Strasbourg : plus de 10 000 personnes mobilisées depuis début septembre pour bloquer le mouvement
Depuis le 10 septembre 2025, Strasbourg et le Bas-Rhin sont le théâtre de manifestations et de blocages massifs orchestrés par le mouvement « Bloquons tout ». Ce mouvement, soutenu par des syndicats tels que la CGT, la FSU, Solidaires, FO et la CGT Cheminots, vise à paralyser les flux économiques en réaction au plan d’austérité budgétaire annoncé par le Premier ministre François Bayrou le 15 juillet. Plus de 10 000 personnes, selon les organisateurs, ont été mobilisées, provoquant des perturbations durables dans les transports locaux. Pour plus d’informations, consultez les perturbations des transports à Strasbourg.
Une paralysie annoncée dès le lancement le 10 septembre
Le 10 septembre, dès 7 heures, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis à l’arrêt de tram Montagne Verte, dans le sud de Strasbourg. Ils ont bloqué la circulation automobile ainsi que les accès routiers, avant de se déplacer sur l’autoroute M35 dans le sens Strasbourg-Colmar, stoppant environ 150 véhicules. L’intervention rapide de la police, avec des gaz lacrymogènes, a repoussé les militants vers la bretelle d’accès et a entraîné 11 interpellations en milieu de journée.
Une grande manifestation unitaire a été organisée à 14 heures, convergeant d’abord place Kléber, puis place de la République. Selon la CGT, 10 000 participants étaient présents, tandis que les estimations de la police n’évaluaient leur nombre qu’à 5 000, illustrant ainsi les divergences dans les chiffres. Les trams ont été largement espacés tout au long de la journée, tandis que les bus ont maintenu un service minimal, touchant ainsi les usagers, notamment ceux des quartiers périphériques comme Neudorf ou Cronenbourg. Cette situation a mis à rude épreuve les usagers qui peinent à se déplacer dans une ville déjà saturée en termes de transport public.
Escalade des mobilisations le 18 septembre
Le 18 septembre, le mouvement a connu une forte intensification, avec des participantes et participants estimés à plus de 15 000 selon la CGT, contre 5 000 selon la préfecture du Bas-Rhin. À Strasbourg, le cortège coloré, parti à 14 heures de la place de la République, a rassemblé étudiants, salariés et militants paysans qui scandaient : « La lutte, la lutte, jusqu’à la victoire ! ». Un journaliste présent sur place a comptabilisé environ 11 800 personnes, mettant en avant une mobilisation « haute en couleurs » avec des pancartes frappantes, renforçant le sentiment d’unité entre les divers groupes. Cette journée a été marquée par un esprit de solidarité, bien visible dans les cris de ralliement et les chants partagés au sein de la foule.
Pour prévenir tout blocage de la M35, les autorités ont déployé des véhicules blindés de la gendarmerie place de Haguenau. Cette présence dissuasive a conduit plusieurs manifestants à s’abstenir de participer, tandis que des opérations de contrôle étaient menées autour des axes routiers. Chantha, salariée dans une crèche du Fossé des Treize, a témoigné dans le cortège : « On ne peut plus vivre avec ces économies qui nous appauvrissent tous les jours. » Cette déclaration met en lumière l’angoisse croissante ressentie par de nombreux travailleurs face à un avenir de plus en plus incertain.
Perturbations ciblées dans les quartiers stratégiques
Un petit groupe de militants a tenté un faux déménagement place de la Porte-Blanche, près de la gare, bloquant la circulation pendant vingt minutes avant l’intervention policière. À Wimmenau, à proximité d’Ingwiller, une quinzaine de manifestants ont mis en place un blocage filtrant sur le rond-point de la D919 dès 7 heures, arborant un gilet jaune en symbole de leur action. De nombreux automobilistes ont fait preuve de compréhension, écoutant leurs revendications, ce qui a limité les tensions. Cette méthode de blocage, bien qu’interrompue, a permis d’attirer l’attention sur les revendications sociales des manifestants.
Impacts sur les transports : une vie quotidienne bouleversée
Les blocages ont gravement perturbé la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS), une grève reconductible affectant principalement les lignes de bus. Les trams, bien que ralentis, ont évité de s’arrêter complètement, mais les usagers des lignes B et C, reliant Montagne Verte au centre-ville, ont connu des retards fréquents. De ce fait, les habitants du Bas-Rhin, dépendant de la M35 pour rejoindre Colmar ou l’Allemagne, ont subi de nombreux embouteillages, allongeant considérablement leurs trajets quotidiens. Les personnes qui comptaient sur le transport public pour leurs déplacements quotidiens se trouvent particulièrement touchées par cette situation, impactant leur vie professionnelle et personnelle.
Le 18 septembre, 90 % des pharmacies alsaciennes ont fermé leurs portes pour protester contre une diminution des remboursements sur les médicaments, rendant l’accès aux soins plus compliqué pour les résidents de la région. De plus, les VTC se sont joints à la grève pour revendiquer une « justice sociale et fiscale », tandis que les mobilisations dans les aéroports ont été reportées au 7 octobre. À Sélestat ou Mulhouse, des rassemblements similaires ont amplifié les perturbations au niveau régional, montrant que la revendication va bien au-delà de Strasbourg, impliquant une solidarité régionale face aux politiques d’austérité. Pour plus de détails sur ces mobilisations, consultez les articles sur les mobilisations à Strasbourg.
Témoignages de Strasbourgeois touchés de plein fouet
Pour les habitants de Montagne Verte, un quartier populaire et multiculturel, les blocages matinaux ont transformé les trajets vers le travail en véritable calvaire. Un chauffeur de bus, souhaitant garder l’anonymat, a partagé : « On comprend la colère, mais bloquer l’autoroute, c’est nous qui payons le prix fort. » Les étudiants de l’Université de Strasbourg, mobilisés contre les pressions sur les militants antifascistes, ont vu leurs campus perturbés par des occupations dès 13 heures. Cette dynamique a non seulement modifié leur quotidien, mais également engendré un sentiment d’inquiétude parmi les étudiants face à la montée de tensions sociales.
Des revendications au-delà du budget : un malaise social profond
Le mouvement dépasse largement le simple cadre du plan d’économies 2026. Les participants réclament un financement accru pour la santé, des mesures contre la précarité, une augmentation du pouvoir d’achat et l’élimination de 3 000 postes de fonctionnaires. Les associations étudiantes et paysannes mettent également en avant une « pression antifasciste » sur les campus à la suite d’incidents survenus durant l’année scolaire précédente. Les organisateurs ont affirmé le 10 septembre : « C’est un point de départ pour une mobilisation durable », appelant à des actions surprises sur ronds-points et dans les zones d’activité. Ce paysage revendicatif fait écho à un malaise social qui semble peser sur les consciences collectives au-delà des simples exigences budgétaires.
Dans la capitale européenne, bordée par le Rhin, ces blocages mettent en lumière les fractures locales, soulignant un chômage persistant dans les quartiers ouvriers et une précarité croissante parmi les étudiants. Les militants, arborant une tenue discrète, masques et gants, ont choisi de paralyser l’économie plutôt que de se contenter de marches symboliques, générant ainsi une discussion sur les impasses budgétaires. Ce choix tactique de la part des manifestants reflète un désir d’être entendu et de provoquer une prise de conscience sur des enjeux souvent négligés.
Réactions des autorités et perspectives locales
En réponse aux manifestations, la préfecture du Bas-Rhin a maintenu un dispositif policier renforcé, évitant ainsi des débordements majeurs malgré l’usage de gaz lacrymogènes le 10 septembre. Les interpellations, notamment celles concernant les soutiens aux lycéens au commissariat central, ont attisé les tensions. Sur le plan communautaire, les élus locaux ont appelé au dialogue, conscients que ces actions affectent quotidiennement les 280 000 Strasbourgeois. La nécessité de rétablir un équilibre entre les manifestations et le besoin vital de circulation dans la ville devient urgente.
Pour les résidents, la situation est clairement définie : entre leur soutien à la contestation et le besoin de fluidité dans les transports, la ville tente de trouver un équilibre. Alors que le mouvement semble s’inscrire dans la durée, les perturbations ne montrent aucun signe de relâchement, redessinant ainsi la mobilité en Alsace et interrogeant l’avenir social de la région. Les jours à venir s’annoncent tendus, avec des appels à la vigilance pour tous, et la perspective d’une intensification des mobilisations dans les semaines à venir. Cette situation incertaine laisse présager des développements majeurs dans le paysage social et politique local.
