Montagne Verte accueille un centre d’hébergement malgré les tensions locales sur l’accueil des migrants

Montagne Verte accueille un centre d’hébergement malgré les tensions locales

Un quartier populaire au cœur des débats strasbourgeois

À Strasbourg, le quartier de la Montagne Verte, au sud-ouest du centre-ville, s’apprête à accueillir un nouveau centre d’hébergement et d’insertion destiné à des familles migrantes, malgré une opposition persistante d’une partie des habitants. Ce projet, situé à l’entrée du quartier, rue des Foulons, cristallise depuis plus d’un an les tensions autour de l’accueil des migrants dans ce secteur classé quartier prioritaire de la politique de la ville.

Co-pilotée par la Ville de Strasbourg et l’État, la future structure doit ouvrir fin 2026 et accueillir environ 80 personnes, soit une quinzaine de familles, dans des modules préfabriqués installés sur un terrain communal en bordure d’habitations. Les séjours seront limités à six mois, renouvelables deux fois, pour un maximum d’environ 18 mois par famille, avec un objectif affiché d’accompagnement vers l’autonomie et le logement pérenne.

Ce projet s’inscrit dans un contexte plus large de débats sur l’intégration des migrants à Strasbourg. Les politiques municipales et nationales doivent trouver un équilibre entre les besoins des nouvelles populations et les préoccupations des résidents locaux. Pour cela, il est essentiel de considérer les enjeux liés aux réductions des places d’hébergement.

Un centre d’hébergement au cœur d’une controverse durable

Un projet maintenu malgré les critiques

Malgré plusieurs réunions publiques, une partie des riverains continue de contester ce centre, jugé inadapté au quartier et source de nuisances potentielles. Lors de la dernière rencontre organisée le 23 septembre, une cinquantaine d’habitants ont échangé pendant près de deux heures avec les élus municipaux et les représentants de la préfecture, répétant des inquiétudes déjà exprimées un an plus tôt.

L’ambiance, moins électrique que lors de la réunion de juin 2024 qui avait rassemblé près de 200 personnes, reste marquée par la défiance. « On nous demande encore de faire des efforts alors que le quartier est déjà en difficulté », résume un habitant, citant à la fois l’insécurité ressentie, la précarité sociale et le manque de services publics. Le dialogue entre les différentes parties doit persister pour trouver des solutions partagées et apaiser les tensions.

Peurs liées à l’accueil de migrants

Au-delà des questions d’urbanisme, une part des critiques vise explicitement l’accueil de familles étrangères et réfugiées. Selon des observateurs présents aux réunions, certains opposants expriment surtout une peur de “l’étranger”, alimentée par des idées reçues sur la délinquance ou les conflits de voisinage. Cette peur peut être atténuée par des initiatives d’éducation et de communication.

Les responsables du projet rappellent toutefois que le centre n’a pas vocation à accueillir un public en errance mais des familles orientées par les services sociaux, accompagnées dans leurs démarches administratives, sanitaires et scolaires. « Ce n’est pas un campement sauvage, c’est une structure encadrée, avec du personnel présent et des règles de vie claires », insiste un élu de la majorité municipale.

Un territoire déjà fragilisé qui se sent sous pression

La Montagne Verte et l’Elsau en première ligne

La Montagne Verte et le quartier voisin de l’Elsau font partie des territoires les plus fragilisés de Strasbourg, avec un taux de chômage élevé, une forte proportion de logements sociaux et des difficultés économiques durables. Ces secteurs sont classés quartiers prioritaires de la politique de la ville, ce qui leur donne droit à des dispositifs spécifiques, mais renforce aussi le sentiment d’être “mis à part” par les habitants.

Pour certains résidents, l’installation d’un nouveau centre d’accueil dans ce territoire déjà marqué par la précarité revient à « concentrer les publics fragiles au même endroit ». Des associations de quartier et quelques élus locaux, y compris d’opposition, dénoncent un manque de vision globale pour l’aménagement de ces zones et demandent plutôt des investissements dans l’emploi, la rénovation urbaine et les services de proximité. Ces demandes reflètent un besoin urgent d’attention aux conditions de vie des habitants existants.

Le traumatisme des campements et des évacuations

La controverse actuelle s’inscrit aussi dans un contexte local marqué par la présence, puis l’évacuation, de plusieurs campements de migrants à Strasbourg, dont un à Montagne Verte. En février 2025, près de 250 personnes, dont 85 enfants, ont été évacuées du campement installé au parc Eugène-Imbs, coincé entre les jardins familiaux et le canal.

Cette évacuation, décidée après une ordonnance du tribunal administratif, a alimenté le débat sur les solutions d’hébergement disponibles dans l’Eurométropole. Sur le terrain, les familles exilées disaient craindre de se retrouver sans solution pérenne, tandis que des riverains exprimaient à la fois de la compassion et de la lassitude face à un campement jugé insalubre et source de tensions. Le nouveau centre de Montagne Verte est largement perçu, par les autorités, comme une réponse structurée à ces situations d’urgence. Il est crucial que l’expérience de ces précédents évènements soit prise en compte dans la gestion du futur centre.

Entre impératif humanitaire et stratégie de solidarité

La position de la Ville et de l’État

Pour la municipalité écologiste de Strasbourg et les services de l’État, le maintien du projet à Montagne Verte relève d’un impératif à la fois légal et moral : respecter le droit à l’hébergement d’urgence et accompagner les familles vers une insertion durable. Les deux partenaires défendent un dispositif « modéré » en capacité (80 places) et « encadré » dans le temps (séjours limités), afin d’éviter tout effet de ghetto. Cela nécessite des ressources adéquates pour accompagner ces familles dans leur réintégration.

« On ne peut pas prétendre défendre les droits humains et en même temps refuser toute solution d’hébergement dès qu’elle se rapproche de chez soi », confie un proche du dossier, en référence au syndrome “pas dans mon jardin”. Les autorités s’engagent en parallèle à renforcer les moyens d’accompagnement social et éducatif, notamment en lien avec les écoles du secteur et les associations caritatives actives dans le quartier.

Le rôle des associations et des acteurs de terrain

Plusieurs structures, dont des associations de solidarité comme Caritas et des collectifs de soutien aux exilés, sont appelées à jouer un rôle central dans la gestion quotidienne du centre et l’accompagnement des familles. Leur expérience dans l’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile doit permettre de faciliter la scolarisation des enfants, l’accès aux soins, aux cours de français et, à terme, à l’emploi ou à la formation. C’est un rôle essentiel qui peut aider à désamorcer les craintes des habitants.

Ces acteurs plaident pour une meilleure pédagogie auprès des riverains et des temps de rencontre entre habitants et familles hébergées. « Les peurs reculent souvent quand on met des visages et des histoires derrière le mot “migrants” », explique un bénévole engagé de longue date dans le quartier. Ils réclament que le centre soit pensé non comme un “enclave”, mais comme un lieu ouvert sur le quartier, avec des activités partagées qui favorisent l’intégration.

Une population locale partagée entre inquiétudes et attentes

Des riverains craignant pour leur cadre de vie

Du côté des habitants, les inquiétudes sont multiples et parfois contradictoires. Certains redoutent une hausse des incivilités, une pression supplémentaire sur le stationnement ou encore des nuisances sonores liées à la promiscuité. D’autres craignent que l’arrivée d’un centre d’hébergement “dégrade encore l’image du quartier”, déjà perçu comme défavorisé dans l’agglomération strasbourgeoise. Ces préoccupations doivent être prises en compte dans la communication autour du projet.

Plusieurs prennent toutefois soin de préciser qu’ils ne sont pas « contre les migrants », mais « contre la manière dont les décisions sont prises ». Ils pointent un manque de transparence au lancement du projet et demandent davantage de concertation réelle, en amont, avant que les choix d’implantation ne soient figés. « On a l’impression que tout se décide au centre-ville, et que c’est toujours ici qu’on expérimente », regrette une habitante. Une meilleure inclusion des résidents dans le processus décisionnel pourrait contribuer à apaiser les tensions.

Une attente forte de contreparties pour le quartier

En parallèle, des habitants et associations locales demandent des contreparties claires pour le quartier : amélioration des transports, renforcement de la présence policière ou de la médiation, rénovation des espaces publics et soutien aux commerces de proximité. Selon eux, l’arrivée du centre devrait s’inscrire dans un projet global pour Montagne Verte, et non se limiter à une réponse à la crise migratoire. Cela pourrait aider à transformer une situation perçue comme un fardeau en une occasion d’amélioration collective.

Pour certains élus, cette situation met en lumière « le manque de vision d’ensemble » pour les quartiers prioritaires. Ils plaident pour un plan pluriannuel associant habitants, bailleurs sociaux et institutions, afin que les dispositifs d’urgence comme ce centre d’hébergement ne soient pas perçus comme une charge supplémentaire, mais comme une composante d’une stratégie de revitalisation plus large. Il est essentiel de construire une vision à long terme qui bénéficie à tous les résidents.

Un test pour la cohésion locale à Montagne Verte

Des tensions appelées à durer, mais aussi des marges de dialogue

À l’approche de la mise en service du centre, les discussions entre habitants, associations, Ville et État restent ouvertes, mais les tensions demeurent vives. Les autorités promettent de multiplier les réunions de quartier, les visites de chantier et les espaces d’échange, pour répondre aux questions pratiques et désamorcer les rumeurs sur le fonctionnement de la structure. Il est vital que ce processus soit axé sur la construction de la confiance.

Le pari est délicat : réussir à concilier les craintes d’une population locale souvent confrontée à la précarité et le devoir de solidarité envers des familles exilées, parfois passées par des campements ou des parcours d’errance. Le futur centre de Montagne Verte s’impose ainsi comme un révélateur des fractures, mais aussi des capacités de résilience et de solidarité d’un quartier populaire qui se trouve, une nouvelle fois, en première ligne des enjeux migratoires à Strasbourg. Une attention particulière devra être portée aux retours d’expérience des résidents pour améliorer le projet au fil du temps.