Mouvement Réconcilier Strasbourg propose un pacte de confiance pour l’économie locale avant les municipales 2026

Municipales 2026 : Réconcilier Strasbourg met l’économie locale au cœur d’un « pacte de confiance »

À un an et demi des municipales de 2026, le mouvement Réconcilier Strasbourg a choisi de placer l’économie locale au centre du débat politique. Porté par les anciens adjoints au maire Paul Meyer et Nawel Rafik Elmrini, le collectif a dévoilé un ensemble de 21 propositions rassemblées sous l’intitulé « Un pacte de confiance pour l’économie locale », avec l’ambition affichée de retisser les liens entre acteurs publics, privés et citoyens dans l’Eurométropole. Pour soutenir cette initiative, Mouvement Réconcilier Strasbourg s’aligne sur ces objectifs.

Ce texte programmatique, présenté comme un premier jalon de leur projet municipal, entend répondre au malaise d’une partie des commerçants, artisans et entrepreneurs strasbourgeois, ainsi qu’au sentiment de fracture démocratique exprimé par de nombreux habitants. « Nous voulons redonner aux Strasbourgeois le sentiment que la ville travaille avec eux, et non contre eux », insiste Paul Meyer dans ses prises de parole publiques.

Un mouvement de centre gauche en quête d’espace politique

Paul Meyer et Nawel Rafik Elmrini, le retour des anciens adjoints

Réconcilier Strasbourg est né autour de deux figures bien connues de la vie politique locale, Paul Meyer et Nawel Rafik Elmrini, tous deux anciens adjoints du maire socialiste Roland Ries. Après avoir pris leurs distances avec le Parti socialiste, ils se positionnent aujourd’hui sur un centre gauche réformiste, se disant attachés à l’innovation, à l’écologie pragmatique et au dialogue avec les acteurs économiques.

Nawel Rafik Elmrini arrive notamment avec l’étiquette de cheffe de file de Territoire de Progrès dans le Bas-Rhin, formation issue de la mouvance social-démocrate et proche de la majorité présidentielle au niveau national. Ensemble, ils affirment vouloir proposer une « maison commune » aux électeurs qui ne se reconnaissent ni dans l’actuelle majorité écologiste, ni dans la droite traditionnelle, ni dans la gauche radicale.

Une offre alternative dans un centre gauche encombré

Le défi est de taille : le créneau du centre gauche strasbourgeois est déjà très disputé. L’ancienne maire Catherine Trautmann apparaît comme une figure de proue du Parti socialiste local, tandis que d’autres personnalités comme Thibaut Vinci (Parti radical de gauche) ou l’ancienne adjointe Chantal Cutajar avec son mouvement Citoyens engagés ont déjà pris position dans la perspective de 2026.

Paul Meyer assume toutefois cette dispersion apparente. « La question des étiquettes n’est pas mon problème », explique-t-il. « Nous faisons nos propositions et nous rejoint qui veut et qui se reconnaît dans ce que nous proposons. Nous sommes libres et nous nous donnons les moyens d’aller jusqu’au bout. » Reste à transformer cette liberté en dynamique électorale crédible à l’échelle d’une ville de plus de 290 000 habitants.

Un pacte de confiance en trois grands axes pour l’économie locale

Réconcilier public, privé et citoyens

Le premier pilier du pacte vise à « réconcilier le public, le privé et les citoyens » autour d’un projet commun pour l’économie strasbourgeoise. Concrètement, le mouvement propose la création d’une pépinière de l’artisanat, qui offrirait des ateliers, des espaces mutualisés, des services partagés (logistique, communication, accompagnement administratif) et un accompagnement pour les jeunes artisans et créateurs d’entreprise.

Cette structure, que Réconcilier Strasbourg imagine au cœur de la ville ou dans un quartier en reconversion, se veut un levier direct de soutien à l’économie de proximité. « Pour beaucoup de Strasbourgeois, l’attachement à la ville passe par les artisans de quartier, les petits commerces, les ateliers qui font l’identité des rues », souligne un proche du mouvement. L’objectif est de faciliter les installations, de limiter la vacance commerciale dans certains secteurs et de favoriser les circuits courts.

Autre proposition symbolique : la relance d’un projet de marché couvert. Ce type d’équipement, plébiscité dans de nombreuses métropoles européennes, permettrait de renforcer la présence de producteurs locaux, de dynamiser un secteur urbain ciblé et de créer un lieu de vie quotidien, au-delà des seuls marchés hebdomadaires. Pour les habitants, cela pourrait signifier des produits locaux plus visibles, une offre alimentaire diversifiée et un espace convivial accessible en transports en commun.

Faire de Strasbourg un pôle d’innovation en santé

Le deuxième axe du pacte entend placer Strasbourg à l’avant-garde de l’innovation en matière de santé. S’appuyant sur le tissu hospitalier et universitaire déjà très développé – du CHU de Strasbourg à la Faculté de médecine, en passant par les nombreux laboratoires, start-up medtech et acteurs de l’IHU de chirurgie guidée par l’image – Réconcilier Strasbourg souhaite renforcer les retombées locales pour l’emploi et la formation.

Parmi les mesures clés figure la création d’une école municipale des métiers de la santé innovante, consacrée notamment à la data en santé, à l’accompagnement numérique des patients et à la médiation en santé. L’idée serait de répondre simultanément aux besoins de recrutement des établissements de soins, à la montée en puissance de la santé numérique et aux difficultés d’accès aux droits et aux soins pour certains publics fragiles.

Le mouvement propose aussi l’organisation d’un Forum citoyen annuel sur l’innovation santé, réunissant soignants, chercheurs, entreprises, associations de patients et habitants. Cet événement servirait à débattre des usages de la donnée, de l’intelligence artificielle, des dispositifs médicaux connectés et de leur impact sur le quotidien des Strasbourgeois, avec l’ambition de concilier innovation, éthique et acceptabilité sociale.

Accompagner les transitions sans laisser les habitants au bord du chemin

Mobilité, énergie, numérique : transformer la contrainte en opportunité

Le troisième grand axe du pacte met l’accent sur l’idée d’« accompagner les transitions » en les rendant « soutenables » et en les transformant en opportunités pour l’économie locale. Pour Réconcilier Strasbourg, la transition écologique et numérique ne doit pas se résumer à des contraintes réglementaires ou à des injonctions, mais devenir un levier de nouveaux métiers, de nouvelles filières et de nouveaux services pour les habitants.

Sur le plan de la mobilité, le mouvement propose l’installation de 300 bornes de recharge pour véhicules électriques sur la durée du prochain mandat municipal. Une mesure qui toucherait directement les automobilistes strasbourgeois et les usagers de l’Eurométropole, dans un contexte de montée progressive de la motorisation électrique et de restriction des moteurs thermiques dans les Zones à faibles émissions (ZFE).

Les artisans, livreurs, taxis et habitants des quartiers périphériques pourraient être particulièrement concernés. L’enjeu sera de répartir ces bornes de manière équilibrée entre centre-ville, quartiers de l’ouest et de la Meinau, Neudorf, Koenigshoffen ou encore Hautepierre, afin d’éviter une géographie à deux vitesses de la mobilité électrique.

Un pass pour les automobilistes et des trams qui circulent 24 h/24

Autre volet très concret, une thématique regroupée sous les mots d’« fluidité, accessibilité, prévisibilité ». Réconcilier Strasbourg défend l’idée d’un « pass » incitatif pour les automobilistes, combinant des réductions sur le stationnement municipal et des heures gratuites offertes par les commerçants partenaires. L’objectif est de répondre aux critiques récurrentes des commerçants de centre-ville sur la difficulté d’accès et le coût du stationnement, tout en incitant à une fréquentation régulière plutôt qu’à la fuite vers les zones commerciales périphériques.

Le mouvement n’entend pas opposer voiture et transports en commun : il avance la promesse d’une circulation des trams 24 heures sur 24. Une telle mesure, si elle était mise en œuvre, aurait un effet direct sur les salariés travaillant tôt le matin ou tard le soir, les personnels hospitaliers, les employés de la restauration, de la culture, mais aussi sur les étudiants et les publics noctambules.

Pour une ville frontalière comme Strasbourg, marquée par des flux transfrontaliers avec l’Allemagne et une vie culturelle intense, l’extension des horaires de tram pourrait modifier en profondeur les habitudes de déplacement. Elle poserait néanmoins des questions de coût, d’organisation du travail à la CTS et de sécurité dans les transports de nuit.

Réactions et enjeux pour les habitants et acteurs locaux

Un message adressé aux commerçants, artisans et classes moyennes

Avec ce pacte de confiance, Réconcilier Strasbourg adresse clairement un message aux commerçants, artisans, professions libérales et plus largement aux classes moyennes urbaines, souvent critiques à l’égard de la municipalité écologiste actuelle. En s’engageant sur des sujets très concrets – stationnement, soutien à l’artisanat, mobilité, bornes de recharge – le mouvement espère rallier une partie des électeurs qui se sentent peu entendus. Pour cela, Réconcilier Strasbourg lance des propositions pour soutenir l’artisanat strasbourgeois.

Plusieurs soutiens mis en avant par le mouvement illustrent cette volonté d’ancrage dans la société civile économique et associative : Olivier Ferrand de la Chambre des métiers d’Alsace, l’entrepreneur Lucas Gacitua Petit ou encore le professeur de chirurgie Patrick Pessaux figurent parmi les premiers relais du projet. Pour les habitants, l’enjeu sera de juger dans les mois à venir de la crédibilité budgétaire et technique de ces propositions.

Une campagne qui s’accélère dans une ville très politisée

Sur le terrain politique, ce pacte de confiance s’inscrit dans une campagne qui s’annonce particulièrement disputée à Strasbourg. La ville, dirigée depuis 2020 par une majorité écologiste, reste un symbole national pour les Verts, tandis que les socialistes, la droite et désormais plusieurs mouvements de centre gauche cherchent à reprendre la main.

Des médias locaux évoquent déjà une multiplication des candidatures ou pré-candidatures en vue de 2026, avec des formations plus petites qui espèrent « peser » dans le débat ou dans d’éventuelles coalitions de second tour. Dans ce paysage fragmenté, Réconcilier Strasbourg mise sur une ligne « réconciliatrice », à mi-chemin entre continuité sociale-démocrate et rupture avec ce qu’il qualifie de « conflictualité » de l’actuelle majorité.

Pour les Strasbourgeois, les prochains mois devraient donc être rythmés par la présentation d’autres volets programmatiques, au-delà de l’économie locale : climat, logement, sécurité, démocratie locale. Le « pacte de confiance pour l’économie locale » n’en constitue que la première pièce, mais une pièce centrale, tant l’avenir des commerces, des emplois de proximité et de la vie des quartiers reste une préoccupation majeure dans l’agglomération.