Strasbourg prépare la Semaine de la Mémoire 2025 avec des événements culturels du 29 septembre au 3 octobre

Strasbourg se prépare à vivre au rythme de la Semaine de la Mémoire 2025

Du 29 septembre au 3 octobre 2025, Strasbourg accueillera la 6ᵉ édition de la Semaine de la Mémoire, un événement national de référence qui promet de transformer la ville en véritable laboratoire vivant consacré à la mémoire sous toutes ses formes. Pendant cinq jours, chercheurs, artistes, soignants, enseignants et grand public se retrouveront autour d’un programme dense mêlant conférences, spectacles, projections, ateliers et rencontres.

Portée par l’Observatoire B2V des Mémoires, la manifestation s’inscrira dans différents lieux culturels et scientifiques de la capitale alsacienne, de l’Université de Strasbourg aux salles de spectacle partenaires, en passant par des lieux de débat citoyen. Plus de 2 500 visiteurs sont attendus, encadrés par plus de 30 conférenciers et experts de la mémoire. La ville se prépare également à des événements comme l’événement Numérique en Commun qui viendront enrichir son calendrier.

Un événement national… ancré au cœur de la ville

Strasbourg, capitale de la mémoire pour cinq jours

Strasbourg, déjà habituée aux grands rendez-vous scientifiques et culturels, devient pour l’occasion le point de convergence des spécialistes français de la mémoire, mais aussi d’un large public curieux. L’événement fait écho à la Journée mondiale Alzheimer du 21 septembre, en prolongeant les réflexions sur la santé cognitive et le vieillissement.

Les organisateurs annoncent une programmation répartie dans plusieurs lieux emblématiques de la ville, notamment sur les campus universitaires et dans des espaces culturels accessibles en tram ou à vélo, ce qui devrait faciliter la participation des habitants de l’Eurométropole. « Notre ambition est que chaque Strasbourgeois puisse trouver, près de chez lui ou sur son trajet habituel, un rendez-vous qui parle de mémoire de façon concrète », résume un membre de l’équipe de programmation de l’Observatoire B2V des Mémoires.

Un projet construit avec les acteurs strasbourgeois

Le Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires s’est entouré d’experts strasbourgeois issus des neurosciences, de l’histoire, de la médecine, de l’intelligence artificielle, de l’art et de la philosophie pour co-construire le programme. Cette collaboration locale renforce l’ancrage de l’événement dans l’écosystème scientifique de l’Université de Strasbourg, régulièrement saluée pour la qualité de ses recherches en neurosciences et en sciences humaines.

Pour la délégation Alsace du CNRS, impliquée dans la mise en valeur de la semaine, l’enjeu est aussi de « faire sortir la recherche des laboratoires » et de montrer aux habitants l’impact concret des travaux sur la mémoire dans leur vie quotidienne. Des laboratoires affiliés à l’université et au CNRS devraient ainsi participer à des conférences grand public, des visites ou des formats interactifs.

Une programmation entre science, culture et société

Des conférences pour comprendre le cerveau et ses troubles

Au cœur de la semaine, de nombreuses conférences scientifiques aborderont les mécanismes de la mémoire humaine : formation des souvenirs, rôle des réseaux neuronaux, influence du sommeil et de l’épigénétique, mais aussi mémoire immunitaire ou olfactive. Des spécialistes évoqueront notamment les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie à corps de Lewy, sujet sensible dans une région où le vieillissement de la population s’accélère.

Selon le programme prévisionnel, plusieurs interventions seront dédiées à la prévention et à l’hygiène de vie, avec des conseils pratiques sur le sommeil, l’activité physique, la stimulation cognitive ou la gestion du stress. « Parler de mémoire, ce n’est pas seulement parler de pertes de mémoire ; c’est aussi apprendre à mieux utiliser et préserver ce formidable outil au quotidien », souligne un intervenant de l’Observatoire B2V des Mémoires.

Quand théâtre, cinéma et témoignages racontent la mémoire

L’événement ne se limite pas aux aspects médicaux ou neuroscientifiques : une part importante de la programmation repose sur les spectacles vivants, le théâtre, la projection de films et les témoignages. Des spectacles mêlant théâtre et récits de vie exploreront par exemple la mémoire du comédien, la façon dont les acteurs travaillent leurs textes, leurs émotions et leurs souvenirs pour les restituer sur scène.

Un temps fort annoncé est une séance de “ciné-psy” autour du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind, accompagnée d’un décryptage scientifique assuré par le Pr Francis Eustache, spécialiste reconnu de la mémoire. Cette approche croisée entre cinéma, psychologie et neurosciences devrait attirer aussi bien les cinéphiles que les étudiants en psychologie et les professionnels de santé.

Des ateliers et animations pensés pour les habitants

Ateliers sensoriels, quiz et rencontres intergénérationnelles

Pour toucher un public le plus large possible, la Semaine de la Mémoire multipliera les formats participatifs. Des ateliers sensoriels inviteront les participants à expérimenter la mémoire autrement, à travers les odeurs, les sons, les images ou le toucher, afin de mieux comprendre pourquoi certains souvenirs s’ancrent plus fortement que d’autres.

Dans un esprit plus ludique, des quiz, jeux de rôle et animations interactives permettront d’aborder des notions complexes – comme les faux souvenirs ou la mémoire de travail – de façon simple et conviviale. Les organisateurs misent également sur des temps intergénérationnels, où enfants, parents et grands-parents pourront échanger sur leurs souvenirs, leurs cultures et leurs façons différentes de mémoriser, un enjeu important dans une ville marquée par un fort brassage culturel comme Strasbourg.

Focus sur les publics fragiles et les aidants

L’un des axes forts, en cohérence avec la Journée mondiale Alzheimer, sera l’attention portée aux personnes atteintes de troubles de la mémoire et à leurs aidants. Des rencontres et tables rondes aborderont les dispositifs d’accompagnement existants dans le Bas-Rhin, le rôle des structures médico-sociales et les besoins spécifiques des familles face à la maladie.

Des professionnels de santé, associations locales et représentants d’institutions devraient intervenir pour présenter les ressources disponibles à Strasbourg : consultations mémoire, associations de soutien, actions de prévention, dispositifs d’aide aux aidants. « Nous voulons que chaque aidant qui vient à un événement reparte au minimum avec une information utile, un contact local ou une piste d’accompagnement », insiste un représentant de l’Observatoire B2V.

Mémoire individuelle, mémoire collective : Strasbourg en miroir

Histoire, attentats et mémoire des territoires

La mémoire ne se limite pas à ce qui se passe dans le cerveau : elle concerne aussi l’histoire et la mémoire collective. Plusieurs temps de la semaine seront consacrés à la mémoire de la Libération, aux commémorations et aux traces laissées par les grands événements du XXᵉ siècle en Alsace, région au passé particulièrement complexe entre France et Allemagne.

Les organisateurs mettront également en lumière la mémoire des attentats du 13 novembre 2015, dont on marquera en 2025 le dixième anniversaire. Des tables rondes sont prévues autour de la question : comment une société se souvient-elle du traumatisme, comment la justice, les médias, l’école et les familles participent-ils à ce travail de mémoire ? Ces débats résonnent particulièrement à Strasbourg, elle-même marquée par l’attentat du marché de Noël en 2018, même si ce dernier ne figure pas explicitement au programme officiel.

Science et société : IA générative, langues et apprentissages

Autre volet très actuel : les enjeux de mémoire à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle générative. Des interventions aborderont les liens entre apprentissage, outils numériques et nouvelles technologies, question cruciale pour une ville universitaire où des milliers d’étudiants utilisent quotidiennement ces outils pour se former.

La mémoire des langues sera également au programme, thématique familière aux habitants d’une région bilingue et transfrontalière. Comment conserver et transmettre l’alsacien, l’allemand, ou d’autres langues d’héritage présentes dans les quartiers strasbourgeois ? Comment notre cerveau gère-t-il le bilinguisme au quotidien ? Ces questions, très concrètes pour de nombreuses familles, seront mises en perspective par des linguistes et des spécialistes de l’apprentissage.

Enjeux locaux et perspectives pour Strasbourg

Un impact durable pour la recherche et la médiation scientifique

Au-delà des cinq jours d’événements, la Semaine de la Mémoire pourrait avoir des retombées durables pour la métropole strasbourgeoise. En renforçant les liens entre chercheurs, institutions, associations et habitants, l’initiative contribue à ancrer un peu plus Strasbourg comme capitale de la médiation scientifique et du débat public.

Les replays annoncés de plusieurs conférences, diffusés en ligne après l’événement, permettront de prolonger la dynamique bien au-delà des frontières de l’Alsace et d’offrir aux Strasbourgeois la possibilité de revoir certains temps forts. Pour les équipes de recherche locales, cette exposition constitue aussi une vitrine de leurs travaux et un levier pour de futurs projets de collaboration ou de financement.

Une invitation à s’engager pour tous les Strasbourgeois

Les organisateurs insistent sur un point : la Semaine de la Mémoire est un événement gratuit et ouvert à tous, quel que soit le niveau de connaissance scientifique. Habitants des quartiers périphériques, étudiants, lycéens, professionnels de santé, aidants, curieux de passage : chacun est invité à se saisir de ce rendez-vous pour interroger sa propre relation aux souvenirs, à l’oubli, à l’histoire familiale ou à la mémoire de la ville.

« À Strasbourg, nous voulons montrer que la mémoire n’est pas qu’un sujet de spécialistes, mais une affaire profondément quotidienne, intime et collective à la fois », résume un membre du comité scientifique. À l’approche du 29 septembre, la ville se prépare donc à devenir, pendant quelques jours, le théâtre d’une vaste conversation publique sur ce qui nous permet, individuellement et collectivement, de nous souvenir.