Strasbourg célèbre l’héritage féminin avec 40 nouveaux espaces publics
La Ville de Strasbourg a inauguré ce week-end une quarantaine d’espaces publics portant désormais le nom de femmes remarquables. Cette initiative, qui dépasse les 35 dénominations initialement annoncées, vise à rééquilibrer un espace urbain historiquement dominé par des figures masculines.
Ces nouveaux noms concernent des rues, places, allées et passerelles dans divers quartiers, des zones en renouvellement urbain aux périphéries en développement. Pour les habitants, cela transforme le quotidien en un hommage vivant à des parcours oubliés. Pour en savoir plus sur cette féminisation, consultez Strasbourg officialise la féminisation.
Une politique de longue date pour l’égalité dans l’espace public
Strasbourg s’engage depuis plusieurs années dans la féminisation de ses voies publiques. Les statistiques locales révèlent qu’une majorité écrasante des rues portent encore des noms d’hommes, souvent militaires ou politiques.
La municipalité écologiste, aux commandes depuis 2020, accélère le mouvement avec ces 40 nouvelles dénominations. « Nous faisons de la ville un support de mémoire partagée et plus inclusive », a déclaré un élu lors des débats municipaux récents.
Cette vague s’inscrit dans un cadre plus large d’égalité femmes-hommes, visible dans les politiques culturelles et éducatives. Les nouveaux quartiers comme le Port du Rhin en bénéficient déjà, mais l’effort touche aussi le centre-ville.
Des figures locales et internationales honorées
Parmi les noms retenus, la passerelle Rosa Luxemburg rend hommage à la militante socialiste et révolutionnaire. L’allée Berthe Diebolt-Sieffer, pionnière du conseil municipal strasbourgeois en 1945, marque les esprits localement.
D’autres choix mêlent héritage alsacien et rayonnement mondial : Eleanor Marx, féministe et socialiste, ou Yvonne Foinant, engagée dans la vie locale. Le square Ilse Totzke, résistante alsacienne (1913-1987), perpétue la mémoire des héroïnes de la Seconde Guerre mondiale.
Ces dénominations équilibrent figures méconnues et icônes universelles. Pour les riverains des anciens sites industriels réhabilités, vivre « rue d’une femme » devient un marqueur identitaire fort.
Une démarche participative ancrée dans la vie strasbourgeoise
La sélection n’est pas descendante : services municipaux, commission de dénomination, historiens, associations et collectifs féministes ont collaboré. Cette approche consultative garantit une représentativité large, des arts aux sciences en passant par les luttes sociales.
Les habitants des quartiers concernés, comme ceux des secteurs en renouvellement, ont été sensibilisés via des ateliers. « Cela éveille l’intérêt pour l’histoire locale des femmes », note une représentante d’association.
Cette pédagogie s’adresse surtout aux jeunes, qui arpentent ces espaces en tram ou à vélo. À Strasbourg, capitale européenne vélo-friendly, ces plaques deviennent des leçons d’histoire ambulantes.
Réactions enthousiastes des habitantes et militants
Pour les féministes locales, l’impact dépasse le symbole. « Nommer des rues au féminin façonne les perceptions, surtout chez les enfants », souligne une militante d’Osez le Féminisme 67, active dans des actions passées comme les collages de 2022.
Les riverains apprécient cette visibilité. Une habitante du quartier du Port du Rhin confie : « Emménager allée Berthe Diebolt-Sieffer, c’est adopter un bout d’histoire strasbourgeoise. Ça rend le quartier plus vivant et inclusif. »
Même les commerçants des zones rénovées y voient un atout. Ces noms attirent les curieux, boostant l’attractivité des halles réhabilitées et équipements culturels voisins.
Contexte historique : d’actions militantes à l’officialisation
Cette initiative fait écho à des gestes militants antérieurs. En octobre 2022, Osez le Féminisme 67 avait collé des noms de femmes illustres – Frida Kahlo, Simone Veil, Serena Williams – sur des plaques du centre, de la Krutenau à la Petite France.
À l’époque, l’action rappelait que seulement 5 % des rues françaises portent un nom féminin. Strasbourg avait déjà renommé trois allées le long du tram en hommage à des résistantes alsaciennes en 2020.
Aujourd’hui, la quarantaine de lieux officialisés comble ce retard. Elle s’étend aux boulevards et stations, rendant l’espace public plus paritaire.
Implications pour les Strasbourgeois du quotidien
Pour les 300 000 habitants de Strasbourg et son Eurométropole, ces changements imprègnent la vie courante. Les GPS s’adaptent, les adresses postales évoluent, et les enfants apprennent ces noms à l’école voisine. Pour explorer l’impact social, lisez l’article sur Femmes leaders à Strasbourg.
Dans une ville cosmopolite et multiculturelle, cela renforce le sentiment d’inclusion. Les femmes d’origine immigrée ou alsacienne y voient un miroir de leurs propres luttes.
Les perspectives des acteurs concernés divergent peu : élus, associations et habitants saluent l’élan. Seuls quelques conservateurs municipaux regrettent un « excès de politiquement correct », sans freiner le projet.
Vers une ville plus inclusive et mémorielle
Ces 40 dénominations marquent une étape décisive dans la féminisation strasbourgeoise. Elles s’ajoutent aux efforts passés, visant un rééquilibrage progressif des 2 500 voies de la ville.
Pour les prochaines années, la commission prévoit d’autres hommages, y compris pour des écoles. Cela consolide Strasbourg comme pionnière en matière d’égalité spatiale.
Les passants, du quai des Pêcheurs aux passerelles rhénanes, foulent désormais un urbanisme réparateur. À Strasbourg, les rues racontent enfin toutes les voix de son histoire.
