Strasbourg officialise la féminisation de quarante rues et espaces publics pour valoriser des parcours inspirants de femmes locales

Strasbourg officialise la féminisation de quarante rues et espaces publics

Strasbourg a inauguré ce 11 janvier 2026 une quarantaine de rues et espaces publics renommés en hommage à des femmes inspirantes. Cette décision, adoptée à l’unanimité par le conseil municipal le 29 septembre précédent, marque une étape majeure dans la politique féministe de la ville.

La maire écologiste Jeanne Barseghian, à la tête d’une municipalité autoproclamée « ville féministe » depuis son élection, porte cette initiative depuis mi-mandat. Près de 200 lieux honorent désormais des personnalités féminines, soit 20 % du total des dénominations, contre 16 % en 2021. Ces changements s’inscrivent dans un processus plus large, comme les nouveaux parcours artistiques prévus dans les quartiers.

Une commission dédiée pour choisir les figures féminines

La commission de dénomination, pilotée par Anne Mistler, adjointe à la Culture, réunit élus, historiens et habitants. Elle a sélectionné quarante noms mêlant figures locales et internationales, comme l’astronome américaine Henrietta Leavitt, la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum ou l’écrivaine Toni Morrison, dont les œuvres continuent d’inspirer des générations.

Parmi les Strasbourgeoises mises en lumière, Berthe Diebolt-Sieffer, épicière de la Coopé et pionnière au conseil municipal en 1945, donne son nom à une allée. La passerelle Rosa Luxemburg ou les hommages à Élisabeth Vigée Le Brun, portraitiste de Marie-Antoinette, ancrent aussi ces histoires dans le paysage urbain, rappelant l’importance de ces femmes dans l’histoire locale.

Anne Mistler insiste sur l’importance de cette visibilité : « Faire connaître ce qu’elles ont apporté à la vie collective ». Ces choix visent à rééquilibrer une toponymie dominée par les hommes, rendant les femmes « visibles dans l’espace public » et encourageant ainsi un dialogue sur les contributions féminines à la société.

Contexte géographique et impact sur les quartiers

Les quarante nouveaux noms s’étendent sur neuf quartiers de la ville, de Neudorf à Cronenbourg, en passant par le centre-ville et les bords de l’Ill. Des passerelles, allées et places oubliées deviennent des hommages concrets, comme l’allée Berthe Diebolt-Sieffer dans un quartier ouvrier, redonnant vie à des espaces souvent négligés.

Pour les habitants du Robertsau ou de la Krutenau, ces changements transforment le quotidien. Une mère de famille du Neudorf confie : « Mes enfants grandiront en voyant des noms de femmes fortes sur les plaques, ça change la perception de l’histoire locale ». Les riverains saluent cette évolution, qui préserve l’identité alsacienne tout en l’enrichissant, créant un sentiment d’appartenance à une histoire partagée.

Cette féminisation s’inscrit dans un mouvement plus large. Strasbourg, capitale européenne nichée entre Rhin et Vosges, utilise son espace public pour promouvoir l’égalité. Cela s’aligne sur les programmations culturelles 2025-2026 dédiées aux artistes femmes méconnues, soulignant l’engagement de la ville envers l’égalité des sexes dans tous les aspects de la société.

Perspectives des élus et des habitants

Adoptée à l’unanimité, l’initiative transcende les clivages. Hülliya Turan, adjointe à l’Éducation, souligne : « Ces figures témoignent d’une même exigence : bâtir une société plus juste ». Même le premier adjoint Syamak Agha Babaei, dans un débat connexe, défend l’accès des femmes à l’espace public, témoignant d’un consensus sur l’importance de cette démarche.

Les habitants interrogés dans les rues de la Petite France expriment un soutien massif. Un retraité de l’Esplanade note : « C’est normal, nos rues racontaient que des histoires d’hommes. Là, on rend justice aux mères, aux résistantes locales ». Seuls quelques murmures critiquent un « excès de politiquement correct », mais le consensus domine, révélant une volonté collective de réécrire l’histoire locale.

Cette démarche répond à une demande citoyenne. Depuis 2021, la proportion de noms féminins grimpe régulièrement, reflétant une sensibilité accrue aux inégalités historiques dans cette ville étudiante et cosmopolite, où les enjeux d’égalité sont de plus en plus au cœur des préoccupations publiques. Des initiatives locales pour l’inclusion des jeunes illustrent également le dynamisme de la société strasbourgeoise.

Implications pour la communauté strasbourgeoise

Pour les 300 000 Strasbourgeois, ces plaques deviennent des outils pédagogiques. Les écoles du quartier Gare, par exemple, intègrent déjà ces figures dans leurs programmes, inspirant les élèves à explorer des parcours comme celui de Berthe Diebolt-Sieffer, élue en 1945 au cœur de la reconstruction d’après-guerre, et fournissant un modèle positif aux jeunes générations.

Les associations féministes locales, comme celles actives dans la Culture au féminin, applaudissent. Cette initiative booste la visibilité des militantes oubliées, renforçant le sentiment d’appartenance pour les femmes de tous âges et origines dans une ville marquée par son multiculturalisme et sa diversité, et encourageant une plus grande participation des femmes dans la vie publique.

Les implications vont au-delà des noms. En valorisant des résistantes ou intellectuelles locales, Strasbourg tisse un récit inclusif, essentiel dans un contexte européen où l’égalité des genres reste un enjeu fondamental pour la société. Cela offre une nouvelle perspective sur l’histoire et la culture locales, obligeant chacun à revisiter ses propres récits.

Défis et prolongements attendus

La féminisation progresse « lentement mais sûrement », comme le note la presse locale. Avec 20 % de noms féminins, la ville vise l’équilibre, mais des centaines de rues restent à renommer. La commission prévoit déjà une prochaine vague pour 2027, marquant un engagement continu vers une toponymie plus équitable.

Certaines personnes s’interrogent sur le coût : pose de plaques, signalétique, GPS à mettre à jour. La mairie assure un budget modéré, financé par des économies sur d’autres projets urbains, priorisant l’impact symbolique pour les résidents tout en naviguant les contraintes financières inhérentes.

Réactions culturelles et sociétales

Cette officialisation coïncide avec les programmations 2025-2026 de Strasbourg Culture, réhabilitant des artistes femmes. Des expositions temporaires sur Rosa Luxemburg ou Oum Kalthoum animeront bientôt les nouveaux espaces, attirant touristes et locaux, tandis que des événements culturels mettront en lumière l’importance de ces figures historiques.

Pour les jeunes Strasbourgeoises, comme celles du quartier des Droits de l’Homme, c’est un signal fort. Une lycéenne de la Faculté des Sciences explique : « Voir mon quartier porter des noms de femmes qui ont lutté, ça me motive pour l’avenir ». La ville devient ainsi un laboratoire de mémoire inclusive, incitant les jeunes à prendre conscience de leur héritage et de leurs possibilités d’engagement.

Les enjeux locaux sont clairs : renforcer la cohésion dans une métropole où diversité rime avec défis. En honorant ces quarante figures, Strasbourg non seulement corrige un oubli historique, mais forge un espace public plus juste pour tous ses habitants, créant de nouvelles opportunités de participation et d’engagement pour l’ensemble de la communauté.