Musica 2025 : Strasbourg se prépare à six semaines de créations sonores
Le Festival Musica revient à Strasbourg du 19 septembre au 5 octobre 2025 avec une programmation foisonnante d’une cinquantaine de concerts, performances et installations dédiés aux musiques d’aujourd’hui. Pensé comme un « laboratoire du son », l’événement compte multiplier les formes, allant des grandes soirées symphoniques aux expériences immersives mêlant intelligence artificielle et arts visuels. Au-delà de son rayonnement international, l’édition 2025 entend renforcer encore ses liens avec les habitant·es de l’Eurométropole.
Selon la programmation annoncée, l’édition 2025 proposera plus de cinquante rendez-vous: concerts, spectacles scéniques, installations, expositions sonores, projections et rencontres avec les artistes. Plusieurs créations mondiales, commandées spécialement par le festival, constitueront le fil rouge de cette édition. Festival Musica 2025 à Strasbourg
Un festival au cœur de la ville
Fondé en 1982, Musica s’est imposé comme l’un des principaux festivals de musique contemporaine en Europe, attirant chaque automne à Strasbourg des compositeurs, interprètes, programmateurs et critiques venus du monde entier. Pendant un peu plus de deux semaines, la ville se transforme en scène à ciel ouvert pour des créations contemporaines, expérimentales, électroacoustiques et interdisciplinaires.
Les concerts et performances se déploient dans la plupart des grands lieux culturels strasbourgeois : Opéra national du Rhin, Théâtre national de Strasbourg, La Laiterie, Maillon, Palais des Fêtes, églises et salles de quartier. Ces allers-retours entre centre historique, Neustadt et quartiers plus périphériques permettent au festival de toucher un public varié, des étudiants de l’université aux familles habitant la première couronne.
Une cinquantaine d’événements, de la création mondiale à l’installation sonore
Parmi les temps forts, Musica mettra l’accent sur les formes hybrides, où la musique dialogue avec la vidéo, la performance, le théâtre ou les nouvelles technologies. Une exposition-installation comme Thunder Sheet Machine de Johannes Kreidler, présentée à la Chaufferie de la Haute école des arts du Rhin (HEAR) entre le 20 septembre et le 4 octobre, illustrera cette volonté de faire sortir la musique des cadres strictement concertants.
Le pari de l’innovation : intelligence artificielle, immersion et transdisciplinarité
L’une des œuvres les plus commentées avant même l’ouverture est Eternal Dawn, création d’Alexander Schubert avec le Decoder Ensemble, programmée au Maillon sur plusieurs soirées. Cette performance immersive explore les frontières entre humain et machine, en intégrant intelligence artificielle, dispositifs interactifs et scénographie numérique.
« Musica doit rester un espace où l’on peut tester ce qui n’existe pas encore dans les salles de concert traditionnelles », résume un membre de l’équipe artistique du festival. En misant sur des projets qui intègrent IA, vidéo en temps réel ou spatialisation du son, la manifestation se positionne comme une vitrine des expérimentations à l’œuvre dans la création musicale européenne.
Kronos Quartet, Anna Calvi et les grandes signatures internationales
Comme chaque année, le festival pourra compter sur la présence d’ensembles et d’artistes de premier plan. Le Kronos Quartet, formation emblématique de la musique contemporaine américaine, est attendu à l’Opéra national du Rhin pour un programme mêlant créations récentes et œuvres engagées, ainsi qu’à l’église Saint-Paul pour un second concert autour de répertoires méditatifs et de nouvelles pièces commandées.
La scène de l’Opéra accueillera également une soirée très attendue, In Dreams: David Lynch Revisited, hommage musical à l’univers du cinéaste, réunissant notamment la chanteuse et compositrice Anna Calvi et le musicien Mick Harvey. Ce concert, situé à la croisée du rock indépendant, de la musique de film et de l’expérimental, illustre le parti pris de Musica de décloisonner les genres pour attirer un public élargi.
Des lieux emblématiques, de la cathédrale aux salles alternatives
Si la plupart des grandes soirées se tiennent dans les institutions reconnues de la ville, Musica investit également des espaces plus atypiques, en particulier dans le quartier de la Krutenau, à la HEAR – Manufacture, ou encore au cinéma Le Cosmos pour des projections et ciné-concerts. Cette constellation de lieux permet de dessiner une véritable carte sonore de Strasbourg, du parvis de la cathédrale aux rives de l’Ill.
Pour les Strasbourgeois·es, cette dispersion géographique se traduit par une accessibilité accrue: certains spectacles sont programmés en matinée dans des lieux facilement atteignables en tram ou à vélo, tandis que des formats plus courts et tardifs, parfois en entrée libre, sont proposés pour les publics qui sortent du travail ou des cours. « On peut finir sa journée à la fac et filer à un concert de musique électroacoustique à deux arrêts de tram, c’est assez unique », témoigne un étudiant rencontré sur le campus de l’Esplanade.
Retombées locales : économie culturelle, tourisme et vie de quartier
Avec plusieurs dizaines de spectacles et la venue de nombreux artistes internationaux, Musica génère des retombées économiques significatives pour la ville : hôtellerie, restauration, transports, mais aussi librairies, disquaires et petites structures culturelles qui organisent des événements parallèles. Certains hôtels, notamment dans les quartiers de la Gare et de la Petite France, ont déjà intégré le festival dans leurs offres de séjour automnal.
Pour les commerces de proximité, l’enjeu est de capter cette fréquentation supplémentaire. « Dès que Musica commence, on voit arriver une clientèle différente, parfois avec des partitions sous le bras, qui demande où écouter de la musique le soir », raconte le gérant d’un café proche de la place de la République. Dans plusieurs quartiers, les associations locales profitent de la dynamique pour organiser ateliers, rencontres ou apéros-concerts en marge de la programmation officielle.
Un festival pensé aussi pour les habitants
Conscient de son image parfois « exigeante », le festival multiplie les dispositifs d’accompagnement du public: rencontres avec les artistes, séances de médiation avant les concerts, parcours guidés pour les lycéens et tarifs réduits pour les étudiants, les demandeurs d’emploi et les publics éloignés de l’offre culturelle. L’objectif affiché est de faire de Musica non seulement un rendez-vous d’experts, mais aussi un moment partagé à l’échelle de la métropole.
« On tient à ce que les Strasbourgeois se sentent chez eux dans le festival, même s’ils ne connaissent pas les compositeurs au programme », insiste un médiateur culturel associé à l’événement. Des collaborations sont d’ailleurs prévues avec des écoles de musique, des conservatoires de l’Eurométropole et des structures socio-culturelles de Neudorf, de Hautepierre ou de la Meinau, afin d’amener la création contemporaine au plus près des habitants.
Un rendez-vous ancré dans le calendrier culturel strasbourgeois
Inscrit à la suite des grandes manifestations estivales comme la Fête de la Musique ou le festival des arts de la rue (FARSe), Musica marque chaque année la transition entre l’été et la rentrée culturelle à Strasbourg. Sa présence régulière, depuis plus de quarante ans, a contribué à ancrer la ville dans le réseau européen des capitales musicales contemporaines, au même titre que Donaueschingen, Witten ou Huddersfield.
Pour les résidents comme pour les visiteurs, la période allant du 19 septembre au 5 octobre 2025 s’annonce donc dense : entre promenades au bord des canaux, découverte du patrimoine et soirées de musique expérimentale, Strasbourg entend faire vibrer ses quartiers au rythme des sons d’aujourd’hui. « Ici, on peut passer d’un motet médiéval entendu à la cathédrale à une performance avec intelligence artificielle le même soir. C’est cette diversité qui fait l’identité de Musica », résume une habituée du festival qui ne manque aucune édition depuis une dizaine d’années. Festival Musica 2025 à Strasbourg propose une programmation innovante
