Réconcilier Strasbourg lance 21 propositions pour dynamiser l’économie locale et soutenir l’artisanat strasbourgeois

Un nouveau pacte de confiance pour l’économie strasbourgeoise

Le mouvement Réconcilier Strasbourg a récemment dévoilé un ensemble de 21 propositions visant à revitaliser l’économie locale et à soutenir l’artisanat dans la capitale alsacienne. Ce programme, porté par les anciens adjoints de Roland Ries, Paul Meyer et Nawel Rafik Elmrini, s’inscrit clairement dans la perspective des municipales de 2026 et a pour but de remettre les acteurs économiques de proximité au centre du projet urbain. Présenté sous le titre « Un pacte de confiance pour l’économie locale », le texte cherche à répondre aux inquiétudes des commerçants et artisans ainsi qu’aux attentes des habitants en matière d’emploi et de services de proximité.

Dans un contexte politique strasbourgeois en recomposition, le mouvement de centre gauche aspire à se positionner comme un relais crédible des préoccupations locales à travers ce programme. « Nous voulons réconcilier le public, le privé et les citoyens autour d’un projet concret, pragmatique et immédiatement utile aux Strasbourgeois », explique un proche de la plateforme. Au-delà des slogans, le dispositif se structure autour de trois axes majeurs, avec une série d’outils spécifiquement conçus pour l’artisanat, le commerce indépendant et les filières innovantes dans le domaine de la santé.

Pour renforcer l’économie locale, Strasbourg lance un appel à projets START-ZFE en soutien aux initiatives locales.

Réconcilier public, privé et citoyens

Une pépinière de l’artisanat au cœur de la ville

Le premier volet de ce pacte vise à rapprocher les institutions, les entrepreneurs et les habitants, dans un contexte où de nombreux artisans se sentent éloignés des décisions municipales. La création d’une « pépinière de l’artisanat » est mise en avant comme un dispositif phare. Ce lieu serait dédié à l’accueil, à l’accompagnement et à la mutualisation de moyens pour les créateurs et repreneurs d’entreprises artisanales. L’idée est d’offrir des ateliers partagés, des bureaux, des espaces de stockage, ainsi que des formations et des conseils juridiques ou comptables sur un même site.

Conçue pour l’Eurométropole mais avec une implantation centrale, cette pépinière ciblerait particulièrement les jeunes artisans issus des quartiers populaires, tels que la Robertsau, Hautepierre, le Neuhof et la Meinau. « Trop de talents renoncent faute de local, de matériel ou d’accompagnement, alors que les Strasbourgeois réclament des services de proximité : réparateurs, menuisiers, couturières, métiers de bouche », souligne un artisan du centre-ville, militante depuis plusieurs années pour ce type de structure. Le mouvement attend que la Ville facilite l’accès au foncier, tout en jouant un rôle d’animateur, sans se substituer aux chambres consulaires.

Le retour d’un véritable marché couvert

Une autre mesure concrète en faveur des circuits courts est la relance d’un projet de marché couvert à Strasbourg. Souvent évoqué mais jamais réalisé, ce marché permanent serait dédié principalement aux producteurs locaux et artisans de bouche – bouchers, boulangers, fromagers, brasseurs, traiteurs – tout en complétant les marchés de plein air existants. L’objectif est double : fournir un point de rendez-vous alimentaire stable et accessible par le tram, tout en garantissant un débouché régulier pour les producteurs du Bas-Rhin et des environs.

Pour les commerçants de quartier, ce marché couvert pourrait représenter une opportunité, tout en suscitant des inquiétudes. Certains craignent qu’il constitue une concurrence frontale, tandis que d’autres y voient un levier d’attractivité qui pourrait attirer du flux vers le cœur de ville. Les porteurs du projet s’engagent à effectuer une concertation avec les unions commerciales pour éviter les effets de cannibalisation. La localisation, l’amplitude horaire et la complémentarité avec les commerces existants seront des points clés pour une acceptation locale.

Miser sur l’innovation en santé comme moteur économique

Une école municipale des métiers de la santé innovante

Le deuxième axe majeur se concentre sur la volonté de faire de Strasbourg une ville pionnière en matière d’innovation en santé. En tirant parti de la présence du CHU, des facultés de médecine et de pharmacie, ainsi que d’un tissu vivant de start-up en e-santé, le mouvement propose la création d’une « école municipale des métiers de la santé innovante ». Cette école serait orientée vers les nouveaux besoins du secteur : data en santé, accompagnement numérique des patients, médiation en santé, coordination des parcours de soins.

La structure ne rivaliserait pas avec les formations universitaires ou paramédicales existantes, mais comblerait les lacunes entre le soin, le social et le numérique. Elle ciblerait des publics en reconversion professionnelle ou des jeunes éloignés des études longues, proposant des formats courts et professionnalisants. Pour les quartiers strasbourgeois les plus fragilisés, cette initiative est un enjeu crucial : elle permettrait de créer de nouveaux débouchés d’emploi qualifié, en lien direct avec un secteur qui recrute massivement à l’échelle nationale.

Pour donner un aperçu des entrepreneurs locaux, retrouvez des portraits de jeunes entrepreneurs à Strasbourg.

Un Forum citoyen annuel sur l’innovation santé

Pour éviter que l’innovation ne soit réservée qu’aux experts, Réconcilier Strasbourg souhaite établir un Forum citoyen annuel sur l’innovation santé. Organisé dans divers quartiers, allant de Cronenbourg au Port du Rhin, cet événement chercherait à mettre en dialogue chercheurs, soignants, start-up, associations de patients et habitants. Les thèmes abordés incluraient la télémédecine, l’intelligence artificielle, l’accès aux soins, ainsi que la protection des données et les inégalités territoriales.

Les porteurs du projet estiment que ce forum doit garantir que les innovations développées à Strasbourg répondent à des besoins réels, comme la facilitation du maintien à domicile des personnes âgées, l’accélération de l’accès à des rendez-vous rapides ou encore la prévention dans les écoles. Dans une ville où des pôles hospitaliers d’excellence coexistent avec des zones de désertification médicale, notamment en périphérie, la promesse est de mettre « la haute technologie au service du quotidien des Strasbourgeois », sans creuser les fractures numériques.

Accompagner les transitions : mobilités, énergie et pouvoir d’achat

300 bornes de recharge pour véhicules électriques

Le troisième axe du programme s’articule autour de l’objectif de rendre les transitions soutenables et d’en faire des opportunités pour l’économie locale. Parmi les mesures significatives, l’installation de 300 bornes de recharge pour véhicules électriques est mise en avant. L’objet de cette initiative n’est pas uniquement environnemental, mais vise également à renforcer l’attractivité commerciale des différents quartiers, en permettant aux automobilistes de recharger leur véhicule à proximité des commerces.

Les artisans et indépendants, souvent contraints d’utiliser des véhicules utilitaires, pourraient bénéficier directement de ce maillage renforcé, à condition que celui-ci soit conçu à l’échelle métropolitaine, englobant les zones d’activité et les faubourgs. Toutefois, il sera indispensable que le calendrier, la tarification et l’emplacement précis des bornes soient discutés avec les associations de riverains et les unions d’artisans, qui craignent parfois une diminution du stationnement disponible pour la clientèle.

Un pass pour automobilistes et des trams 24h/24

En outre, pour soutenir la fréquentation des commerces de centre-ville et de quartier, Réconcilier Strasbourg propose un « pass » incitatif pour les automobilistes. Ce dispositif combinerait réductions sur le stationnement et heures gratuites offertes par les commerçants, via un système de validation auprès des artisans et boutiques partenaires. L’objectif est de rendre plus prévisible et moins stressant le coût d’un déplacement en centre-ville, surtout dans un contexte où de nombreux commerçants déplorent la baisse de la clientèle résidente et l’essor des achats en ligne.

Parallèlement, le mouvement plaide pour une circulation des trams 24h/24, au moins sur certaines lignes clés. Cette mesure aurait un impact direct sur l’accessibilité aux lieux de travail nocturnes – tels que hôpitaux, restaurants et boulangeries – ainsi que sur la vie nocturne. Pour salarié comme pour client, la possibilité de se déplacer tard le soir ou tôt le matin sans voiture pourrait modifier les habitudes de consommation et diminuer la pression automobile dans les secteurs déjà congestionnés.

Enjeux politiques et réception locale

Une offre pensée pour les municipales de 2026

Ces 21 propositions s’inscrivent dans une séquence politique très marquée à Strasbourg, à un peu plus d’un an des municipales de 2026. Réconcilier Strasbourg, qui s’unit autour de Paul Meyer et Nawel Rafik Elmrini, ainsi que d’autres figures comme Édith Peirotes, vice-présidente du MoDem du Bas-Rhin, cherche à occuper un espace de centre gauche pragmatique, centré sur l’économie réelle et les services de proximité. Le choix de mettre un accent fort sur l’artisanat et le commerce indépendant n’est pas anodin, ces groupes représentant des électorats mobilisés et bien implantés dans les quartiers.

Pour les habitants, l’enjeu principal de ce « pacte de confiance » réside dans ses effets potentiels sur l’emploi local, le coût de la vie et la qualité des services au quotidien. La relance d’un marché couvert, le soutien à l’installation d’artisans et la facilitation de l’accès au centre-ville, ainsi que le développement de nouvelles formations en santé, représentent autant de leviers susceptibles de redessiner le paysage économique de Strasbourg, si la future équipe municipale, quel qu’elle soit, prend en considération tout ou partie de ces propositions. D’ici là, le débat est lancé, et les Strasbourgeois auront l’opportunité de se prononcer lors des nombreuses réunions publiques et consultations à venir.