La Ville de Strasbourg crée une Société publique locale pour gérer le stationnement et réinvestir les recettes dans des politiques innovantes dès décembre 2025

Strasbourg reprend la main sur le stationnement avec Parcus+ voirie

À Strasbourg, la gestion du stationnement payant sur voirie a été transférée sous contrôle public à compter du 1er décembre 2025. La nouvelle Société publique locale (SPL) Parcus+ voirie remplace l’entreprise privée Streeteo-Indigo, mettant ainsi un terme à un contrat de huit ans. Cette décision, adoptée en juin 2024 par le conseil municipal et l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), vise à centraliser une activité qui génère environ 15 millions d’euros par an.

Les agents de terrain ainsi que la voiture-radar ont été intégralement intégrés à Parcus+ voirie. La SPL est détenue à 95 % par la Ville de Strasbourg et à 5 % par l’EMS, et opérera pour une durée de 15 ans. Sur le terrain, les zones de stationnement – vertes, bleues et rouges – conservent leurs tarifs et règles actuels, sans hausse immédiate promise par la municipalité.

Contexte d’une transition attendue pour la gestion du stationnement

Cette reprise s’inscrit dans une stratégie plus large de réorganisation des services de mobilité à Strasbourg. Depuis 2017, Streeteo-Indigo gérait l’aménagement, l’entretien et le recouvrement des amendes pour stationnement irrégulier. La municipalité écologiste, au pouvoir depuis 2020, a saisi l’occasion de l’échéance du contrat pour privilégier une régie publique, arguant d’une meilleure maîtrise des politiques locales.

« Nous voulons mieux maîtriser la politique du stationnement et optimiser les moyens dédiés », a expliqué un élu lors du vote en juin 2024. Parcus+ voirie vient compléter un écosystème unifié : Parcus+ mobilités gère déjà les parkings Gutenberg et Austerlitz depuis le 15 octobre 2025, et prendra en charge Opéra Broglie au 1er janvier 2026. Parcus+ développement, pour sa part, s’occupe des parkings emblématiques tels que les Halles ou l’Étoile.

Une extension est prévue : dès le 1er janvier 2026, Parcus+ voirie sera également responsable du stationnement sur voirie à Schiltigheim et Bischheim. Cette harmonisation vise à fluidifier les services dans l’agglomération strasbourgeoise, où la voiture représente un enjeu majeur malgré les efforts pour encourager les mobilités douces.

Impacts concrets pour les usagers et la ville

Pour les usagers quotidiens, peu de changements immédiats seront notables. Les applications mobiles Easypark et Indigo Neo resteront utilisables pour payer le stationnement. Un guichet physique sera accessible au niveau 0 du centre administratif, place de l’Étoile, pour les réclamations, les paiements de forfaits professionnels ou l’inscription des personnes en situation de handicap avec leur carte mobilité inclusion-stationnement.

Les professionnels, comme les garagistes, bénéficieront d’un forfait dédié pour gérer leurs flux de véhicules. La ville de Strasbourg encourage également l’utilisation des parkings-relais tram, gratuits pour les abonnés CTS à 56 euros par mois, ou à 4,20 euros la journée avec ticket tram inclus. Ces options rendent la ville plus accessible, notamment pour les habitants des quartiers périphériques comme le Neudorf ou l’Orangerie.

La Ville promet une expérience utilisateur améliorée, avec une meilleure fluidité et des services modernisés. Une application dédiée à Parcus+ voirie est attendue en 2026, qui pourrait être plus intuitive pour les 200 000 transactions annuelles.

Réinvestir les recettes pour l’innovation et l’amélioration des transports

L’un des principaux avantages de cette régie publique réside dans le réinvestissement intégral des recettes. Ces 15 millions d’euros annuels ne seront plus versés à un opérateur privé, mais serviront à financer des politiques de mobilité innovantes. La municipalité écologiste y voit un moyen d’accélérer la transition vers une ville moins dépendante de la voiture individuelle.

Parmi les pistes envisagées : le développement des mobilités alternatives, comme les vélos en libre-service ou les navettes électriques, et le renforcement des parkings-relais. Un observatoire du stationnement est également en préparation, permettant d’analyser les flux et d’ajuster les zones payantes. Ces fonds pourraient également soutenir des tarifs solidaires pour les ménages modestes, rendant la politique plus équitable.

Pour les résidents, cela pourrait signifier moins de places gratuites en surface, mais davantage d’investissements dans des transports en commun performants. La CTS, avec ses abonnements à partir de 3,40 euros en tarification solidaire, en bénéficie déjà.

Tensions et critiques dans les quartiers strasbourgeois

Malgré ces ambitions, la transition s’effectue dans un contexte tendu. Un rapport récent de l’Adeus fait état d’un « bilan accablant » concernant l’accessibilité, avec une augmentation de 19 % des recettes en 2023, due à l’extension des zones payantes et à la raréfaction des places vertes bon marché. Des quartiers comme le Neudorf ou l’Orangerie, récemment touchés, cristallisent les mécontentements.

Les habitants dénoncent une politique jugée financièrement pénalisante et inégalitaire. « On paie plus cher pour se garer près de chez nous », témoigne un riverain du Neudorf. La municipalité répond que ces mesures favorisent le stationnement de courte durée et encouragent le recours aux parkings-relais, conformément aux objectifs écologiques européens.

Pérpectives pour l’agglomération et les usagers

À moyen terme, Parcus+ voirie pourrait élargir son champ d’action à d’autres communes de l’Eurométropole. Avec Schiltigheim et Bischheim dès 2026, l’harmonisation des tarifs et des règles simplifiera la vie des pendulaires transfrontaliers. La SPL envisage également des outils numériques avancés, comme une plateforme unifiée pour les forfaits et les réclamations.

Les élus comptent sur cette structure pour équilibrer les besoins des usagers et les impératifs réglementaires. Tous les salariés de Streeteo qui souhaitent continuer ont été embauchés, garantissant le maintien des emplois locaux. À Strasbourg, capitale alsacienne de 290 000 habitants, cette reprise publique renforce le contrôle démocratique sur un service essentiel.

Un tournant pour la mobilité urbaine à Strasbourg

Cette réforme s’inscrit dans la vision « zéro voiture en centre-ville » prônée par la maire Jeanne Barseghian. Les recettes réinvesties pourraient financer des pistes cyclables additionnelles ou des bornes de recharge électrique, répondant aux attentes des 70 % de Strasbourgeois qui utilisent quotidiennement les transports en commun ou le vélo. Toutefois, le défi reste de concilier écologie et quotidien des automobilistes.

Les premiers mois de Parcus+ voirie seront observés de près. Si la fluidité s’améliore, cela pourrait apaiser les critiques. Dans le cas contraire, les débats risquent de s’intensifier à l’approche des échéances électorales. Pour l’heure, les Strasbourgeois découvrent un stationnement sous bannière publique, avec l’espoir d’une mobilité plus juste et innovante.

Pour en savoir plus sur les changements à venir, lisez notre article sur la gestion publique du stationnement.