Strasbourg prépare un nouveau réseau de chaleur pour 80 000 logements d’ici 2030 dans un projet écologique ambitieux

Strasbourg mise sur la chaleur verte pour 80 000 logements d’ici 2030

Strasbourg et l’Eurométropole s’engagent dans une transition énergétique ambitieuse, visant à porter les réseaux de chaleur publics à l’équivalent de 80 000 logements chauffés d’ici 2030. Ce projet, inscrit dans le Plan Climat 2030, prévoit une réduction significative du recours au gaz et une intégration massive des énergies renouvelables et de récupération.

Cette initiative marque une transformation profonde du chauffage urbain qui impactera directement des dizaines de milliers de foyers à Strasbourg et dans les communes environnantes, ainsi que les copropriétés, bailleurs sociaux, équipements publics et entreprises du territoire. Parallèlement, Strasbourg met également en place un plan ambitieux de bornes de collecte des déchets pour améliorer la gestion écologique.

Un réseau de chaleur déjà structurant pour l’Eurométropole

Actuellement, les réseaux de chaleur publics de l’Eurométropole desservent l’équivalent de 50 000 logements, grâce à environ 130 km de canalisations souterraines reliant plusieurs quartiers au nord et à l’ouest de Strasbourg, ainsi qu’au centre-ville et au Wacken. Ces infrastructures distribuent plus de 500 GWh de chaleur par an, tout en intégrant déjà plus de 50 % d’énergie renouvelable, principalement via la biomasse et la valorisation des déchets.

Les réseaux majeurs incluent Strasbourg Centre (Esplanade, Elsau, Neuhof, Neudorf, Neustadt, gare), Eco2Wacken pour le quartier d’affaires, et le réseau de l’Ouest Strasbourg (Hautepierre, Hohberg, Koenigshoffen, Cronenbourg). Ensemble, ils englobent plus de 64 km de conduites pour plus de 500 GWh/an, ce qui correspond à 50 000 logements chauffés.

« L’objectif est clair : faire des réseaux de chaleur l’épine dorsale du chauffage bas-carbone dans l’agglomération », affirme un cadre technique de l’Eurométropole, en mentionnant que ces infrastructures sont considérées comme un levier clé de la neutralité carbone locale.

Objectifs pour 2030 : 80 000 logements et un mix à dominante renouvelable

Dans le cadre de son Plan Climat 2030, l’Eurométropole de Strasbourg ambitionne de doubler la quantité d’énergie distribuée par ses réseaux de chaleur et d’atteindre 75 % d’énergies renouvelables dans ce mix d’ici 2030. Cela implique un palier de 80 000 équivalents logements raccordés à cette date.

Aujourd’hui, près de 60 % du réseau dépend du gaz, tandis que 32 % provient du bois-énergie et 8 % de l’unité de valorisation énergétique des déchets. Les renouvellements récents de délégations de service public ont pour but d’augmenter la part d’énergies renouvelables et de récupération à environ 83 % en 2030, selon les prévisions.

« Nous voulons une chaleur locale, propre et compétitive pour les habitants », précise Marc Hoffsess, adjoint à la maire de Strasbourg chargé de la transformation écologique, soulignant que cette transition s’inscrit dans un contexte de volatilité des prix du gaz et de pression sur le pouvoir d’achat.

Strasbourg Centre : densification et verdissement du réseau

Le réseau Strasbourg Centre, qui a fusionné les anciens réseaux de l’Elsau et de l’Esplanade en 2022, illustre cette montée en puissance énergétique. Opéré par Strasbourg Centre Energies, filiale de Réseaux de chaleur urbain d’Alsace (R-CUA), il fournit déjà 256 GWh de chaleur par an, dont 61 % d’origine renouvelable.

D’ici 2030, ce réseau sera élargi dans les quartiers du Neuhof, Neudorf, Neustadt et autour de la gare. Les livraisons devraient atteindre 360 GWh, soit l’équivalent de 36 000 logements, avec un taux d’énergies renouvelables porté à 85 %.

Actuellement, le réseau est alimenté par la chaleur générée par l’incinération des déchets à l’unité Sénerval sur l’île du Rohrschollen ainsi qu’une chaufferie biomasse au Port Autonome. Pour verdir davantage ce mix, l’Eurométropole envisage de récupérer la chaleur fatale de l’aciérie BSW et d’autres industriels du Port Autonome.

« Nous passons d’une logique de déchets à une logique de ressources », souligne un responsable de projet, mettant en avant l’importance de la valorisation de la chaleur perdue grâce à l’industrie locale.

Eco2Wacken, vitrine de la chaleur bas-carbone

Dans le quartier du Wacken, le réseau de chaleur Eco2Wacken se démarque en tant que vitrine technologique pour l’agglomération. Ce réseau multi-énergies alimente déjà environ 5 000 équivalents logements pour une production de 45 GWh d’énergie par an.

Il fonctionne à environ 90 % à partir d’énergies renouvelables et de récupération, principalement grâce à la biomasse (54 %), à la chaleur fatale (33 %) et un appoint de gaz de 13 %. À terme, jusqu’à 50 MW de chaleur fatale pourraient être mobilisés grâce aux ressources disponibles du Port Autonome et des bâtiments tertiaires environnants.

Pour les entreprises et les bâtiments tertiaires intégrés, l’enjeu dépasse le seul coût de la facture énergétique. « En se raccordant à un réseau de chaleur, un bâtiment tertiaire gagne une étiquette sur son DPE », rappelle Nicolas Perea, directeur général d’Eco2Wacken. Dans une ville où la rénovation énergétique et l’étiquette des bâtiments influencent de plus en plus la valeur immobilière, cet argument peut peser dans les décisions des propriétaires et gestionnaires.

Les communes du nord et de l’ouest dans la boucle

L’extension des réseaux de chaleur ne se limite pas à Strasbourg. Cinq communes du nord de l’Eurométropole – Schiltigheim, Bischheim, Hoenheim, Mundolsheim et Souffelweyersheim – seront progressivement raccordées à un réseau de chaleur public d’ici 2035, une première pour ces territoires auparavant non desservis.

La phase préparatoire a démarré en 2025 et prévoit la pose de 44 km de conduites pour fournir 110 GWh de chaleur, correspondant aux besoins de 11 000 logements. Le coût total du projet est estimé à 89 millions d’euros, dont 47 millions seront pris en charge par le délégataire et 41 millions correspondront à des subventions, notamment de l’Ademe.

Trois réseaux distincts seront créés : un principal pour Schiltigheim, Bischheim et Hoenheim, et deux réseaux indépendants pour Mundolsheim et Souffelweyersheim. La chaleur sera générée à partir d’un mix énergétique local utilisant quatre sources, dont trois sont renouvelables, afin d’atteindre 90 % d’énergies renouvelables en 2031.

« La prochaine étape, c’est les communes du sud », a déjà déclaré Marc Hoffsess, en annonçant que l’extension au-delà des limites strictes de Strasbourg fait partie intégrante de la stratégie métropolitaine.

Pour les habitants : factures, travaux et qualité de l’air

Le raccordement à un réseau de chaleur entraîne diverses interrogations pour les habitants : coût de l’abonnement, travaux dans les rues, nuisances des chantiers, et stabilité des prix sur le long terme. L’Eurométropole met en avant des tarifs régulés qui sont moins exposés aux fluctuations des prix du gaz, combinés à un bénéfice environnemental significatif avec une réduction des émissions de CO₂ dans les quartiers concernés.

Les chantiers, souvent étalés sur plusieurs mois, impliquent la création de tranchées dans les voies, l’installation de canalisations calorifugées, et le raccordement des immeubles au réseau. Les résidents des quartiers impactés tels que Neudorf, Neuhof, Koenigshoffen ou Schiltigheim reçoivent régulièrement des informations via des réunions publiques et des courriers dans leurs boîtes aux lettres. Les bailleurs sociaux voient également un intérêt à sécuriser, sur le long terme, les charges de chauffage pour les ménages modestes.

Un habitant de Neudorf, rencontré lors d’une réunion de présentation, partage son avis : « Les travaux, ce n’est jamais agréable, mais si cela permet d’avoir une facture plus stable et de polluer moins, ça vaut le coup de s’y pencher. » Pour les quartiers populaires, souvent chauffés au gaz collectif ou individuel, la transition vers un réseau de chaleur à dominance renouvelable est perçue comme un moyen efficace de réduire la précarité énergétique.

Un projet structurant au cœur du Plan Climat 2030

Le développement des réseaux de chaleur s’inscrit dans un projet plus large qui fait partie du Plan Climat 2030. Celui-ci inclut la rénovation en BBC compatible de 8 000 logements par an, une diminution de plus de 40 % des consommations dans le secteur tertiaire, et le développement de alternatives de mobilité bas-carbone. L’objectif à terme est de positionner la chaleur renouvelable comme un pilier essentiel de la transition énergétique locale, au même titre que les transports ou la rénovation d’édifices.

D’ici 2030, les trois principaux réseaux publics – Strasbourg Centre, Eco2Wacken et Communes Nord/Ouest – devraient alimenter entre 73 000 et 80 000 équivalents logements, avec une proportion très élevée d’énergies renouvelables et de récupération. Pour Strasbourg et son Eurométropole, ce projet représente un défi technique, financier et politique, ainsi qu’un véritable projet de territoire, redéfinissant en profondeur les pratiques de chauffage des habitants au quotidien. De plus, Strasbourg prépare la réouverture du musée zoologique en 2025, enrichissant l’offre culturelle de la ville.