Personnalités strasbourgeoises unies pour un projet social inédit dans les quartiers prioritaires
Un collectif de personnalités locales a récemment lancé un projet innovant dans plusieurs quartiers prioritaires de Strasbourg. Cette initiative, désignée comme un « laboratoire de cohésion sociale », intègre des aspects de culture, de sport, d’éducation et d’entrepreneuriat solidaire. Face aux fractures sociales dans l’Eurométropole, ce dispositif expérimental est prévu pour être déployé progressivement à partir du printemps 2026, avec un soutien financier escompté de l’Eurométropole et de fonds européens axés sur l’innovation sociale.
Un collectif inédit de figures locales
Ce projet est porté par un groupe de personnalités strasbourgeoises provenant de divers horizons : le sociologue Marc Hirtz, spécialisé dans les politiques urbaines, la cheffe d’entreprise de l’économie sociale et solidaire Sabrina Benali, l’ancien basketteur professionnel et éducateur de terrain Yann Kémo, ainsi que la réalisatrice et documentariste Claire Ringenbach. Ces figures locales sont déjà bien connues pour leurs actions de médiation et de formation dans les quartiers populaires de l’Eurométropole.
« Nous avons tous travaillé séparément pendant des années, souvent sur les mêmes territoires, sans toujours réussir à articuler nos démarches, explique Marc Hirtz. L’idée, cette fois, est de mettre en commun nos compétences pour construire un dispositif global, lisible pour les habitants, et surtout durable. » Pour la création de ce projet, le collectif a dès le début, une collaboration avec des enseignants, des travailleurs sociaux, des associations de quartier et des représentants de collectifs de parents.
Un projet ancré dans les quartiers prioritaires de la ville
Cet ambitieux projet se concentre sur plusieurs **quartiers prioritaires de la politique de la ville** de Strasbourg, notamment la **Meinau**, le **Neuhof**, le secteur **Cronenbourg – Hautepierre** et une partie élargie de l’**Esplanade**. Ces zones affichent des taux de chômage et de précarité supérieurs à la moyenne dans l’Eurométropole, tout en abritant une population jeune, particulièrement composée de collégiens et de lycéens.
Les initiateurs du projet précisent qu’ils ne cherchent pas à « dupliquer » un modèle uniforme, mais plutôt à co-construire avec chaque quartier un programme adapté à ses spécificités : la disponibilité de structures culturelles, l’offre sportive, le tissu associatif, l’accès aux transports, et les connexions avec les établissements scolaires. « On ne parle pas de “quartiers à problème” mais de territoires sous-dotés en opportunités, insiste Sabrina Benali. La cohésion sociale, c’est d’abord l’accès égal à ces opportunités. »
Un « parcours de cohésion » pour 600 jeunes la première année
Le dispositif s’organise principalement autour d’un **« parcours de cohésion »** destiné avant tout aux jeunes de 11 à 18 ans issus des quartiers ciblés. Inspiré de programmes d’éducation populaire déjà en place à Strasbourg, comme ceux qui accompagnent chaque année plus de **500 jeunes** vers l’engagement citoyen et la prévention du décrochage scolaire, le projet souhaite enrichir cette approche en intégrant d’autres aspects de la vie quotidienne.
Pour sa première année, l’objectif est d’accompagner environ **600 jeunes**, à travers quatre quartiers, via des ateliers hebdomadaires organisés en collaboration avec les collèges REP/REP+, les maisons de quartier et les associations locales. « Nous voulons travailler à la fois sur la confiance en soi, l’expression, le rapport à l’école, mais aussi sur la santé mentale, les relations de voisinage et la mobilité dans la ville, détaille Yann Kémo. La cohésion sociale, ce sont aussi des passerelles entre le quartier et le reste de l’agglomération. »
Ateliers participatifs, mentorat et médiation de rue
Le projet se déploie autour de trois volets principaux, conçus pour être complémentaires :
- Ateliers participatifs dans les collèges et maisons de quartier : jeux de rôle citoyens, projets solidaires, initiation aux médias, décryptage de l’actualité, ateliers artistiques, débats sur l’égalité, la laïcité ou les discriminations.
- Mentorat et parrainage : mise en relation de jeunes avec des étudiants, des artisans, des professionnels de la culture ou du sport, afin de les aider à envisager des parcours de formation et d’emploi.
- Médiation de rue en soirées et week-ends : présence renforcée d’équipes mixtes (éducateurs, médiateurs, habitants formés) pour apaiser les tensions, promouvoir le dialogue intergénérationnel et relayer les besoins des habitants auprès des institutions.
« Les jeunes nous disent souvent qu’ils ne voient pas à quoi servent les dispositifs censés les aider, rapporte Claire Ringenbach, qui prépare un documentaire sur le projet. Notre pari, c’est de partir de leur parole, de leurs images du quartier, de leurs colères aussi, pour construire des réponses qui leur parlent vraiment. »
Un financement hybride, entre ville, Eurométropole et Europe
Les initiateurs qualifient l’initiative de **dispositif d’innovation sociale**, en phase avec la stratégie de l’Eurométropole de Strasbourg pour la cohésion territoriale. Pour la période actuelle, l’Eurométropole dispose d’une enveloppe de **5,1 millions d’euros** allouée par l’État dans le cadre du **Fonds social européen plus (FSE+)**, dont **300 000 euros** sont spécifiquement dédiés à l’innovation sociale et à la diffusion de dispositifs novateurs sur son territoire.
Fin 2025, le collectif a déposé un dossier de candidature pour obtenir une partie de ces crédits européens. Cela viendrait compléter le soutien financier de la Ville et de l’Eurométropole, ainsi que des contributions de fondations privées et d’entreprises locales. « Nous visons un budget annuel de l’ordre de 800 000 euros pour sécuriser les équipes, les formations et l’évaluation, précise Sabrina Benali. Sans un financement pluriannuel, on ne fera que saupoudrer des actions ponctuelles, ce que les habitants nous reprochent déjà. »
Une réponse aux tensions budgétaires et aux inquiétudes locales
Ce projet apparaît alors qu’une forte inquiétude règne parmi les acteurs de l’insertion et de la solidarité dans le Grand Est, face à la menace de **coupes budgétaires** au niveau national, en particulier en ce qui concerne les dispositifs d’insertion par l’activité économique. De récents alertes lancées par plusieurs réseaux associatifs mettent en lumière le risque de fermeture de structures et la remise en cause de milliers de parcours d’insertion, jugés essentiels pour la cohésion sociale et la vitalité des territoires.
Pour les porteurs de ce projet, cette conjoncture souligne l’importance de défendre les actions de terrain. « Les habitants entendent parler de restrictions, de baisses de moyens, et craignent d’être les premiers touchés, observe Marc Hirtz. À notre échelle, nous voulons démontrer que l’investissement social n’est pas une dépense superflue mais un levier de stabilité et de sécurité collectives. Quand les services disparaissent, ce sont les tensions qui montent. »
La parole aux habitants et aux établissements scolaires
Du côté des établissements scolaires à Strasbourg, certains partenariats ont déjà été établis. Une conseillère principale d’éducation d’un collège REP+ dans le sud de la ville, qui a collaboré avec plusieurs associations d’éducation à la citoyenneté, affirme qu’elle est prête à s’impliquer davantage. « Nous voyons vraiment la différence quand les jeunes bénéficient d’ateliers réguliers, pas juste d’une intervention isolée. Ils s’expriment mieux, prennent plus d’initiatives, et les conflits baissent dans la cour. Ce type de projet donne aussi de l’air aux équipes éducatives. »
Dans les quartiers concernés, les premiers retours recueillis lors de réunions publiques organisées à l’automne 2025 sont mitigés mais généralement positifs. « On a l’habitude des grandes annonces, on veut surtout voir ce qui va rester au bout de trois ans, résume Saïda, mère de trois enfants au Neuhof. Mais si on associe vraiment les habitants, si on nous laisse une place dans l’organisation, alors oui, ça peut changer quelque chose. »
Une évaluation annoncée dès la première année
Pour assurer la crédibilité de l’initiative et pérenniser le dispositif, le collectif prévoit une **évaluation indépendante** dès la première année d’expérimentation. Des indicateurs seront observés, notamment la participation des jeunes, l’assiduité scolaire, le sentiment d’appartenance au quartier, la qualité des relations de voisinage, ainsi que l’implication des associations locales et la coordination avec les services publics.
« Nous ne voulons pas promettre des miracles, assure Yann Kémo. Ce que nous pouvons garantir, en revanche, c’est une présence régulière, identifiable, et un travail de lien entre des acteurs qui, trop souvent, ne se parlent pas. La cohésion sociale, ce n’est pas un slogan, c’est une pratique quotidienne. » Les initiateurs nourrissent l’espoir d’étendre ce modèle à d’autres communes de l’agglomération, si les résultats obtenus dans les quartiers prioritaires de Strasbourg s’avèrent positifs.
Un projet similaire visant l’insertion sociale des jeunes a également été annoncé insertion sociale et professionnelle des jeunes.
