Strasbourg inaugure des tiny-houses pour héberger durablement cinq familles sans-abri dans le quartier de la Robertsau

Strasbourg inaugure des tiny-houses pour cinq familles sans-abri à la Robertsau

Strasbourg a inauguré ce printemps des tiny-houses destinées à héberger durablement cinq familles sans-abri dans le quartier verdoyant de la Robertsau. Installées rue de la Carpe-Haute, ces « Bulles d’air » marquent une étape symbolique dans la lutte contre le sans-abrisme local.

La maire écologiste Jeanne Barseghian a remis symboliquement les clés aux 18 premiers habitants le 16 avril 2025. Ces micro-maisons de 25 m² chacune offrent un toit provisoire mais stable à des familles avec enfants scolarisés. Pour en savoir plus sur d’autres initiatives à Strasbourg, consultez l’article sur mobilisation à Strasbourg.

Le projet « Bulles d’air » en détail

Une réponse intercalaire au sans-abrisme

Le projet « Bulles d’air » s’inscrit dans la stratégie d’**habitat intercalaire** de la Ville. Ces solutions temporaires complètent les logements vacants publics ou privés pour pallier l’urgence.

Chaque tiny-house est équipée pour un usage familial, avec un box de sanitaires partagé à l’arrière. Elles ne sont pas reliées à l’eau courante pour éviter des travaux coûteux et longs.

Floriane Varieras, en charge du dossier, explique : « Il aurait fallu enterrer les tuyaux de 40 cm au moins pour éviter les gelées, ce qui rallongeait l’installation d’au moins quatre mois et ajoutait 75 000 euros de travaux. »

Statistiques sur les besoins en hébergement

Le 115, service d’accueil d’urgence du Bas-Rhin, reçoit 800 à 900 demandes d’hébergement par semaine. Ces cinq familles ne résolvent pas la crise, mais elles s’ajoutent aux 600 places créées par la municipalité depuis 2020.

L’investissement total s’élève à 330 000 euros. L’association L’Étage reçoit 90 000 euros pour l’accompagnement social, tandis que le groupe KS a offert 70 000 euros en mécénat.

Contexte géographique : la Robertsau, un quartier préservé

La Robertsau, au nord de Strasbourg, est un havre de paix boisé et résidentiel. Ancien quartier maraîcher, il conserve un esprit villageois avec ses maisons cossues et ses espaces naturels.

Rue de la Carpe-Haute, les tiny-houses sont installées dans une cour discrète. Ce choix vise à minimiser l’impact visuel sur les riverains, tout en facilitant l’accès aux écoles locales.

Pour les habitants du quartier, habitués à une mixité sociale modérée, cette implantation bouleverse un quotidien tranquille. La proximité des commodités – écoles, commerces, transports – est un atout pour les familles bénéficiaires.

Réactions des riverains face au projet

Dès l’annonce en juin 2024 lors d’un café avec la maire, le projet a suscité une levée de boucliers. Les échanges, souvent vifs, ont révélé des préjugés et un réflexe *nimby* (« not in my backyard »).

Une pétition et un collectif de quartier ont émergé rapidement. Le débat a culminé en conseil municipal début novembre 2024, avec des échanges houleux sur la mixité sociale.

« On ne veut pas de ça chez nous », résument certains riverains anonymes. Ils craignent insécurité, dévalorisation immobilière et surcharge des services locaux.

Accompagnement social : vers l’autonomie

L’Étage assure un suivi personnalisé des familles. Priorité aux parents d’enfants scolarisés, identifiés via les écoles et associations.

Certaines familles n’ont pas de titre de séjour leur permettant de travailler. L’association propose des ateliers de français via du bénévolat, favorisant l’intégration.

Jeanne Barseghian insiste : « Ces Bulles d’air permettent un semblant de normalité et un accompagnement vers l’autonomie. » Les enfants, déjà inscrits dans les écoles de la Robertsau, gagnent en stabilité.

Impact local et perspectives pour la communauté

Bénéfices pour les familles et le quartier

Pour ces cinq familles, les tiny-houses offrent un répit précieux après des nuits à la rue. Elles intègrent les enfants au tissu scolaire local, renforçant les liens communautaires.

Les riverains les plus ouverts y voient une chance de mixité. « C’est humain et ça montre que la Robertsau a un cœur », confie une habitante impliquée dans les associations locales.

Défis et craintes persistantes

Pourtant, l’opposition reste vive. Certains évoquent des nuisances potentielles : bruit, déchets, ou afflux de visiteurs. La Ville promet une surveillance accrue et un bilan régulier.

Sur le plan immobilier, la Robertsau, prisée pour son cadre idyllique, pourrait voir ses prix fluctuer. Mais les élus rappellent que l’hébergement d’urgence existe déjà ailleurs en ville.

Une inauguration sous le signe de l’espoir

L’inauguration du 16 avril a réuni élus, associations et quelques riverains. Les familles, émues, ont découvert leur nouveau foyer éco-responsable en bois.

Ce projet pilote pourrait inspirer d’autres quartiers strasbourgeois. Avec 330 000 euros investis, il symbolise une volonté politique face à une crise qui touche 800 à 900 personnes par semaine.

Les prochaines étapes ? Un suivi sur six à douze mois pour évaluer l’insertion. L’Étage vise l’autonomie : emplois, logements pérennes, intégration pleine et entière. Pour suivre d’autres projets de transformation urbaine, lisez notamment cet article sur nouveaux projets urbains.

Leçons pour Strasbourg et au-delà

À la Robertsau, ce test grandeur nature questionne la solidarité locale. Comment concilier préservation d’un quartier chic et accueil des plus vulnérables ?

La maire Barseghian défend une vision inclusive : « Une goutte d’eau, certes, mais essentielle. » Les familles, pour leur part, entament un nouveau chapitre, loin des trottoirs strasbourgeois.

Ce mercredi 31 décembre 2025, huit mois après l’installation, les premiers retours sont encourageants. L’expérience « Bulles d’air » pourrait bien essaimer, transformant le débat en modèle replicable.