Manifestations et blocages à Strasbourg : septembre 2025, mois de mobilisation sans précédent
Le mois de septembre 2025 a marqué un tournant dans le paysage contestataire alsacien. Le mouvement « Bloquons tout », soutenu par les principales organisations syndicales (CGT, FSU, Solidaires, FO, CGT Cheminots) ainsi que par des associations étudiantes et paysannes, a organisé une série de mobilisations visant à paralyser les flux économiques et logistiques de la région. Cette stratégie radicale s’inscrit en réaction au plan d’économies annoncé par le Premier ministre François Bayrou le 15 juillet, après des mois de manifestations jugées inefficaces par les organisateurs.
Contrairement aux manifestations traditionnelles, les organisateurs ont misé sur des actions fortes : blocages routiers, occupations de carrefours stratégiques, perturbations de zones d’activité et mobilisation sur les campus universitaires. Cette approche reflète un malaise social profond et une volonté commune de faire pression sur le gouvernement par la paralysie économique plutôt que par des défilés classiques. Pour plus d’informations sur les mobilisations, consultez cet article sur la mobilisation à Strasbourg.
Première journée de mobilisation massive : le 10 septembre
Les actions sur le terrain
Le mercredi 10 septembre 2025 a constitué le point de départ de cette mobilisation durable. Dès 7 heures du matin, les premiers blocages ont été mis en place à Montagne Verte, où les organisateurs avaient donné rendez-vous à l’arrêt de tram. Environ 150 manifestants se sont engagés sur l’autoroute M35 au niveau du quartier de la Montagne Verte, bloquant la circulation dans le sens Strasbourg-Colmar. Dans l’autre sens, la circulation a été ralentie, créant des embouteillages importants dès les premières heures de la journée.
Au-delà de Strasbourg, d’autres actions ont été signalées dans le Bas-Rhin. Un blocage filtrant a été mis en place sur le rond-point de Wimmenau, près d’Ingwiller, où une quinzaine de manifestants ont stoppé les voitures aux abords de la D919. Malgré ces perturbations, de nombreux automobilistes ont baissé leur vitre pour écouter les revendications du mouvement.
L’intervention policière et les chiffres de participation
La police a intervenu rapidement pour disperser les manifestants sur la M35, utilisant des gaz lacrymogènes pour repousser les protestataires en bas de la bretelle d’accès Montagne Verte. À la mi-journée, le bilan des interpellations s’élevait à 11 personnes à Strasbourg.
Concernant la participation globale, les chiffres divergent selon les sources. La police a dénombré 5 000 manifestants lors de la grande manifestation unitaire de 14 heures place Kléber, tandis que la CGT en revendiquait 10 000. Cette différence d’estimation reflète les désaccords habituels entre les autorités et les organisateurs sur l’ampleur des mobilisations.
Impact sur les transports et la circulation
Tout au long de la journée du 10 septembre, la circulation a été ralentie, les trams espacés, tandis que les bus ont continué à fonctionner. Le préfet du Bas-Rhin avait d’ailleurs pris des mesures préventives en interdisant les regroupements de manifestants aux gares de péage des autoroutes du Bas-Rhin. Ces mesures ont été mises en place pour minimiser les perturbations et assurer la sécurité des usagers.
Les autorités locales ont dû ajuster leurs services pour répondre à l’impact de ces manifestations, tout en gardant un œil sur des potentielles actions futures. À terme, ces événements poussent Strasbourg à améliorer ses transports en 2025.
Mobilisation amplifiée : le 18 septembre
Une participation accrue et des revendications élargies
Huit jours après la première journée d’action, le mouvement « Bloquons tout » a organisé une nouvelle mobilisation le jeudi 18 septembre, annonçant une participation deux fois plus importante que celle du 10 septembre. Notre journaliste sur place a estimé que le cortège comptait environ 11 800 participants, tandis que la préfecture du Bas-Rhin donnait une estimation « non-consolidée » de 5 000 manifestants.
Les revendications se sont élargies au-delà du simple rejet du plan d’austérité budgétaire. Ainsi, les manifestants exigeaient un financement renforcé de la santé et de la solidarité, des mesures pour lutter contre la précarité, une hausse du pouvoir d’achat, le renoncement à la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires, une amélioration des conditions de travail et une revalorisation des retraites. Ces demandes reflètent des réalités sociales complexes qui dépassent la seule question budgétaire.
Les secteurs affectés et les perturbations
La mobilisation du 18 septembre a touché de nombreux secteurs d’activité. Environ 90% des pharmacies d’Alsace ont fermé leurs portes pour protester contre la baisse des relises sur les médicaments. À la CTS à Strasbourg, la grève reconductible s’est poursuivie avec des perturbations principalement sur les lignes de bus. Des VTC se sont également mis en grève pour « une justice sociale et fiscale ».
Les perturbations sur les TGV restaient plus incertaines, tandis que les aéroports ont finalement échappé à la grève, le principal syndicat des transporteurs aériens ayant reporté son appel à la mobilisation au 7 octobre, souhaitant d’abord avoir un interlocuteur dans le gouvernement. Cela témoigne des stratégies diverses que les organisations adoptent en réponse à la situation économique actuelle.
Les blocages routiers et le déploiement de forces de l’ordre
Le mouvement « Bloquons tout » avait appelé à bloquer la place de Haguenau à Strasbourg dès 6h30. Cependant, la gendarmerie a déployé ses véhicules blindés place de Haguenau, un déploiement de force qui a fait renoncer quelques dizaines de manifestants épars, qui n’ont jamais réussi à se rassembler. Ce type de réponse policière soulève des questions sur l’équilibre entre sécurité publique et droit de manifester.
Un petit groupe de manifestants a tenté une action de blocage au niveau de la place de la Porte-Blanche, dans le quartier de la Gare de Strasbourg, en mettant en scène un faux déménagement pour bloquer la circulation automobile. Cette action a duré une vingtaine de minutes avant que des dizaines de policiers n’interviennent, illustrant la tension qui persiste lors de telles mobilisations.
La police nationale a déployé un nombre important d’agents autour de la place de Haguenau pour prévenir tout risque de blocage de la M35 ou d’autres axes routiers, menant des opérations de recherche d’éventuels manifestants. Leur présence visait à assurer la fluidité du trafic tout en minimisant les conséquences d’éventuels affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
Engagement étudiant : au cœur de la mobilisation
Les étudiants ont formé un important cortège au sein de la manifestation du 18 septembre. Au-delà de la contestation du plan d’austérité, les étudiants se mobilisaient également contre « la pression exercée sur les étudiants militants antifascistes ». Plusieurs étudiants faisaient face à des procédures internes suite à des violences qui s’étaient déroulées sur le campus lors de la précédente année scolaire. Cela souligne la multiplication des enjeux qui touchent les jeunes et leur engagement politique.
Un rassemblement spécifique d’étudiants était prévu dès 13 heures devant la présidence de l’Université de Strasbourg pour protester contre ces mesures disciplinaires. Cette mobilisation étudiante témoigne de la diversité des enjeux soulevés par le mouvement, au-delà des seules questions budgétaires, soulignant l’importance croissante de la voix étudiante dans les luttes sociales.
Un mouvement durable et multiforme
Les manifestations et blocages de septembre 2025 à Strasbourg ont révélé une mobilisation sociale profonde et multiforme. Du 10 au 18 septembre, les habitants de la région ont exprimé leur opposition au plan d’austérité gouvernemental, mais aussi leurs préoccupations concernant la santé, l’emploi public, les conditions de travail et les libertés étudiantes.
Ces journées de mobilisation ont perturbé significativement les transports en commun et la circulation routière, paralysant partiellement les flux économiques et logistiques comme l’avaient promis les organisateurs. Bien que les forces de l’ordre aient réussi à empêcher certains blocages majeurs, notamment sur la M35 et place de Haguenau, le mouvement a démontré sa capacité à mobiliser des milliers de personnes et à maintenir une pression constante sur les autorités. Cette dynamique suggère que les répercussions de ces événements continueront à se faire sentir longtemps après, alors que les préoccupations soulevées restent au cœur du débat public.
