Élections municipales 2026 à Strasbourg : les enjeux de mobilité et transports au cœur des débats
Strasbourg se prépare à élire son conseil municipal les 15 et 22 mars 2026. Au cœur de la campagne électorale animée, les questions de mobilité et de transports s’imposent, influençant directement le quotidien des 290 000 habitants de l’Eurométropole. Pour 2025, l’Eurométropole de Strasbourg prévoit un plan de mobilité ambitieux.
La maire sortante Jeanne Barseghian (Les Écologistes), élue en 2020 avec 46,96 % des voix au second tour, se présente à nouveau. Elle défend un bilan basé sur la piétonnisation du centre-ville et l’augmentation des pistes cyclables, qui sont passées de 200 à 350 kilomètres en six ans.
Cependant, ces choix suscitent des critiques. Les automobilistes des quartiers périphériques tels que Hautepierre ou Cronenbourg se plaignent de la congestion sur le boulevard de la Victory aux heures de pointe.
Les candidats en lice et leurs visions de la mobilité
Jeanne Barseghian : l’écologie en pole position
Jeanne Barseghian propose une Strasbourg à 30 km/h généralisés et la gratuité des transports en commun d’ici 2030. « La mobilité douce n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour notre santé et notre planète », a-t-elle déclaré lors d’un meeting en janvier 2026.
Son mandat a permis le prolongement du tramway B jusqu’à Lingolsheim, transportant ainsi 120 000 passagers par jour. Cependant, les critiques mettent en avant des bus surchargés et un stationnement payant élargi, passant de 2 à 4 euros l’heure dans le hypercentre. Pour 2025, des transports en commun innovants sont également prévus.
Les habitants du Neudorf apprécient les vélos en libre-service, mais déplorent les vols fréquents et le manque de protection en hiver alsacien.
Alain Fontanel et la droite : fluidifier le trafic automobile
Alain Fontanel, tête de liste « Unis pour Strasbourg » avec 34,96 % des intentions de vote au premier tour selon les derniers sondages, souhaite un retour à la voiture. Il veut créer 5 000 places de stationnement supplémentaires d’ici 2030.
« Strasbourg étouffe sous les ZFE et les sens uniques. Il faut des axes rapides pour les familles qui habitent en banlieue », soutient ce proche de Renaissance, critiquant le temps nécessaire pour traverser la Krutenau à vélo.
Son projet inclut le renforcement d’une rocade sud et des navettes électriques reliant l’aéroport de Strasbourg-Entzheim, qui accueille 1,5 million de passagers annuels. Les riverains de Robertsau accueillent favorablement cette initiative, fatigués par les inondations printanières qui perturbent le transport fluvial sur l’Ill.
Catherine Trautmann : l’expérience au service des usagers
L’ancienne maire socialiste Catherine Trautmann, créditée de 23,33 % des voix, revient avec « Faire Ensemble Strasbourg ». Elle fait valoir son expérience, étant celle qui a lancé le tramway A en 1994, transformant les déplacements en ville.
« Les transports doivent être inclusifs, pas punitifs. Je propose un abonnement unique à 30 euros par mois pour tous », souligne-t-elle, soutenue par une partie du PS et des personnalités comme Paul Meyer.
Son plan inclut l’ajout de 10 bus à hydrogène pour les lignes vers Ostwald et une application permettant de réserver des covoiturages solidaires dans l’Eurométropole. À Koenigshoffen, les seniors jugent cette idée favorable, notamment avec des arrêts de bus éloignés de 800 mètres.
Les petites listes et les outsiders : des propositions audacieuses
Florian Kobryn (La France insoumise), ingénieur des ponts et chaussées, présente une « liste de combat » composée de 65 colistiers engagés. Il prône la gratuité totale des transports publics dès 2027, financée par une taxation des SUV.
« Les riches roulent en 4×4, les prolos attendent le bus sous la pluie. C’est intolérable », déclare-t-il, soutenu par le député Emmanuel Fernandes. Sa liste comprend des candidats aux parcours variés, comme Benjamin Kuntz, pâtissier du centre-ville.
Jean-Philippe Vetter (Les Républicaires), 44 ans, qui avait obtenu 18 % des voix en 2020, suggère la création de parkings-relais géants en périphérie, reliés par un tramway express. « Aimer Strasbourg, c’est la rendre accessible à tous », affirme-t-il.
Clément Soubise (NPA-Révolutionnaire), cheminot de 37 ans, va encore plus loin : il prévoit la réquisition de logements vacants pour héberger les chauffeurs de bus et une extension gratuite des services publics. Mohamed Sylla (Utiles 67) propose un cahier de doléances citoyen pour construire ensemble les lignes de BHNS (bus à haut niveau de service).
Virginie Joron (Rassemblement national) critique l’immigration qui « surcharge les transports », tandis que Pierre Jakubowicz (Horizons-Renaissance) défend l’utilisation de smart grids pour optimiser le trafic en temps réel.
Contexte historique : une ville pionnière en mutation
Strasbourg, capitale alsacienne et siège du Parlement européen, a toujours été à la pointe de l’innovation. En 2014, Roland Ries (PS) avait battu Fabienne Keller (UMP) en obtenant 46,96 % au second tour, après un combat serré au premier tour (31,24 % contre 32,93 %).
Depuis 2020, la piétonnisation de la place Kléber a réduit le trafic de 30 %, mais a augmenté les nuisances sonores des trottinettes électriques dans les ruelles médiévales. La ZFE (zone à faibles émissions) instaurée en 2022 interdit les véhicules diesels anciens, affectant environ 40 000 véhicules locaux.
L’Eurométropole, qui compte 400 000 habitants, enregistre 60 % de déplacements effectués en modes doux, un record en France. Les grèves de la CTS (Compagnie des Transports Strasbourgeois) en 2025 ont cependant mis en exergue la vulnérabilité du réseau.
Enjeux locaux : pollution, équité et qualité de vie
La pollution de l’air, marquée par 25 jours de dépassements des normes PM10 en 2025, impacte la santé des Strasbourgeois. Les transports contribuent à hauteur de 40 % des émissions de CO2, selon les données municipales.
Dans des quartiers populaires comme la Meinau, les résidents réclament davantage de lignes directes vers l’hôpital de Hautepierre afin d’éviter des correspondances fastidieuses. Les familles monoparentales, qui représentent 25 % des ménages, rencontrent des difficultés avec des poussettes sur des pistes cyclables étroites.
L’achèvement du Grand Contournement Ouest (GCO) en 2023 a détourné une partie du trafic, mais les bouchons demeurent sur l’A35. Les vélos cargo, subventionnés à 500 euros, attirent de plus en plus d’utilisateurs, bien que les cyclistes enregistrent 150 accidents par an.
Perspectives : quel avenir pour les Strasbourgeois ?
À 55 jours du premier tour, les discussions s’intensifient. Une coalition post-électorale pourrait envisager une combinaison entre la gratuité des bus (Barseghian et Kobryn) et les parkings intelligents (Fontanel et Vetter), bien que des tensions entre la gauche et la droite pourraient entraver le processus.
Pour les habitants de l’Orangerie ou du Contades, habitués aux terrasses piétonnes, le statu quo est attrayant. En revanche, les frontaliers rhénans, au nombre de 100 000 chaque jour, demandent des ponts élargis sur le Rhin.
La campagne met en lumière une ville divisée : écologistes urbains contre automobilistes périurbains. Le futur vainqueur devra réconcilier ces deux mondes pour assurer une mobilité efficace et équitable. Les enjeux dépassent les clivages partisans. À Strasbourg, la question de la mobilité ne concerne pas uniquement des aspects techniques : elle représente l’identité d’une métropole européenne confrontée aux embouteillages et aux besoins de déplacements.
