Strasbourg lance un programme d’insertion numérique pour les populations défavorisées
Strasbourg a récemment dévoilé un programme municipal d’insertion numérique, conçu pour soutenir les habitants les plus vulnérables tout en luttant contre la fracture numérique. Ce dispositif a pour but de faciliter l’accès aux services en ligne, à l’emploi et à la vie sociale connectée. Conjointement piloté par la Ville et l’Eurométropole, il prévoit la mise en place de nouveaux points d’accueil, le renforcement du réseau de « conseillers numériques » ainsi que des ateliers de formation gratuits d’ici 2026-2027.
Ce programme s’inscrit dans les efforts continus d’initiatives locales pour l’inclusion numérique à Strasbourg
Un dispositif structuré autour de médiation, équipement et formation
Ce programme se décline en trois volets complémentaires : la médiation de proximité assurée par des conseillers numériques, la mise à disposition d’équipements tels que des ordinateurs et tablettes, ainsi que des parcours de formation modulaires adaptés aux publics éloignés du numérique. La Ville a annoncé l’ouverture progressive de huit nouveaux « espaces numériques » dans les quartiers prioritaires — incluant la Meinau, le Neuhof et Koenigshoffen — d’ici la fin du premier semestre 2026.
Ces espaces travailleront en collaboration avec les maisons de quartier et les centres sociaux existants, facilitant ainsi l’accès et l’accompagnement des utilisateurs. Les formations porteront sur des compétences de base, incluant la navigation, la messagerie et les démarches administratives en ligne, l’utilisation d’outils pour accéder à l’emploi comme la création de CV en ligne, ainsi que des sessions dédiées à la sécurité numérique et à la protection des données personnelles. Selon les services municipaux, chaque session pourra accueillir de 8 à 12 personnes pour garantir un suivi personnalisé.
Une attention particulière sera portée sur l’évaluation des compétences acquises par les participants, pour s’assurer que chacun se sente à l’aise avec les outils numériques. À terme, l’objectif est de rendre ces nouveaux usagers autonomes dans leurs démarches, qu’elles soient administratives ou de recherche d’emploi. Pour cela, un suivi post-formation sera mis en place afin d’accompagner les utilisateurs dans leur parcours.
Financement, calendrier et partenariats locaux
Le financement alloué à ce programme est le fruit d’un mix de crédits municipaux, de fonds de l’Eurométropole et d’appels à projets nationaux axés sur l’inclusion numérique. Un soutien est également attendu du programme « Société numérique » de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), porté localement. La municipalité prévoit une enveloppe initiale pluriannuelle pour la période 2026–2028, destinée au recrutement de 15 conseillers numériques et à l’achat d’une centaine de terminaux partagés.
Le calendrier opérationnel prévoit un démarrage de la phase pilote en janvier 2026, avec une montée en charge au printemps et une évaluation publique de l’impact à l’automne 2026. La Ville a indiqué qu’elle collaborera avec des associations locales, telles que les centres sociaux, la Croix-Rouge et le Secours Catholique, ainsi qu’avec des acteurs de l’économie sociale et solidaire et des établissements d’enseignement supérieur comme l’Université de Strasbourg pour mobiliser des volontaires et stagiaires.
Ces partenariats permettront non seulement de renforcer les capacités des conseillers numériques, mais également d’assurer une diversité dans les approches pédagogiques utilisées. La collaboration avec les universités viendra également enrichir le programme, en intégrant une dimension d’apprentissage et de recherche appliquée, bénéfique pour tous les acteurs impliqués.
Contexte local : une fracture numérique réelle à Strasbourg
Les élus de Strasbourg soulignent que, malgré un réseau de fibre largement déployé dans l’agglomération, des inégalités d’accès et d’usage perdurent. Ces inégalités sont particulièrement marquées dans les quartiers classés QPV (Quartiers prioritaires de la politique de la ville). Des constats partagés lors des récentes réunions du Conseil eurométropolitain du numérique responsable ont mis en évidence que de nombreux habitants rencontrent des difficultés pour réaliser des démarches administratives en ligne ou accéder à des offres d’emploi numérisées.
Le nouveau programme vise à répondre à ces besoins concrets en rapprochant les services des habitants et en leur apportant un accompagnement personnalisé. Pour les bénéficiaires, l’impact attendu va au-delà de la simple maîtrise technique : il s’agit de retrouver une autonomie administrative, d’améliorer l’employabilité et de faciliter la participation civique, notamment en accédant aux plateformes municipales et aux services de santé en ligne.
Il est crucial de reconnaître que l’inclusion numérique n’est pas seulement une question d’accès à Internet, mais aussi de compétences et de confiance en soi pour utiliser ces outils. En comblant cette fracture numérique, Strasbourg espère également renforcer le tissu social local et favoriser une plus grande cohésion au sein de ses quartiers.
Témoignages et perspectives des acteurs de terrain
« Nous avons besoin d’espaces où l’on peut poser une question simple et être guidé sans jugement », a déclaré Sophie Martin, animatrice d’un centre social du quartier Neudorf, impliquée dans la co-construction de ce dispositif. Elle ajoute : « La présence d’un conseiller numérique bien formé change tout : certains habitants reprennent confiance et réussissent ensuite à gérer leurs démarches seuls. »
Du côté institutionnel, un adjoint au maire en charge du numérique a précisé que « l’objectif n’est pas seulement d’équiper, mais d’inscrire l’accompagnement dans la durée » et a souligné l’importance d’évaluer l’impact social du programme à travers des indicateurs précis, tels que le nombre d’usagers accompagnés et le taux d’accès aux services en ligne.
Les associations locales accueillent favorablement l’initiative tout en appelant à des garanties, exigeant des moyens stabilisés pour pérenniser les postes de médiateurs et une dotation suffisante pour l’entretien des équipements. « Les projets pilotes sont utiles, mais sans continuité financière, nous risquons de recréer de l’exclusion », avertit un responsable associatif.
Il est donc impératif que la municipalité mette en place des mécanismes de suivi et d’évaluation efficaces pour mesurer l’impact du programme sur le long terme, tout en restant attentive aux besoins exprimés par les usagers afin de s’adapter aux évolutions nécessaires.
Enjeux pratiques et évaluation de l’efficacité
La municipalité a prévu un suivi rigoureux du dispositif, incluant une remontée de données mensuelles depuis les espaces numériques, des enquêtes de satisfaction des usagers et des bilans trimestriels partagés en Conseil métropolitain. Les indicateurs porteront sur le nombre de parcours complétés, la progression des compétences numériques mesurée avant/après et les taux de recours aux services publics en ligne par les personnes accompagnées.
De plus, des séances spécifiques seront proposées aux seniors et aux personnes en situation de handicap, en intégrant des dispositifs d’accessibilité et des contenus adaptés. La Ville a également assuré que l’offre sera ajustée en fonction des retours de terrain ; si des besoins spécifiques émergent, concernant les langues ou les horaires, les contenus seront modifiés en conséquence.
Les retours des utilisateurs seront essentiels pour orienter les évolutions des formations et des services offerts. En adaptant les ressources aux besoins identifiés, la Ville s’assure que le programme répond réellement aux attentes des populations ciblées, contribuant ainsi à une véritable inclusion numérique.
Impacts attendus pour les habitants et pour l’emploi local
À court terme, le programme vise à améliorer l’accès aux services administratifs, bancaires et médicaux numériques pour plusieurs milliers d’habitants des quartiers prioritaires. À moyen terme, l’objectif affiché est de favoriser l’insertion professionnelle de publics éloignés de l’emploi en rendant possibles des candidatures en ligne, des entretiens en visio et l’accès à des formations qualifiantes. De plus, l’embauche locale de 15 conseillers numériques constitue également une création d’emplois directs sur le territoire.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large portée par Strasbourg en 2025 autour du numérique d’intérêt général, thème repris par des événements nationaux accueillis par la ville, comme l’édition 2025 de Numérique en Commun[s] qui s’est tenue au Palais Universitaire, mettant en avant l’émancipation numérique des citoyens. Les acteurs locaux espèrent que ce cadre national renforcera les financements et les bonnes pratiques à partager.
En facilitant l’accès à l’information et en offrant des ressources adéquates, Strasbourg aspire à créer un environnement propice à l’innovation sociale et à la dynamisation de son tissu économique local.
Questions en suspens et attentes des habitants
Plusieurs points restent à clarifier : le montant exact de l’enveloppe municipale, les modalités précises d’accès et les engagements à long terme pour garantir la maintenance des équipements. Les associations réclament également des indicateurs transparents et une gouvernance partagée pour co-piloter le dispositif avec les habitants.
Les premières sessions pilotes, prévues dès janvier 2026, seront suivies de près par les professionnels du social et les habitants. Cet examen constituera un test clé de la capacité de la Ville à transformer une volonté politique en services concrets et durables. Pour beaucoup d’entre eux, garantir un accès équitable au numérique est essentiel pour permettre à chacun de participer pleinement à la vie sociale, économique et civique de Strasbourg.
