À Strasbourg, des projets innovants au service du lien social en 2025
Strasbourg aborde l’année 2025 avec une ambition affichée : faire de la cohésion sociale un fil conducteur de ses politiques publiques comme de ses initiatives citoyennes. Dans une Eurométropole marquée par de fortes inégalités entre centre-ville, quartiers populaires et secteur transfrontalier, une série de projets portés par des personnalités engagées entend répondre très concrètement aux fractures sociales, numériques et territoriales.
Des ateliers collaboratifs dans les quartiers à la production de logements accessibles, en passant par l’éducation à la citoyenneté des collégiens et la défense de l’économie sociale et solidaire, ces actions redessinent progressivement le quotidien des habitants. Elles reposent sur un constat partagé : la cohésion sociale n’est plus un supplément d’âme, mais une condition de stabilité et d’attractivité du territoire. Pour en savoir plus sur ces efforts, consultez l’article sur les initiatives locales.
Des ateliers collaboratifs et de la médiation numérique au cœur des quartiers
À l’échelle des quartiers strasbourgeois, 2025 voit la montée en puissance d’initiatives de proximité centrées sur la participation des habitants. Un programme d’« ateliers collaboratifs et de médiation numérique », lancé progressivement depuis fin 2024, est ainsi déployé dans plusieurs maisons de quartier et centres sociaux, notamment dans l’Eurométropole Est et les quartiers populaires de Hautepierre, Neuhof et Port du Rhin. Ces ateliers proposent des formations gratuites à l’usage des outils numériques, des espaces de co-création de projets citoyens et des permanences d’entraide administrative.
L’objectif est double : réduire la fracture numérique, accentuée par la dématérialisation des services publics, et recréer du lien entre des habitants qui partagent le même territoire mais se croisent peu. « On a des personnes âgées qui viennent avec leur téléphone, des collégiens qui aident des parents pour des démarches en ligne, et des voisins qui se rencontrent pour la première fois », explique ainsi une médiatrice numérique du dispositif. Selon les porteurs du projet, près de 800 habitants pourraient être accompagnés en 2025 sur l’ensemble de la ville.
Ces initiatives doivent également favoriser l’inclusion des populations les plus éloignées du numérique. La médiation numérique permet non seulement d’accéder à des services essentiels, mais aussi de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté. Ces efforts s’inscrivent dans un cadre plus large où l’innovation sociale est encouragée afin d’améliorer la qualité de vie des résidents.
Des personnalités de terrain en première ligne
Ces ateliers sont souvent impulsés par des figures locales déjà bien connues du tissu associatif ou des conseils de quartier. À la Meinau, par exemple, une ancienne professeure de français devenue médiatrice interculturelle coordonne un cycle de rencontres intitulé « Récits de quartier », où les habitants réalisent des podcasts et des expositions photo sur la mémoire des lieux. À Cronenbourg, un collectif de jeunes entrepreneurs issus du quartier anime des sessions d’initiation au codage pour les 12-16 ans.
« On n’est pas là pour faire à la place des habitants, mais pour créer les conditions pour qu’ils prennent la parole et l’espace », souligne l’un des coordinateurs associatifs. En privilégiant cette logique d’animation plutôt que de simple prestation de services, les porteurs de projet espèrent installer une dynamique durable, qui dépasse les calendriers de subventions.
Ces personnalités portent un rôle crucial dans la mobilisation des habitants, agissant en tant que catalyseurs de changement. Leur engagement ne se limite pas à l’animation des ateliers, mais s’étend à la création de réseaux de solidarité et à la promotion de l’entraide entre les résidents, renforçant ainsi la résilience des quartiers. Découvrez d’autres personnalités engagées.
Logement : un levier majeur de mixité sociale
Au-delà des initiatives de quartier, la cohésion sociale passe aussi par la manière de produire et de répartir le logement sur le territoire. Strasbourg a été désignée en 2024 comme l’un des 22 territoires retenus par l’État dans le programme national « Territoires engagés pour le logement ». Dans ce cadre, l’Eurométropole a signé en août 2024 une convention avec l’État, CDC Habitat et la SPL Deux-Rives afin d’accélérer la production de logements d’ici 2027.
Doté de 5 millions d’euros, ce programme doit soutenir huit projets dans le secteur des Deux-Rives, sur la rive du Rhin, pour un total de 516 logements, dont 218 logements sociaux, avec des premières livraisons attendues dès fin 2025. « C’est un signal fort pour répondre à la crise du logement, tout en favorisant la mixité sociale et la qualité urbaine », soulignent conjointement Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole, et Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg. Dans ce secteur en pleine transformation, entre le Port du Rhin et le quartier du Danube, l’enjeu est de concilier développement urbain, accessibilité des loyers et vie de quartier.
La réflexion sur la mixité sociale implique également une consultation régulière des habitants. Les projets de logement ne doivent pas seulement se conformer à des normes architecturales; ils doivent aussi refléter les besoins et les aspirations des communautés locales. C’est pourquoi les réunions publiques et les forums de discussion sont essentiels pour engager la population dans ce processus.
Un projet urbain sous surveillance citoyenne
Ces nouveaux logements, situés à proximité de la frontière allemande et des transports en commun, doivent aussi intégrer des espaces partagés : jardins collectifs, locaux associatifs, rez-de-chaussée actifs. Plusieurs collectifs d’habitants et associations veillent déjà à ce que les équipements de proximité (crèches, commerces, espaces culturels) soient au rendez-vous. « Construire des logements, ce n’est pas suffisant. Si nous voulons éviter des quartiers-dortoirs, il faut penser la vie sociale dès le départ », insiste une militante du secteur des Deux-Rives.
Pour des habitants qui peinent à se loger dans le centre historique ou la Petite France, ces programmes sont perçus à la fois comme une opportunité et une source d’inquiétude. Certains redoutent une hausse des prix dans l’ensemble du secteur, d’autres craignent que les logements sociaux soient concentrés dans certaines zones. Les porteurs du projet, eux, mettent en avant une « dynamique partenariale et territoriale » associant bailleurs, ville et collectifs d’habitants pour ajuster les projets au fil de l’eau.
La participation active des citoyens dans le suivi de ces projets contribue également à une meilleure acceptation des initiatives. En s’assurant que les bénéfices des nouvelles constructions profitent à tous, la communauté peut garantir une répartition équitable des ressources et des opportunités.
La jeunesse au cœur : éducation à la citoyenneté et lutte contre le décrochage
La cohésion sociale se joue aussi dans les collèges de Strasbourg, notamment dans les quartiers classés en Réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP+). L’association LifeTime Projects mène depuis plusieurs années un programme d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale à destination des 11-15 ans, et prévoit de renforcer ce dispositif en 2025. Chaque année, plus de 500 jeunes des quartiers prioritaires de Strasbourg, comme Jura-Citadelle et Spach-Rotterdam, sont accompagnés vers l’engagement citoyen.
Le programme repose sur une pédagogie participative en trois phases, visant à prévenir le décrochage scolaire, renforcer la santé mentale et développer la confiance en soi des adolescents. Ateliers de débat, projets collectifs et échanges internationaux permettent aux collégiens de se projeter au-delà de leur quartier. « Grâce aux ateliers de LifeTime Projects, j’ai repris confiance en moi et je m’imagine un avenir meilleur », témoigne Aimed, collégien strasbourgeois suivi en 2024.
Cette approche intégrative s’avère cruciale pour développer l’épanouissement personnel des jeunes. En leur fournissant une plateforme pour exprimer leurs opinions et idées, on les prépare à devenir des citoyens responsables et engagés. Les activités proposées encouragent également la créativité et l’innovation, permettant aux jeunes de prendre des initiatives dans leur communauté.
Des animateurs engagés comme modèles de proximité
Ces ateliers sont animés par des éducateurs populaires, des psychologues et des bénévoles souvent originaires des mêmes quartiers que les participants. Leur rôle dépasse l’animation ponctuelle : ils assurent un suivi sur l’année, dialoguent avec les familles et travaillent en lien avec les équipes éducatives des établissements. Dans certains collèges, ils sont identifiés par les élèves comme des adultes « ressources », vers qui se tourner en cas de difficultés.
Les porteurs du projet insistent sur l’impact mesurable de leurs actions : amélioration de la participation en classe, baisse des signalements d’absentéisme, mais aussi création de mini-projets citoyens – nettoyage de berges de l’Ill, actions de sensibilisation dans les HLM, expositions sur les discriminations. À l’échelle de Strasbourg, ces micro-initiatives contribuent à retisser des liens entre jeunes, institutions scolaires et habitants.
Par ailleurs, la valorisation des compétences des animateurs joue un rôle clé dans l’engagement des jeunes. Les liens tissés entre les adultes et les adolescents favorisent un climat de confiance, essentiel pour encourager la participation active et le développement de compétences sociales au sein de la jeunesse.
Le monde associatif, pilier menacé mais mobilisé
Strasbourg dispose d’un tissu associatif particulièrement dense, qui joue un rôle central dans l’animation sociale des quartiers, l’accueil des publics précaires et l’organisation d’événements culturels. Le 11 octobre 2025, plus de 300 acteurs associatifs se sont rassemblés place de la République, en plein centre-ville, répondant à un appel national de mobilisation. Ils entendaient alerter sur la fragilisation de leurs structures face aux contraintes budgétaires et à la réduction de certaines subventions.
La municipalité et l’Eurométropole rappellent de leur côté leur engagement à soutenir ce monde associatif, en adaptant les critères d’aides et en favorisant le financement pluriannuel pour les projets à fort impact social. Mais sur le terrain, beaucoup de responsables associatifs craignent de ne plus pouvoir assurer leurs missions dans la durée. « On est devenus indispensables au bon fonctionnement du territoire, mais notre modèle économique reste précaire », résume un directeur de centre social de la Krutenau.
Cette précarité met également en lumière la nécessité d’une plus grande solidarité entre les structures, qui doivent collaborer pour mutualiser les ressources et les initiatives. La réinvention des pratiques associatives est donc essentielle pour assurer la pérennité des projets au bénéfice des habitants.
L’économie sociale et solidaire en première ligne
La tension est particulièrement forte pour les structures de l’économie sociale et solidaire (ESS). Des coupes budgétaires annoncées au niveau national menacent directement la pérennité de projets emblématiques, comme le Kaleidoscoop au Port du Rhin, espace hybride mêlant restauration, culture et initiatives citoyennes. Pour la Ville de Strasbourg, qui s’est positionnée depuis plusieurs années comme un territoire de référence de l’ESS, la défense de ces projets devient un enjeu politique autant que social.
Les porteurs de ces lieux, souvent des entrepreneurs sociaux et des collectifs d’habitants, mettent en avant le rôle de ces espaces tiers dans la création de lien social. Cafés associatifs, friperies solidaires, ateliers de réparation, lieux culturels participatifs : autant de dispositifs où se rencontrent étudiants, familles du quartier, nouveaux arrivants et travailleurs frontaliers. « Sans ces lieux, la ville perd en convivialité, mais aussi en capacité à intégrer les plus fragiles », estime une militante de l’ESS strasbourgeoise.
Il est crucial, dans ce contexte, de mobiliser l’opinion publique pour la protection et la pérennité de ces initiatives locales. Les témoignages des bénéficiaires et des acteurs de l’ESS montrent à quel point ces espaces sont essentiels pour la dynamique sociale et le vivre-ensemble, et constituent souvent des modèles d’innovation durable que d’autres territoires pourraient envisager d’adopter.
Des financements ciblés pour soutenir l’attractivité solidaire du territoire
Face à ces enjeux, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) a réaffirmé, pour 2025, sa volonté de rester présente auprès de ses partenaires dans le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg, malgré un contexte budgétaire qualifié de « contraint ». À travers le Fonds Attractivité Alsace, la CEA soutient des projets visant à renforcer l’image et l’attractivité du territoire, mais aussi à structurer des filières locales, notamment dans le champ de l’économie sociale, de la culture et du tourisme responsable.
Selon la collectivité, ces financements doivent permettre de consolider des initiatives qui combinent rayonnement extérieur et retombées locales : événements culturels ouverts à tous, actions de promotion de la langue et de la culture alsaciennes, projets transfrontaliers avec l’Allemagne. Pour les porteurs de projets strasbourgeois, il s’agit aussi de faire reconnaître que l’attractivité d’un territoire ne se mesure pas uniquement en termes économiques, mais aussi par la qualité du vivre-ensemble.
Cette approche souligne l’importance d’un développement harmonieux qui préserve le patrimoine culturel tout en favorisant l’innovation. En intégrant avec soin la dimension sociale dans ces projets, Strasbourg peut se positionner comme un modèle à suivre pour d’autres métropoles en quête d’une attractivité durable.
Une cohésion sociale en construction, au plus près du quotidien des habitants
Dans les rues de Strasbourg – des quais de l’Ill au quartier de l’Esplanade, des tours de Hautepierre aux friches réaménagées des Deux-Rives – ces politiques et ces initiatives se traduisent par des changements parfois discrets, mais perceptibles pour les habitants. Une permanence de médiation numérique dans une bibliothèque de quartier, un atelier de théâtre-forum dans un collège, une réunion publique sur un nouveau programme de logements, un café associatif qui évite à des personnes isolées de rester seules chez elles.
Si les tensions budgétaires et les inégalités demeurent, la multiplication de projets portés par des personnalités engagées – élus, médiateurs, éducateurs, entrepreneurs sociaux, bénévoles – montre que la cohésion sociale n’est pas qu’un slogan institutionnel. À Strasbourg, en 2025, elle se construit jour après jour, au plus près du quotidien des habitants, dans un dialogue parfois conflictuel mais résolument tourné vers la recherche de solutions locales. Pour beaucoup de Strasbourgeois, c’est là que se joue l’avenir de leur ville.
Ces dynamiques, bien que confrontées à des défis, portent en elles l’espoir d’un avenir où le lien social sera renforcé, contribuant à une société plus inclusive et solidaire. La route est encore longue, mais chaque initiative, chaque projet, chaque rencontre jette les bases d’une cohésion sociale pérenne qui profitera à tous.
