Strasbourg reste la deuxième grande ville cyclable de France malgré une stagnation des aménagements vélo

Strasbourg, toujours sur le podium du vélo, mais à vitesse réduite

Strasbourg reste la deuxième grande ville cyclable de France selon le Baromètre vélo 2025 de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), mais son avance s’effrite et sa note stagne, voire recule légèrement. Derrière l’image flatteuse de « capitale française du vélo », les chiffres et les classements montrent une ville qui peine à transformer l’essai et à maintenir le rythme d’autres métropoles plus offensives.

Pour comprendre cette situation, il est essentiel de se pencher sur les nouveaux aménagements urbains qui visent à faciliter les déplacements à vélo en Eurométropole.

Un baromètre qui confirme la place et la stagnation

Le Baromètre vélo, grande enquête nationale fondée sur le ressenti des usagers, a recueilli plus de 334 000 réponses en France en 2025, dont plusieurs milliers à Strasbourg. Dans la catégorie des villes de plus de 100 000 habitants, Strasbourg obtient une note de 4,15 sur 6, ce qui la classe en catégorie B (ville « plutôt favorable au vélo ») et la place juste derrière Grenoble, à 4,37.

Cependant, ce score marque un léger repli par rapport à 2021, où Strasbourg atteignait 4,18. Surtout, c’est la seule ville du top 10 à voir sa note baisser. Rennes, troisième, se rapproche avec 4,05, réduisant l’écart qui faisait autrefois de Strasbourg une référence incontestée. Pour les associations de cyclistes, ce tassement illustre une réalité ressentie au quotidien : les aménagements progressent, mais pas au rythme espéré.

Une capitale du vélo sous pression

Strasbourg continue de faire figure de pionnière, avec un réseau cyclable estimé à plus de 600 km de pistes et bandes cyclables à l’échelle de l’Eurométropole, l’un des plus denses de France. Historiquement, la ville a été longtemps citée en exemple, y compris à l’étranger, pour ses politiques en faveur du vélo et ses aménagements autour du centre historique et des grands axes.

L’Eurométropole rappelle que le vélo représente près de 20 % des déplacements domicile-travail à Strasbourg, et environ 15 % à l’échelle métropolitaine, la part la plus élevée de France. La fréquentation cyclable aurait augmenté de 20 % en cinq ans dans la ville. « Les Strasbourgeois restent très attachés à leur vélo », insiste la collectivité dans un communiqué, qui met en avant les efforts de sécurisation de certains axes structurants.

Une communication optimiste, mais des catégories dépassées

Dans sa réaction au Baromètre vélo, l’Eurométropole se félicite que « Strasbourg reste la première des villes cyclables de plus de 200 000 habitants, seconde dans la nouvelle catégorie “Grandes Villes” du baromètre au coude à coude avec Grenoble ». Cette présentation est jugée trompeuse par certains observateurs, car la catégorie des villes de plus de 200 000 habitants a disparu depuis 2019.

Depuis le baromètre 2021, toutes les villes de plus de 100 000 habitants sont regroupées dans une seule catégorie, celle des « grandes villes ». Strasbourg reste donc en haut du classement, mais au sein d’un groupe plus large et plus concurrentiel, où des métropoles comme Paris, Bordeaux, Nantes ou Rennes investissent massivement dans le vélo et les zones apaisées. Cette concurrence accrue contribue à relativiser le statut de Strasbourg.

Des investissements jugés en retrait

Au-delà du Baromètre FUB, un autre indicateur vient assombrir le tableau : le Copenhagenize Index 2025, classement mondial des villes les plus favorables au vélo. Strasbourg y passe de la 5e à la 13e place entre 2019 et 2025, soit une chute de huit rangs. Pour ce cabinet de conseil spécialisé, la ville « était une ville cyclable pionnière et très regardée » mais a connu « une légère baisse des investissements dans le réseau » ces dernières années.

Selon les données citées localement, le plan vélo de l’actuel mandat municipal aura représenté environ 65 millions d’euros, contre 100 millions annoncés au départ. Ces crédits amputés étaient notamment liés au projet d’extension du tram vers le nord, finalement abandonné, qui devait s’accompagner d’aménagements cyclables importants dans cette partie de l’agglomération. Pour les associations, cet écart entre annonces et réalisations se traduit concrètement par des axes restés en l’état ou des projets reportés.

Une ville rattrapée par ses concurrents

Le Copenhagenize Index souligne aussi un autre point faible : la part de cyclistes dans les déplacements, estimée à 14 % à Strasbourg, quand certaines villes européennes dépassent les 30 %. Autrement dit, si Strasbourg reste en avance en France, elle est désormais distancée par plusieurs villes de taille comparable en Europe, qui ont massivement investi ces dernières années dans les pistes sécurisées, les zones 30 et les rues scolaires.

Pour les experts danois, le « principal défi » de Strasbourg est de « retrouver sa nature innovante » et de « transformer son expérience en une ambition renouvelée » en investissant davantage dans la transformation de son paysage urbain. Ils recommandent en particulier d’étendre les zones à 30 km/h, de multiplier les zones apaisées et de développer les rues scolaires, ces segments fermés aux voitures aux abords des écoles.

Sur le terrain, un sentiment de « boom du vélo » déjà passé

Chez les usagers, le diagnostic est nuancé. « Le boom du vélo est déjà passé », estime par exemple Fabien Masson, président de l’association CADR 67, très active dans la défense des cyclistes du Bas-Rhin. Il pointe un essoufflement politique après une phase de forte dynamique, à la fois sous les précédentes municipalités et au début du mandat actuel, marqué par la mise en chantier du Ring vélo autour de la Grande Île et par plusieurs axes structurants.

Pour beaucoup de cyclistes du quotidien, les grands itinéraires sont globalement satisfaisants, mais ce sont les liaisons de proximité, les carrefours dangereux, les zones périurbaines et certains quartiers populaires qui restent insuffisamment sécurisés. Plusieurs riverains des communes de la première couronne, comme Schiltigheim ou Ostwald, réclament des continuités mieux assurées vers le centre et entre pôles d’emploi de l’Eurométropole. La stagnation de la note du baromètre est, pour eux, le reflet de ces insuffisances persistantes.

Une question au cœur du débat local

La rétrogradation de Strasbourg dans le classement Copenhagenize et la stagnation de sa note au Baromètre FUB interviennent à un moment hautement politique, alors que la séquence électorale municipale s’intensifie. L’opposition ne manque pas de s’emparer de ces chiffres pour critiquer la municipalité écologiste, l’accusant à la fois de gêner la circulation automobile et de ne pas aller assez loin pour rendre le vélo réellement accessible à tous.

Dans les quartiers, les habitants se divisent entre ceux qui jugent les travaux cyclables indispensables pour la sécurité et la qualité de l’air, et ceux qui dénoncent des chantiers jugés mal coordonnés ou pénalisants pour les commerces. Les choix à venir – extension des zones 30, généralisation de rues scolaires, poursuite du Ring vélo ou nouveaux corridors cyclables vers la périphérie – auront un impact direct sur le quotidien des Strasbourgeois, qu’ils soient cyclistes, piétons, automobilistes ou usagers des transports en commun.

Une place de numéro deux qui reste à défendre

Malgré ces tensions et ces signaux d’alerte, Strasbourg demeure une des villes les plus cyclables de France, régulièrement classée dans les premières places des palmarès nationaux. Le média indépendant Bon Pote, s’appuyant sur la plateforme citoyenne « villes.plus », lui attribuait même en juillet 2025 la première place française avec une note de 5,3/10, estimant que 53 % des trajets à vélo y sont sécurisés. Mais ce type de classement, fondé sur d’autres méthodologies, ne masque pas les défis mis en lumière par le Baromètre FUB et le Copenhagenize Index.

Pour les habitants, l’enjeu n’est pas tant de rester devant Grenoble ou Rennes dans les statistiques que de disposer d’un réseau continu, sûr et confortable, du centre-ville jusqu’aux villages de l’Eurométropole. La place de Strasbourg comme deuxième grande ville cyclable de France reste un atout pour son image et son attractivité, mais cet atout pourrait s’éroder sans un nouvel élan politique et financier clairement perceptible sur le terrain. De plus, l’extension des aménagements cyclables à Strasbourg en 2025 pourrait jouer un rôle clé dans l’avenir de la ville en matière de mobilité.