À Strasbourg, les commerçants utilisent l’intelligence artificielle pour interpeller les candidats aux municipales 2026
À l’approche de l’ouverture officielle de la campagne des municipales 2026, une initiative originale attire l’attention à Strasbourg : des commerçants du centre-ville ont décidé d’employer l’**intelligence artificielle** pour formuler leurs demandes aux futurs candidats. Unis au sein de l’association **Les Vitrines de Strasbourg**, leur objectif est de contribuer au débat local tout en évitant les tensions qu’ils avaient connues avec la majorité écologiste lors des échanges précédents en 2024.
Cette initiative technologique découle d’une volonté de faire entendre un **malaise économique et urbain**, aggravé par les chantiers, les nouvelles politiques de mobilité, et une hausse des incivilités. Pour les habitants, cette démarche annonce un changement dans la façon dont les acteurs économiques locaux interpellent les responsables politiques. Pour plus d’informations sur la mobilisation des Strasbourgeois, consultez l’article sur la marche pour la justice climatique.
Une assemblée générale sous haute tension confiée à une IA
L’épisode se déroule lors de l’assemblée générale des **Vitrines de Strasbourg**, le 30 septembre 2025, dans une ambiance qualifiée d’« électrique » par plusieurs participants. L’association, qui regroupe des centaines de commerçants du centre et de certains quartiers, avait invité les élus sortants et les candidats aux municipales de 2026 à venir entendre les retours de terrain.
Les tensions datant de **2024** resurgissent, lorsqu’une réunion précédente avait vu plusieurs commerçants interpeller la maire **Jeanne Barseghian**, par ailleurs élue écologiste en 2020, l’accusant de mener une politique d’« écologie punitive » et de laisser se dégrader la propreté et la sécurité du centre-ville. Cette fois-ci, le président des Vitrines, **Gwenn Bauer**, a exprimé sa volonté de « surtout pas revivre le même scénario », a indiqué un participant.
Quand une IA reformule les revendications
Pour éviter les tensions, les organisateurs ont eu une idée originale : recourir à une **IA générative** pour reformuler les demandes adressées aux candidats. Les commerçants ont d’abord dressé, de manière brute, une liste de leurs griefs : insécurité, mendicité agressive, insalubrité, impacts des travaux et des mesures anti-voiture sur la fréquentation, hausse du stationnement et manque de visibilité des petits commerces.
Ces éléments ont ensuite été intégrés dans un outil d’IA chargé de produire un texte plus posé et moins émotionnel, présenté lors de la séance comme une forme de « médiation numérique ». « L’IA nous a aidés à dire les choses sans nous fâcher, à enlever les mots qui blessent sans édulcorer le fond », a résumé un commerçant de la Grand’Rue. Le texte final, structuré autour de plusieurs thématiques, a été lu à la tribune devant les élus présents, sans échange direct avec l’assemblée.
Des exigences claires : propreté, sécurité et “choc de confiance”
Bien que la forme ait été adoucie, le contenu reste ferme. Les documents remis aux responsables politiques exigent un **« choc de confiance dès le début du prochain mandat »** pour redonner « l’envie de revenir » consommer en centre-ville. Les commerçants dénoncent un « mal-être » et un « stress » croissants face à la baisse de fréquentation et à la perception d’un centre-ville « déclassé ».
Les priorités formulées sont très concrètes : le renforcement visible des forces de l’ordre et de la médiation, une lutte plus énergique contre la mendicité agressive, une amélioration de la **propreté urbaine** dans les zones fréquentées, une meilleure gestion des chantiers et une adaptation des politiques de mobilité pour ne pas « décourager » une clientèle venant de l’Eurométropole ou des zones rurales voisines.
Une réponse municipale jugée “trop longue et trop défensive”
La Ville a réagi par un courrier de six pages, qualifié par les commerçants de « très documenté mais beaucoup trop long ». Selon **Olivier Klein**, vice-président des Vitrines, ce document ressemble à « un bilan façon tract électoral », mettant en avant les actions réalisées durant le mandat, sans vraiment reconnaître le ressenti des commerçants.
« On a le sentiment qu’ils ne comprennent pas pourquoi on est mécontents », a-t-il expliqué. Cette divergence de perception illustre la fracture entre le récit de la municipalité, axé sur la transition écologique et l’amélioration des transports, et celui de certains acteurs économiques, pour qui ces mesures engendrent une baisse de chiffre d’affaires et dégradent l’ambiance du centre-ville.
L’IA, nouvel acteur du débat municipal strasbourgeois
Le recours à l’intelligence artificielle par les Vitrines de Strasbourg s’inscrit dans une dynamique plus large : **les élections municipales de 2026 seront les premières en France à intégrer l’IA** dans les campagnes, la communication et l’analyse des attentes citoyennes. Des cabinets de communication et agences spécialisées proposent des services de rédaction automatisée de tracts, de segmentation des électorats et de simulation de scénarios de campagne.
À Strasbourg, l’initiative des commerçants se positionne comme une réponse « citoyenne » à cette tendance : plutôt que d’utiliser l’IA pour convaincre des électeurs, ils l’emploient pour **structurer et clarifier leur discours** face aux candidats. « C’est un moyen de montrer qu’on n’est pas seulement dans la colère, mais aussi dans la proposition, avec des arguments rationnels », estime une responsable de boutique près de la place Kléber.
Une ville déjà au cœur des polémiques autour des images générées
Strasbourg a récemment été au centre de controverses concernant l’utilisation de l’IA en politique. Fin octobre 2025, la candidate du Rassemblement national, **Virginie Joron**, a lancé sa campagne avec une vidéo montrant des rues strasbourgeoises en proie aux déchets et à la congestion, en partie générée par IA. Elle a justifié cette démarche pour illustrer la « dégradation » de la ville.
Suite à la polémique, elle a dû clarifier sur les réseaux sociaux quelles séquences étaient générées par IA et publier d’autres séquences réelles pour soutenir ses dires. Cet épisode a accru la méfiance de certains habitants envers les images produites par IA dans le discours public. En revanche, les commerçants utilisent l’IA non pas pour créer des représentations visuelles, mais pour **modérer leur langage** sans masquer la réalité de leurs problèmes.
Une campagne 2026 sous le signe de la contestation du bilan écologiste
Depuis plusieurs mois, la municipalité écologiste de **Jeanne Barseghian** fait face à des critiques croissantes tant à droite qu’à gauche. Les mêmes sujets émergent lors des réunions publiques : réduction de l’éclairage public la nuit, augmentation des tarifs de stationnement, multiplication des chantiers et tensions autour de la cohabitation entre piétons, cyclistes et automobilistes.
Pour de nombreux commerçants, les transformations destinées à réduire l’usage de la voiture et verdir la ville influent directement sur leur activité. Certains signalent des baisses de fréquentation, particulièrement en soirée, et un décalage croissant entre l’image projetée par la Ville — une ville durable et apaisée — et leur réalité quotidienne.
Les enjeux pour les habitants et la vie de quartier
Pour les riverains, cette confrontation entre la municipalité et les commerçants ne se limite pas à un simple débat technique sur les chiffres. Elle impacte directement la **vitalité commerciale de leurs quartiers**, la diversité des commerces de proximité, l’animation des rues et la sécurité réelle et ressentie. Dans certains secteurs, des habitants craignent de voir des vitrines se fermer et des locaux rester vacants plus longtemps.
Les candidats aux municipales devront tenir compte de cette demande de « retour au concret » : propreté des trottoirs, éclairage rassurant, mobilité accessible au quotidien et maintien d’un tissu commercial indépendant. L’utilisation de l’IA par les commerçants n’altère pas la nature de ces préoccupations, mais peut transformer leur visibilité en fournissant des **documents structurés**, précis et plus difficiles à écarter comme de simples « coups de gueule ».
Un laboratoire local des nouvelles pratiques démocratiques
Strasbourg, siège du Parlement européen et habituée des débats sur l’avenir de la démocratie, expérimente ainsi à son échelle locale les nouveaux usages politiques de l’intelligence artificielle. D’un côté, cet outil peut accentuer des discours anxiogènes via des images dramatisées. De l’autre, il peut également favoriser l’**expression structurée des acteurs locaux**, comme les commerçants, offrant ainsi un cadre plus apaisé pour les échanges.
Une question demeure : dans quelle mesure les élus et candidats tiendront-ils réellement compte de ces demandes, qu’elles soient formulées manuellement ou rédigées avec une machine ? « L’IA ne remplacera jamais la capacité des responsables politiques à écouter et à trancher », souligne un observateur de la vie locale. Cependant, elle pourrait devenir un passage obligé pour ceux qui cherchent à influencer les décisions dans la ville.
Une interpellation directe aux candidats
Les commerçants strasbourgeois ont annoncé qu’ils poursuivront cette démarche dans les mois à venir, en affinant leurs demandes selon les retours du terrain et les réactions des candidats. Certains envisagent d’utiliser l’IA pour examiner les programmes électoraux, comparer les engagements en matière de propreté, de sécurité ou de commerce, et produire des synthèses accessibles à leurs adhérents.
Les habitants, quant à eux, observeront si cette confrontation inédite entre les commerces de la rue des Grandes-Arcades ou de la place Broglie et les futurs élus de la place de l’Étoile donne lieu à des changements concrets dans leur quotidien. La réussite ou l’échec du prochain mandat municipal sera mesurée à l’aune d’une **ville plus propre**, avec des vitrines éclairées et des rues animées lors des soirées. Pour consulter des activités gratuites, visitez cet article sur les activités gratuites à Strasbourg.
