Manifestation sur l’autoroute M35 à Strasbourg provoque usage de gaz lacrymogène par la police le 10 septembre 2025

Manifestation sur la M35 à Strasbourg : usage de gaz lacrymogènes lors de la journée « Bloquons tout »

La matinée du mercredi 10 septembre 2025 a été fortement perturbée à Strasbourg, après le blocage de l’autoroute M35 par des manifestants dans le cadre de la journée nationale de mobilisation Manifestation « Bloquons tout ». Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les groupes installés sur les voies, provoquant la colère d’une partie des manifestants mais aussi l’incompréhension de nombreux automobilistes, pris dans d’importants embouteillages.

Un blocage organisé aux abords du quartier de la Montagne Verte

Peu après 7 h, un premier groupe d’environ 70 à 80 personnes descend sur les voies de la M35, au niveau du quartier de la Montagne Verte, dans le sens Strasbourg–Colmar. Les manifestants, qui s’étaient donné rendez-vous à l’arrêt de tram Montagne Verte, occupent plusieurs voies, contraignant les automobilistes à s’arrêter et interrompant progressivement la circulation.

Vers 8 h, le groupe grossit pour atteindre près de 150 personnes, selon un premier comptage relayé par plusieurs médias locaux. Le trafic est alors totalement coupé en direction de Strasbourg et très fortement ralenti en direction de Colmar, créant un goulot d’étranglement sur l’ensemble du sud de l’agglomération.

Usage de gaz lacrymogènes pour dégager les voies

Face au blocage persistant, les CRS de l’autoroute interviennent rapidement pour tenter de dégager les voies et rétablir la circulation. Les forces de l’ordre procèdent dans un premier temps à des sommations et à une mise en garde, avant de recourir à des gaz lacrymogènes pour repousser les manifestants qui refusent de quitter la chaussée.

Selon un suivi en direct de la mobilisation, un « nouveau gazage » a lieu un peu avant 8 h sur les voies de sortie de la M35, alors qu’un groupe tente de maintenir le blocage entre les quartiers de l’Elsau et de la Montagne Verte. Plusieurs manifestants décrivent des scènes de confusion, certains cherchant à se protéger les yeux et le visage, d’autres se repliant vers les talus et les bretelles d’accès.

« On savait qu’on prenait un risque en allant sur l’autoroute, mais on ne s’attendait pas à une réponse aussi rapide et aussi dure », témoigne Lisa, étudiante strasbourgeoise présente sur place. « On voulait marquer les esprits, pas se faire gazer au bout de quelques minutes », ajoute-t-elle, tout en affirmant rester solidaire du mouvement plus large contre la politique sociale et économique du gouvernement.

Conséquences pour les automobilistes et usagers des transports

Les conséquences sur le trafic sont immédiates : une dizaine de kilomètres de bouchons se forment sur les axes convergeant vers la M35, notamment la M351, la M352 et l’A35. L’accès au centre-ville de Strasbourg devient particulièrement compliqué, aussi bien pour les automobilistes venant du sud que pour ceux arrivant de l’ouest.

Plusieurs conducteurs, contraints de patienter de longues minutes, expriment leur agacement. « J’ai mis presque une heure de plus pour déposer les enfants à l’école, sans aucune information claire sur ce qui se passait », confie un habitant de Lingolsheim bloqué sur la M351. D’autres se montrent plus compréhensifs, tout en regrettant la méthode : « Je soutiens le mouvement sur le fond, mais bloquer une autoroute à l’heure de pointe, ça touche surtout des gens comme nous qui allons travailler », estime une infirmière résidant à Ostwald.

La circulation ne revient progressivement à la normale qu’un peu après 8 h 30, après la dispersion des manifestants et la réouverture des deux sens de la M35. Les répercussions se font toutefois sentir une bonne partie de la matinée, avec des retards en cascade pour de nombreux salariés, lycéens et étudiants.

Dynamique de la journée de mobilisation à Strasbourg

Le blocage de la M35 s’inscrit dans la journée nationale d’action « Bloquons tout », qui a donné lieu à de multiples actions dans l’agglomération strasbourgeoise. Selon un décompte réalisé sur le terrain, près de 10 500 personnes participent à la manifestation dans les rues de Strasbourg, tandis que la préfecture avance le chiffre de 4 900 participants.

Plusieurs lycées strasbourgeois, dont Pontonniers, Marie Curie et Fustel-de-Coulanges, connaissent également des blocages filtrants à l’ouverture des cours. Dans le centre-ville, le cortège principal quitte la place Kléber vers 14 h 30, rassemblant plusieurs milliers de personnes autour des organisations syndicales, notamment la CGT du Bas-Rhin, dont le secrétaire général, Laurent Feisthauer, revendique plus de 10 000 manifestants.

Les revendications portent sur une large palette de sujets : pouvoir d’achat, réforme de l’assurance-chômage, conditions de travail et dénonciation de ce que les syndicats qualifient de « casse sociale ». « Si on en arrive à bloquer une autoroute, c’est parce que les canaux classiques de négociation sont bouchés », justifie un militant, rencontré plus tard dans le cortège, pour qui l’action sur la M35 « a permis de rendre visible la colère ».

Tensions et interpellations lors des manifestations

La journée est marquée par plusieurs épisodes de tension entre certains manifestants et les forces de l’ordre. Selon les chiffres communiqués par la police et relayés par la presse locale, sept personnes sont interpellées au cours de la journée.

Six d’entre elles sont arrêtées parmi les manifestants impliqués dans le blocage de la M35, alors qu’elles se trouvent ensuite sur le secteur des Ponts-Couverts, dans le quartier de la Petite France, pour des faits de « refus de contrôle, rébellion » et « entrave à la circulation ». Une septième personne est interpellée à proximité du lycée Fustel-de-Coulanges, également pour refus de contrôle.

Du côté des autorités, on met en avant la nécessité de maintenir la sécurité routière et la fluidité du trafic. « Quand des personnes descendent volontairement sur une autoroute en pleine heure de pointe, le risque d’accident grave est réel », explique un responsable policier sous couvert d’anonymat. « L’usage de gaz lacrymogènes est un moyen de dispersion que nous privilégions justement pour éviter un contact physique plus dangereux. »

Débat sur les actions de blocage des axes routiers

L’épisode du blocage de la M35 relance, à Strasbourg, le débat sur la légitimité des actions visant les grands axes routiers de l’agglomération. Pour une partie des habitants, ces actions sont perçues comme une prise d’otages des usagers du quotidien, en particulier ceux qui n’ont pas d’alternative à la voiture pour se rendre au travail.

D’autres y voient au contraire un levier puissant pour obliger les pouvoirs publics à réagir Manifestation massive à Strasbourg. « Quand on se contente de défiler sur les boulevards, on n’est ni vus ni entendus. Là, tout le monde a parlé de Strasbourg ce matin », affirme un jeune salarié du secteur de l’animation, qui assume la radicalité de l’action.

Les commerçants et petites entreprises des quartiers concernés s’interrogent, eux, sur l’impact économique de ce type de mobilisation. Certains signalent des livraisons retardées, d’autres des rendez-vous annulés. « Une matinée comme ça, pour une petite structure, ça compte dans le chiffre d’affaires du mois », indique un artisan basé à la Plaine des Bouchers, tout en disant comprendre « la colère sociale qui monte ».

Strasbourg et l’impact des mobilisations sur la vie quotidienne

Strasbourg, siège de plusieurs institutions européennes, est régulièrement le théâtre de grandes manifestations nationales et régionales. La topographie particulière de l’agglomération, traversée par plusieurs axes majeurs comme la M35 et l’A35, rend cependant la gestion des mobilisations particulièrement délicate.

Les autorités locales cherchent un équilibre entre le respect du droit de manifester et la nécessité d’éviter les blocages de grande ampleur qui paralysent l’agglomération. Du côté des syndicats et collectifs citoyens, la tentation est grande de privilégier des actions spectaculaires, jugées plus efficaces pour peser sur le débat public.

Au lendemain de cette journée « Bloquons tout », la question reste ouverte : jusqu’où les mouvements sociaux peuvent-ils aller dans la perturbation de la vie quotidienne des Strasbourgeois sans perdre le soutien d’une partie de la population locale ? Les échanges qui se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les quartiers montrent en tout cas que le blocage de la M35, et l’usage de gaz lacrymogènes qui l’a accompagné, ont marqué les esprits bien au-delà des seuls manifestants présents sur l’autoroute.