Manifestations et blocages à Strasbourg : une paralysie urbaine qui dure depuis le 10 septembre 2025
Strasbourg est en proie à une lenteur inédite depuis le 10 septembre 2025, date du lancement du mouvement citoyen « Bloquons tout ». Soutenu par des syndicats tels que la CGT, la FSU, Solidaires, FO et la CGT Cheminots, ce mouvement perturbe les routes, autoroutes et transports publics dans le but de contester le plan d’austérité budgétaire imposé par le gouvernement.
Les blocages ont débuté dès les premières heures ce mercredi-là, avec un rassemblement programmé à 7h à l’arrêt de tram Montagne Verte. Les manifestants ont alors envahi la M35 en direction de Strasbourg-Colmar, paralysant la circulation et entraînant d’importants embouteillages dans le quartier.
À l’aube, environ 150 manifestants ont barricadé l’autoroute M35 au niveau de Montagne Verte. L’intervention rapide de la police, qui a eu recours à des gaz lacrymogènes, a eu pour effet de repousser les protestataires vers la bretelle d’accès.
La manifestation principale a vu défiler entre 5 000 personnes selon la police et 10 000 selon la CGT jusqu’à la place de la République. En milieu de journée, on comptait déjà 11 interpellations à Strasbourg, incluant plusieurs lycéens impliqués dans le mouvement.
« Nous voulons paralyser les flux économiques pour être entendus, les manifs classiques ne suffisent plus », a déclaré un organisateur anonyme avant le début des mobilisations. Les blocages filtrants ont perturbé le fonctionnement des trams et bus tout au long de la journée, poussant des milliers de Strasbourgeois à modifier leurs itinéraires habituels.
Extension des mobilisations : du 10 au 18 septembre et au-delà
Le mouvement a continué de gagner en ampleur. Le 18 septembre, une nouvelle journée noire a rassemblé plus de 15 000 manifestants selon la CGT, doublant la participation enregistrée le 10 septembre. À Strasbourg, le cortège parti de la place de la République comptait environ 11 800 personnes, tel qu’indiqué par un journaliste sur place.
Des actions ciblées ont eu lieu à la place de Haguenau, où les forces de gendarmerie ont déployé des véhicules blindés pour empêcher des blocages sur la M35. Un faux déménagement organisé à la place de la Porte-Blanche, dans le quartier de la Gare, a perturbé la circulation pendant une vingtaine de minutes avant que la police n’intervienne.
Les perturbations se sont étendues à d’autres secteurs : 90 % des pharmacies alsaciennes ont fermé leurs portes, une grève reconductible a été initiée à la CTS sur les lignes de bus, et des menaces ont pesé sur les services TGV et VTC. « La lutte jusqu’à la victoire ! », scandaient les étudiants présents, qui protestaient également contre les pressions exercées sur les militants antifascistes à l’Université de Strasbourg.
Pour en savoir plus sur les manifestations récentes, consultez les mobilisations et blocages prévus à Strasbourg mobilisations à Strasbourg.
Impacts sur la vie quotidienne des Strasbourgeois
Pour les résidents, la situation est devenue un véritable cauchemar quotidien. À Montagne Verte, un secteur populaire et multiculturel, les embouteillages du matin ont allongé considérablement les trajets vers le centre-ville. « J’ai mis deux heures pour aller travailler au lieu de 20 minutes », déclare Chantha, qui travaille dans une crèche au Fossé des Treize.
Les transports publics, essentiels à la mobilité strasbourgeoise, sont gravement affectés. Avec des trams espacés et des bus déviés, la CTS signale des retards chroniques, forçant piétons et cyclistes à contourner des obstacles imprévus. Dans les zones d’activité comme Ingwiller, proche de Wimmenau, des files de voitures interminables s’accumulent sur la D919.
Les campus universitaires ne sont pas en reste. Un rassemblement est prévu à 13h devant la présidence de l’Unistra pour dénoncer des sanctions internes visant des étudiants. Cette mobilisation étudiante alimente une colère grandissante, touchant une jeunesse déjà en situation précaire.
Réactions des autorités et des acteurs locaux
Face à cette situation, la préfecture du Bas-Rhin a déployé d’importants moyens sécuritaires : blindés place de Haguenau, fouilles place Kléber, et un millier d’agents mobilisés le 18 septembre. « Nous prévenons tout risque de paralysie totale des axes routiers », a déclaré un communiqué officiel.
La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a tenté d’apporter un message de dialogue. « Ces blocages pèsent sur les plus vulnérables, nos seniors et nos familles monoparentales qui dépendent des bus », a-t-elle affirmé lors d’une interview. Du côté syndical, la CGT a salué « une mobilisation haute en couleurs, avec des pancartes percutantes ».
Les Gilets jaunes locaux, notamment à Wimmenau, apportent également leur soutien au mouvement. Un groupe d’environ une quinzaine de militants a mis en place un blocage filtrant, recevant la compréhension d’automobilistes. Cependant, des tensions subsistent, et des interpellations continuent d’affecter des lycéens orientés vers le commissariat central.
Contexte national et racines du malaise social
Les revendications trouvent leur origine dans le plan d’économies annoncé le 15 juillet 2025 par le Premier ministre François Bayrou. Ce plan implique la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires, la réduction des remboursements médicaux, et une précarisation accrue des travailleurs.
À Strasbourg, capitale européenne située au cœur de l’Alsace, le mouvement traduit un ras-le-bol général. Agriculteurs, étudiants, employés de crèches et cheminots se rassemblent pour demander une augmentation du pouvoir d’achat, une revalorisation des retraites et de meilleures conditions de travail.
Pour un aperçu des actions en cours, consultez les manifestations à Strasbourg contre la réforme manifestations contre la réforme.
« C’est le point de départ d’une mobilisation durable », affirment les organisateurs. Déguisés de manière sobre – foulards, masques, gants – ils préparent des actions surprises pouvant cibler ronds-points et zones logistiques, avec l’intention de paralyser l’économie locale.
Conséquences économiques et perspectives pour la ville
Les zones commerciales et industrielles subissent des conséquences notables. À la Porte-Blanche, les livraisons connaissent des retards considérables, tandis qu’à Haguenau, la présence des blindés n’apaise pas les frustrations. Les commerçants du centre-ville, autour de la place Kléber, constatent une chute d’affluence alarmante.
Pour les habitants, cet impact est profond : familles bloquées, consultations médicales ratées, enfants en retard à l’école. « Strasbourg, ville à taille humaine, redevient impraticable », se lamente un habitant de Neudorf.
Malgré les tensions, le mouvement se poursuit quatre mois après son lancement initial. Avec les grèves des VTC et des aéroports placés en alerte, et la CTS continuant sa grève reconductible, la question demeure : jusqu’à quand cette paralysie strasbourgeoise ? Les prochaines actions, programmées sur les campus et les axes périphériques, s’annoncent prometteuses en termes de perturbations. Les Strasbourgeois espèrent un déblocage, mais le malaise social, lui, semble s’enraciner.
