Un nouveau projet urbain pour une ville plus respirable
La maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, s’apprête à lancer un nouveau projet urbain d’ampleur, centré sur la mobilité douce et le développement des espaces verts dans plusieurs quartiers de la ville. Pensé comme une nouvelle étape du basculement écologique engagé depuis 2020, ce programme vise explicitement à améliorer la qualité de vie des habitants, dans une agglomération déjà pionnière en matière de vélo et de transports publics.
Selon l’entourage de la maire, ce projet s’inscrit dans la continuité des chantiers déjà menés sur les pistes cyclables, la réduction de la place de la voiture et la végétalisation de l’espace public, tout en cherchant à répondre aux critiques sur une ville « en travaux permanents ». Il combine réaménagements de voirie, création de nouveaux corridors verts et renforcement de la desserte en tram et bus sur certains axes structurants. Ce programme de verdissement a pour objectif d’améliorer le cadre de vie à Strasbourg améliorer le cadre de vie.
Un axe fort : renforcer la mobilité douce à l’échelle des quartiers
Pistes cyclables, tram et continuité des trajets
Strasbourg, déjà dotée d’un des réseaux cyclables les plus développés de France, devrait voir de nouveaux axes sécurisés pour vélos et piétons apparaître, en particulier dans les quartiers nord et le long des grands boulevards reliant le centre à l’Eurométropole. L’objectif affiché est de permettre des trajets du quotidien – domicile-travail, école, commerces – sans dépendre de la voiture, y compris pour les familles.
Ce projet intervient dans un contexte où la municipalité écologiste mise fortement sur les transports collectifs comme marqueur de son mandat, avec le prolongement du tram vers le nord et un développement massif des lignes de bus structurantes. Sur le tram nord, Jeanne Barseghian s’est déjà engagée à suivre les préconisations de la convention citoyenne, qui demande que le tracé s’intègre au tissu urbain sans perturber excessivement les flux automobiles, tout en améliorant la desserte des quartiers.
Réduction de la place de la voiture, sujet sensible
L’un des enjeux majeurs du nouveau projet urbain sera de trouver un compromis entre la réduction de la place de la voiture et l’acceptabilité sociale des transformations. La convention citoyenne sur le tram nord a clairement exprimé des réserves quant aux aménagements qui viendraient « dégrader » l’acceptation du projet en rendant la circulation automobile plus difficile.
Jeanne Barseghian, qui revendique une ligne claire – « annoncer ce que l’on va faire et faire ce que l’on annonce » – doit composer avec le « ras-le-bol » d’une partie des habitants face à une ville très souvent en chantier. Ce nouveau programme de mobilité douce est donc présenté comme plus lisible, mieux phasé dans le temps, et accompagné d’un effort de concertation renforcé.
Des espaces verts au cœur du projet urbain
Végétalisation et nouveaux lieux de respiration
Le projet prévoit un renforcement de la trame verte à l’échelle de la ville, avec la création ou l’extension de parcs de proximité, de jardins partagés et de corridors écologiques reliant les grands espaces verts existants comme le Parc de l’Orangerie, la Citadelle ou la Ceinture verte. La municipalité a déjà engagé des consultations sur l’évolution du Parc de l’Orangerie et valorise des événements comme la Quinzaine des jardins partagés ou le festival de la Ceinture verte.
Dans plusieurs quartiers denses, la Ville mise sur la transformation de certains axes routiers en boulevards plus plantés, apaisés, avec des trottoirs élargis, des pistes cyclables séparées et des alignements d’arbres pour lutter contre les îlots de chaleur. L’idée est de rapprocher la nature du pas de porte des habitants, notamment dans les secteurs où l’accès aux parcs est aujourd’hui moins évident.
Lien avec le climat et la santé publique
Ce virage vert a également une dimension de santé publique. Les services municipaux mettent en avant la réduction de la pollution atmosphérique grâce à la baisse du trafic automobile, mais aussi la diminution des pics de chaleur en été grâce à la végétalisation et à la désimperméabilisation des sols. Ces mesures répondent aux orientations discutées lors de la Conférence territoriale pour le climat, où l’Eurométropole travaille sur l’adaptation du territoire à un réchauffement pouvant atteindre +4°C.
Pour les riverains, cela se traduit concrètement par des rues plus ombragées, des espaces de jeux et de détente en plein air et des parcours piétons plus agréables, en particulier pour les personnes âgées, les enfants et les personnes à mobilité réduite. La mairie insiste sur le fait que la nature en ville n’est pas un « supplément d’âme » mais un outil pour améliorer directement le bien-être quotidien.
Une dimension sociale et territoriale affirmée
Qualité de vie et justice sociale
Jeanne Barseghian met régulièrement en avant la justice sociale comme fil conducteur de son action, en associant politiques de mobilité et soutien aux ménages les plus modestes. La gratuité des transports publics pour les mineurs de l’Eurométropole, déjà mise en œuvre, est ainsi présentée comme un levier concret pour faciliter les déplacements des familles vers les écoles, les équipements sportifs ou culturels, y compris dans les quartiers périphériques.
Le nouveau projet urbain a vocation à réduire les inégalités territoriales : davantage de pistes cyclables continues vers les communes limitrophes, meilleure connexion des quartiers populaires aux lignes de tram et de bus, et ouverture de nouveaux espaces verts de proximité dans les secteurs où ils manquent. L’enjeu, pour la municipalité, est de montrer que la transition écologique ne se limite pas au centre-ville historique mais profite à l’ensemble de l’agglomération.
Impacts attendus pour les commerçants et les familles
Pour les commerçants de proximité, la transformation des rues en axes apaisés suscite à la fois des inquiétudes et des espoirs. Certains redoutent une baisse de fréquentation liée à la réduction du stationnement automobile, tandis que d’autres misent sur l’augmentation du passage piéton et cycliste, ainsi que sur l’attractivité d’un cadre plus agréable. La Ville promet des accompagnements spécifiques et des phases de travaux mieux coordonnées pour limiter les perturbations.
Du côté des familles, les associations de parents d’élèves locales plaident depuis plusieurs années pour des abords d’écoles sécurisés, avec moins de voitures, plus de trottoirs, de pistes cyclables et de zones piétonnes. Le nouveau projet urbain devrait intégrer un volet spécifique « rues aux écoles », avec des fermetures ponctuelles à la circulation et des aménagements pérennes dans certains secteurs.
Concertation, tensions politiques et calendrier
Une ville en débat permanent sur l’écologie urbaine
Depuis 2020, la municipalité écologiste de Strasbourg est au centre de vifs débats politiques sur l’ampleur et la rapidité des transformations engagées, notamment en matière de circulation et de travaux. L’extension du réseau de transport urbain, en particulier, a connu des revers, avec un avis défavorable issu d’une enquête publique sur un précédent projet, obligeant l’équipe Barseghian à revoir sa copie et à recourir à une convention citoyenne.
Cette expérience a marqué la manière dont la Ville conçoit désormais ses grands projets. Pour le nouveau programme favorisant la mobilité douce et les espaces verts, la mairie met en avant une concertation renforcée : réunions publiques par quartiers, comités de suivi, consultations en ligne et travail avec les conseils citoyens. L’objectif est d’éviter les crispations trop fortes en amont, tout en assumant des choix parfois clivants.
Un projet en toile de fond des municipales de 2026
Ce nouveau projet urbain s’inscrit aussi dans un contexte politique particulier : Jeanne Barseghian est officiellement candidate à sa réélection aux municipales de 2026 et se présente comme la cheffe de file d’une gauche rassemblée à Strasbourg. Elle met en avant son bilan en matière de transports, de vélo et de transition écologique comme un marqueur identitaire de son mandat.
Lors de la présentation des premières mesures de sa liste « Strasbourg juste et vivante », sa campagne a d’ailleurs fortement insisté sur la poursuite de la politique de mobilité douce et sur la consolidation des espaces verts comme atouts pour l’attractivité de la ville. Les oppositions, de leur côté, entendent faire de ces transformations – jugées parfois trop rapides ou trop contraignantes pour les automobilistes – l’un des principaux angles d’attaque de la campagne à venir.
Les habitants au centre des enjeux quotidiens
Des changements visibles dans la vie de tous les jours
Pour les Strasbourgeoises et Strasbourgeois, ce nouveau projet urbain se traduira très concrètement par des chantiers de voirie, de nouvelles pistes cyclables, des trottoirs élargis, des plantations d’arbres et la reconfiguration de certaines places de stationnement. À terme, les temps de trajet à vélo ou en tram devraient être plus fiables et plus sécurisés, tandis que l’accès à des espaces verts de proximité deviendra plus aisé.
Les associations de cyclistes et de défense de l’environnement, déjà très actives à Strasbourg, devraient voir dans ce projet une opportunité de consolider la position de la ville comme référence française de la mobilité douce. Du côté des habitants, la perception dépendra en grande partie de la gestion des travaux, de l’écoute des préoccupations locales et des bénéfices tangibles en termes de confort, de sécurité et de tranquillité au quotidien.
Une ville qui continue de se réinventer
Strasbourg, siège du Conseil de l’Europe et capitale européenne de longue date, cherche à confirmer son image de ville laboratoire des politiques urbaines écologiques. En misant à la fois sur la mobilité douce et sur les espaces verts, le projet porté par Jeanne Barseghian tente d’articuler exigences environnementales, attentes sociales et contraintes politiques locales.
Entre promesse de ville plus respirable et craintes liées aux bouleversements des usages, ce nouveau chapitre de l’urbanisme strasbourgeois s’annonce déterminant pour le visage de la ville à l’horizon de la prochaine décennie, mais aussi pour l’avenir politique de l’équipe municipale qui le porte.
