Mouvement Réconcilier Strasbourg propose un pacte de confiance pour soutenir l’économie locale avant les municipales 2026

Réconcilier Strasbourg mise sur l’économie locale à l’approche des municipales 2026

À un an et demi des municipales, le mouvement Réconcilier Strasbourg a dévoilé un ambitieux « pacte de confiance pour l’économie locale », première brique programmatique d’une campagne qui entend peser au centre gauche de l’échiquier strasbourgeois. Porté par les anciens adjoints de Roland Ries, Paul Meyer et Nawel Rafik Elmrini, ce pacte décline 21 propositions structurées autour de trois grands axes, avec un objectif affiché : retisser des liens entre institutions, entreprises et habitants pour soutenir l’activité dans l’Eurométropole.

Présenté comme une réponse aux inquiétudes des commerçants, artisans et acteurs de la santé, ce document s’inscrit dans un paysage politique local déjà très concurrentiel, où la maire écologiste sortante Jeanne Barseghian et plusieurs autres listes d’opposition sont déjà en campagne. Réconcilier Strasbourg veut se distinguer par un positionnement « social, pragmatique et apaisé », misant sur le développement économique comme levier de cohésion sociale dans une ville de plus de 290 000 habitants fortement marquée par les crises successives (sanitaire, inflation, tensions sociales).

Un mouvement de centre gauche qui veut « réconcilier » la ville

Les architectes du projet

Le mouvement Réconcilier Strasbourg a été lancé en 2025 par Paul Meyer, ancien adjoint au numérique et à l’Europe, et Nawel Rafik Elmrini, ex-adjointe aux relations internationales, tous deux issus des équipes socialistes de Roland Ries. À leurs côtés, on retrouve notamment Édith Peirotes, vice-présidente du Modem du Bas-Rhin, ainsi qu’un collectif de personnalités issues de la société civile, du monde économique et du milieu associatif.

Paul Meyer se revendique d’un centre gauche « ouvert, mais ferme sur ses valeurs », se disant en rupture avec les écologistes au pouvoir et critique envers La France insoumise, qu’il juge trop conflictuelle. « La question des étiquettes n’est pas mon problème, nous faisons nos propositions et nous rejoint qui veut », a-t-il déclaré, insistant sur l’idée d’une plateforme de rassemblement pour des Strasbourgeois « déçus par l’offre politique actuelle ».

Une offre politique dans un créneau chargé

Ce positionnement doit toutefois trouver sa place dans un espace politique déjà encombré : au centre et au centre gauche se bousculent notamment l’ancienne maire socialiste Catherine Trautmann, le Parti radical de gauche de Thibaut Vinci, le mouvement Citoyens engagés de l’ex-adjointe Chantal Cutajar, ainsi que les formations Place publique et Génération.s, susceptibles de s’allier aux écologistes.

Face à eux, la droite et le centre sont représentés par Jean-Philippe Vetter (Les Républicains, « Aimer Strasbourg ») et Pierre Jakubowicz (Horizons, « Strasbourg on y croit ! »), tandis qu’un projet « ultra-centriste » mené par Mohammed Sylla (Utiles 67) mise sur la participation citoyenne. Dans ce contexte, le « pacte de confiance pour l’économie locale » est autant un programme qu’un marqueur identitaire pour Réconcilier Strasbourg, qui veut se faire la voix d’un développement économique « réconcilié » avec les besoins quotidiens des habitants.

Un pacte articulé autour de la « réconciliation » public–privé–citoyens

Soutenir artisans, TPE et commerce de proximité

Le premier pilier du pacte vise la « réconciliation du public, du privé et des citoyens », avec plusieurs mesures concrètes pour soutenir les artisans, les petites entreprises et le commerce de centre-ville. Le mouvement propose notamment la création d’une pépinière de l’artisanat, composée d’espaces mutualisés (ateliers, bureaux, matériel partagé) et de services d’accompagnement administratif et numérique, afin de faciliter l’installation et le développement de jeunes entreprises locales.

L’objectif est de répondre à la fois à la hausse des coûts fixes, à la pression foncière dans certains quartiers et au besoin de visibilité des artisans face à la concurrence des grandes enseignes et des plateformes en ligne. Selon un proche du dossier, l’idée est de « faire de Strasbourg une ville où l’on peut tester un projet artisanal sans se ruiner en loyers et en charges dès le premier mois », en s’appuyant aussi sur des partenariats avec la Chambre des métiers et des réseaux d’entrepreneurs locaux.

Relancer un marché couvert pour dynamiser le cœur de ville

Autre proposition forte, la relance d’un projet de marché couvert au centre de Strasbourg, sujet récurrent depuis des années mais jamais tranché. Réconcilier Strasbourg y voit un outil pour redynamiser le commerce de proximité, valoriser les circuits courts (producteurs alsaciens, agriculture périurbaine) et offrir un lieu de vie au quotidien aux habitants des différents quartiers, au-delà de la seule Grande Île.

Pour les commerçants déjà installés, cette idée suscite autant d’espoirs que de questions : certains y voient un moyen d’attirer une nouvelle clientèle en centre-ville, d’autres craignent une concurrence accrue si le projet n’est pas pensé en complémentarité avec les marchés existants, comme ceux de Neudorf, de la Krutenau ou de l’Esplanade. Le mouvement assure vouloir « co-construire » le dispositif avec les commerçants et associations de quartier, via des concertations publiques.

Strasbourg, ville-laboratoire de l’innovation en santé

Une école municipale des métiers de la santé innovante

Le deuxième axe du pacte veut « mettre Strasbourg à l’avant-garde de l’innovation en matière de santé », en s’appuyant sur un écosystème déjà solide : Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Faculté de médecine, Institut de chirurgie guidée par l’image, IHU, ou encore un tissu de start-up en e-santé dans l’Eurométropole. Réconcilier Strasbourg propose ainsi la création d’une école municipale des métiers de la santé innovante.

Cette école formerait à des compétences émergentes comme la data en santé, l’accompagnement numérique des patients, la médiation entre soignants, familles et institutions, ou encore la gestion des dispositifs connectés. L’objectif est double : répondre aux besoins en main-d’œuvre qualifiée dans les hôpitaux, cliniques, EHPAD et structures médico-sociales, et ouvrir de nouveaux débouchés professionnels aux jeunes et aux personnes en reconversion dans l’agglomération.

Pour les habitants des quartiers populaires, souvent confrontés à la précarité et à des difficultés d’accès à l’emploi qualifié, ce type de formation pourrait représenter une opportunité concrète. « Il y a des centaines de postes qui vont s’ouvrir dans la médiation et l’accompagnement en santé, autant qu’ils profitent d’abord aux Strasbourgeoises et Strasbourgeois », insiste une militante du mouvement lors d’une réunion publique.

Un forum citoyen annuel sur l’innovation en santé

Le pacte prévoit en parallèle l’organisation d’un forum citoyen annuel sur l’innovation santé, rassemblant professionnels, chercheurs, usagers, associations de patients et habitants. L’enjeu est de démocratiser des débats souvent techniques : données médicales, intelligence artificielle, télémédecine, ou encore risque de fracture numérique pour les personnes âgées ou isolées.

Ce rendez-vous se tiendrait à Strasbourg, potentiellement dans un lieu symbolique comme le quartier du Wacken, à proximité des institutions européennes, ou autour du campus médical de Hautepierre. Il viserait à faire émerger des recommandations citoyennes qui pourraient être intégrées aux politiques locales, qu’il s’agisse de la ville ou de l’Eurométropole.

Accompagner les transitions : mobilité, énergie, quotidien des habitants

300 bornes de recharge et un « pass » pour automobilistes

Le troisième axe du pacte est centré sur l’accompagnement des transitions, avec l’ambition de « les rendre soutenables et de les transformer en opportunités ». Sur le volet mobilité, Réconcilier Strasbourg propose l’installation de 300 bornes de recharge pour véhicules électriques durant le mandat municipal. Cette mesure viserait à accélérer la transition du parc automobile des particuliers et des professionnels, tout en évitant de concentrer les bornes uniquement dans les quartiers centraux les plus favorisés.

Pour les automobilistes, le mouvement avance aussi la création d’un « pass » incitatif, combinant réductions sur le stationnement et heures gratuites offertes par les commerçants, en particulier dans les zones commerciales de centre-ville. L’objectif est de réduire le sentiment de « ville anti-voiture » exprimé par une partie des habitants et de certains commerçants, tout en continuant à encourager les alternatives à la voiture solo.

Des trams 24h/24 et une meilleure prévisibilité des déplacements

Le pacte insiste sur la thématique de la « fluidité, accessibilité, prévisibilité » des mobilités, avec notamment la promesse de circulation des trams 24h/24. Une telle mesure, déjà évoquée par d’autres candidats, permettrait de mieux desservir les travailleurs de nuit (soins, hôtellerie-restauration, logistique), les étudiants et les usagers des lieux culturels ou festifs, dans une agglomération où la vie nocturne reste très concentrée.

Pour les habitants des quartiers périphériques comme Hautepierre, Neuhof ou Cronenbourg, l’enjeu est majeur : un réseau de transports plus continu et lisible peut faciliter l’accès à l’emploi et aux loisirs, et réduire la dépendance à la voiture. Réconcilier Strasbourg mise sur une approche pragmatique : « Les transitions écologiques ne peuvent pas se faire contre les gens, mais avec eux », résume un membre du mouvement, en appelant à des phases de test et à l’évaluation régulière des dispositifs.

Un projet à l’épreuve des contraintes budgétaires et politiques

Si le « pacte de confiance pour l’économie locale » se veut offensif, il ne pourra faire l’économie de la question des marges de manœuvre financières de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg, déjà confrontées à la hausse des coûts de l’énergie, des travaux et du personnel. Plusieurs adversaires politiques pourraient contester la faisabilité budgétaire de mesures comme les 300 bornes de recharge, l’école municipale de santé ou le fonctionnement des trams 24h/24, au regard de l’endettement et des règles encadrant les finances locales.

Dans le débat public strasbourgeois, où la question du pouvoir d’achat, des impôts locaux et des tarifs des services publics (cantines, transports, stationnement) occupe une place centrale, Réconcilier Strasbourg devra préciser le calendrier, les coûts estimés et les sources de financement de son pacte. Le mouvement mise pour l’instant sur des financements croisés : subventions de l’État et de l’Union européenne, partenariats avec des acteurs économiques, et réorientation de certaines dépenses existantes.

Pour les habitants, commerçants, artisans et acteurs associatifs, ce pacte offre une première grille de lecture des priorités que défendrait Réconcilier Strasbourg s’il devait accéder à la mairie en 2026. Les prochains mois de campagne diront si ces propositions parviennent à convaincre au-delà du cercle des convaincus, et si l’économie locale, dans toutes ses dimensions – de la petite boutique de quartier aux innovations hospitalières – devient réellement le cœur du débat municipal.

Pour en savoir plus sur les enjeux des élections locales, consultez notre article Strasbourg prépare les municipales 2026.

Vous pouvez également découvrir le nouveau mouvement politique à Strasbourg, qui travaille à réconcilier la ville autour d’initiatives locales et de projets citoyens.