Mobilisations intersyndicales à Strasbourg : une journée de colère le 18 septembre
Strasbourg s’est réveillée sous tension le jeudi 18 septembre, avec une mobilisation intersyndicale massive contre les mesures budgétaires du gouvernement. Près de 20 000 personnes ont envahi les rues, paralysant une partie de la ville et perturbant lourdement les transports en commun et les TGV. Cette journée marque un pic de grogne sociale en Alsace, huit jours après l’action « Bloquons tout ».
Contexte de la mobilisation
L’intersyndicale, regroupant [CGT](https://www.cgt.fr), [CFDT](https://www.cfdt.fr), [FO](https://www.force-ouvriere.fr), [FSU](https://www.fsu.fr), [Solidaires](https://solidaires.org), [UNSA](https://www.unsa.org), [CFTC](https://www.cftc.fr) et [CFE-CGC](https://www.cfecgc.org), a appelé à la grève nationale pour dénoncer les « sacrifices pour le monde du travail, ça suffit ». Ces mesures, annoncées six semaines plus tôt par François Bayrou, Premier ministre, visent des économies budgétaires jugées « brutales et injustes » par les syndicats. À Strasbourg, la colère est palpable chez les enseignants, cheminots et agents territoriaux, touchés de plein fouet.
Le mouvement fait suite à la mobilisation du 10 septembre, qui avait déjà réuni 10 000 personnes en Alsace sous l’égide de « Bloquons tout ». « On ne peut plus accepter que les plus modestes paient la note », résume un porte-parole de la CGT locale. Cette escalade syndicale vise à forcer un changement de cap avant l’adoption du budget 2026.
Déroulement de la manifestation strasbourgeoise
Le rassemblement a débuté à 14h place de la République, dans le quartier Neustadt, cœur historique de Strasbourg. Le cortège, parti sous un ciel gris, a serpenté via l’avenue de la Liberté, le quai du Maire-Dietrich, les quais des Pêcheurs et des Bateliers, avant de rejoindre la rue des Bouchers et la rue de la Première-Armée, pour aboutir place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, devant la Bourse.
Les organisateurs comptent 15 000 à 20 000 participants, tandis que la police en dénombre 5 000 en début d’après-midi. Des étudiants se sont joints au cortège place de l’Université, gonflant les rangs. Parmi les figures notables, la maire écologiste Jeanne Barseghian et l’ancienne ministre Catherine Trautmann défilaient côte à côte, symbole d’un soutien politique local.
La manifestation a attiré l’attention des médias et suscité des retours divers dans la population strasbourgeoise. Les discours des leaders syndicaux ont été ponctués de chants et de slogans percutants, appelant à la solidarité entre les travailleurs. Le cortège, bien organisé, a réussi à maintenir l’ordre malgré une atmosphère chargée d’émotion et de détermination.
Perturbations massives dans les transports
Les Strasbourgeois ont subi des perturbations inédites dans les transports en commun et les TGV. Les cheminots de la CGT, SUD-Rail et CFDT ont répondu massivement à l’appel à la grève, entamé dès une assemblée générale le 10 septembre à la gare. Le trafic TER est quasi nul, avec des annulations en cascade sur les lignes alsaciennes.
La CTS, compagnie des transports strasbourgeois, signale des bus et tramways à l’arrêt sur de nombreux axes, forçant des milliers de salariés à marcher ou pédaler. « C’est le chaos total ce matin, impossible d’aller au boulot », témoigne une habitante du Neuhof, un quartier populaire du sud de la ville. Les TGV vers Paris et l’Allemagne risquent aussi des retards, impactant commuters et voyageurs d’affaires de l’Eurométropole.
La situation a suscité des réactions variées de la part des usagers des transports en commun, avec certains exprimant leur compréhension pour le mouvement tout en regrettant les désagréments causés. Cela a mis en lumière les enjeux profonds liés aux conditions de travail des cheminots et aux choix budgétaires du gouvernement.
Tensions et incidents dans les rues
L’ambiance s’est tendue en fin d’après-midi. À 16h34, la police a ordonné la dispersion et chargé les manifestants place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny. Des grenades lacrymogènes ont été déployées, tandis que certains en retraite ont renversé et incendié des poubelles, provoquant des fumées âcres dans le centre-ville.
À 16h16, les organisateurs chantaient victoire avec leurs chiffres records, mais la Préfecture du Bas-Rhin appelait au calme. Ces heurts rappellent les mobilisations passées, comme celles contre la réforme des retraites, et soulignent la fracture entre forces de l’ordre et monde du travail. La maire Barseghian a appelé au dialogue : « La colère est légitime, mais la violence n’est pas une solution pour Strasbourg ».
Les tensions étaient palpables et ont amené des discussions sur la nécessité de trouver des solutions pacifiques. Des représentants syndicaux ont également dénoncé l’usage disproportionné de la force par les autorités, appelant à un meilleur dialogue entre les manifestants et les forces de l’ordre.
Impact local sur les habitants et l’économie
Pour les résidents de Strasbourg et de l’Eurométropole, ces blocages ont un coût direct. Les parents d’élèves, avec un professeur des écoles sur trois en grève et 45 % des personnels du second degré absents, ont dû jongler avec la garde d’enfants. Les commerçants du centre, de la Petite France aux Halles, déplorent une affluence en berne : « On perd une journée de chiffre d’affaires cruciale », soupire un restaurateur quai des Bateliers.
Les agents territoriaux de Strasbourg Eurométropole, en pointe dans la mobilisation, pointent un manque criant de moyens. À Mulhouse, mobilisation sœur à 14h place de la Bourse, 7 500 à 15 000 personnes ont défilé, renforçant l’élan alsacien. Cette grève intersyndicale touche tous les âges : jeunes, salariés, retraités, demandeurs d’emploi.
Les conséquences économiques pourraient s’avérer durables si ce type de mobilisation devient plus fréquent. Les discussions entre les syndicats et les autorités locales sur les investissements nécessaires pour soutenir l’économie et améliorer les services publics sont plus que jamais d’actualité.
Réactions des syndicats et suites attendues
L’intersyndicale nationale s’est réunie le 19 septembre pour tirer les leçons. Un ultimatum a été lancé au Premier ministre, exigeant des réponses concrètes sur le budget. « Aucune piste claire n’a été donnée, c’est une occasion manquée », dénonce un communiqué conjoint après une audience matinale.
La FSU locale célèbre une « mobilisation massive », avec des outils comme tracts et pétitions pour amplifier le mouvement. À Strasbourg, un nouvel appel à la grève est prévu le 2 octobre à 14h place de la République. Les syndicats alsaciens, unis comme rarement, misent sur cette dynamique pour peser sur les débats budgétaires.
Les prochaines semaines seront cruciales pour l’évolution des négociations. Les syndicats espèrent un soutien croissant de la population afin de maintenir la pression sur le gouvernement et obtenir des engagements significatifs concernant les conditions de travail et les budgets alloués aux services publics.
Perspectives pour les Strasbourgeois
Ces mobilisations interrogent l’avenir de la ville européenne. Avec ses 280 000 habitants et son rôle de capitale du Grand Est, Strasbourg subit de plein fouet les coupes budgétaires nationales. Les habitants du Kochersberg ou de l’Erstein, dépendants des TER, craignent une précarisation accrue des transports.
Les perspectives restent incertaines : le gouvernement tiendra-t-il compte de cette marée humaine ? Pour l’intersyndicale, la lutte continue, avec des assemblées locales pour fédérer la base. À Strasbourg, cette journée du 18 septembre entre dans l’histoire comme un cri du cœur ouvrier, au pied de la cathédrale. La mobilisation pourrait engendrer de nouveaux mouvements sociaux, appelant à une transformation significative des politiques publiques.
