’urgence pour un changement significatif apparaît très nettement dans le discours des manifestants.

Perspectives locales et suites du mouvement

L’intersyndicale alsacienne voit dans cette journée un tournant. Huit jours après Manifestation « Bloquons tout », la grève du 18 septembre a réuni plus de monde, avec des blocages empêchés par des blindés ailleurs en France. Ce mouvement pourrait inspirer d’autres régions à s’organiser de manière similaire.

À Mulhouse et ailleurs en Alsace, les cortèges étaient aussi denses, entre 7 500 et 15 000 au total régionalement. L’ultimatum lancé nationalement à Matignon le 19 septembre pourrait mener à de nouvelles actions, préparant le terrain pour d’autres mobilisations dans les semaines qui viennent.

Pour les Strasbourgeois, ces mobilisations questionnent l’avenir des services publics locaux. Avec Strasbourg comme capitale européenne, la ville reste un baromètre de la contestation sociale en Alsace. Les habitants espèrent un dialogue apaisé, mais la tension persiste. La Préfecture appelait à la vigilance, tandis que les syndicats préparent la suite. Strasbourg, ville de paix, s’affirme aussi comme un lieu de résistance, toujours prête à se lever pour ses droits.